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Le gouvernement étouffe la critique par le harcèlement judiciaire

Avec une magistrature vulnérable à l'ingérence politique, les autorités burundaises se profilent derrière une série d'arrestations de journalistes et de juristes et de sommations d'inspiration politique destinées à étouffer la critique publique, selon ce que rapportent Human Rights Watch, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et Reporters sans frontières (RSF).

Deux stations de radio privées, fortement critiques du gouvernement burundais, sont intensément visées par le Conseil national des Communications (CNC). Ces derniers mois, plusieurs des journalistes de ces stations de radio ont été convoqués pour interrogatoire par le procureur public.

Le 9 août, par exemple, le rédacteur en chef de Radio Publique Africaine (RPA), Bob Rugurika, a été interrogé pour la cinquième fois dans la capitale, Bujumbura, par un magistrat au sujet des émissions diffusées par sa station. Plus tôt, Rugurika avait été accusé d'« incitation à la haine ethnique » après que RPA eut diffusé une histoire dans laquelle on révélait qu'un officiel qui avait participé à la mise sur pied d'une commission de type « vérité et réconciliation » était lui-même désigné comme auteur allégué dans un rapport de 1996 de l'ONU portant sur des crimes contre l'humanité.

Le même jour, Patrick Mitabaro, chef des nouvelles à Radio Isanganiro, un important radioddiffuseur privé, était interrogé pour la deuxième fois devant un tribunal pour avoir diffusé une entrevue dans laquelle le Président du Barreau du Burundi, Isidore Rufyikiri, critiquait les magistrats parce qu'ils pliaient devant l'influence politique exercée par le gouvernement. En mai, Mitabaro a été accusé d'affaiblir la sécurité de l'État après avoir retransmis une entrevue avec un dirigeant de l'opposition vivant en exil, qui remettait en question un projet de loi du gouvernement ordonnant à tous les partis politiques de s'enregistrer de nouveau dans les six mois.

Les avocats qui appuient leurs collègues dissidents ou qui se portent à la défense des journalistes critiques sont punis. Rufyikiri a été arrêté le 27 juillet et détenu pendant neuf jours après avoir pris la parole dans une rassemblement organisé pour appuyer un collègue détenu.

Un autre avocat, François Nyamoya, porte-parole du parti d'opposition appelé Mouvement pour la Solidarité et la Démocratie, qui défend depuis des années les journalistes du RPA, est en prison depuis son arrestation le 29 juillet. Il est accusé de subornation de témoins dans un procès pour meurtre tenu en 2004. Mais Human Rights Watch affirme que les charges contre Nyamoya ont été portées en vertu du nouveau code pénal, qui n'était pas en vigueur lorsque le délit allégué aurait été commis. Nyamoya est également l'avocat du journaliste de RPA Bob Rugurika.

Sous le régime de cette grave répression, des avocats sont arrêtés rien que pour avoir parlé à des journalistes. L'avocate Suzanne Bukuru a été arrêtée le 15 juillet et inculpée de « complicité d'espionnage » après avoir organisé une entrevue entre ses clientes, des plaignantes dans une affaire de viol, et des journalistes français travaillant légalement au Burundi. Bukuru a été relâchée le 1er août, mais les accusations sont toujours pendantes.

Dans un geste de solidarité, des membres du Barreau du Burundi ont entamé une grève fin juillet pour appuyer Rufyikiri et Bukuru. La semaine dernière, environ 70 membres du Barreau du Burundi se sont assis devant l'immeuble de la Cour d'appel pour protester contre la détention de Nyamoya.

Selon Human Rights Watch, en 2009 et 2010, des juges ont été mutés ou menacés parce que leurs décisions n'étaient pas favorables au gouvernement ou au parti au pouvoir.

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