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Burundi : Putsch contre la liberté de l'information

La police antiémeute détient un manifestant à Bujumbura, le 26 avril 2015
La police antiémeute détient un manifestant à Bujumbura, le 26 avril 2015

REUTERS/Thomas Mukoya

Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 27 avril 2015.

Après l'annonce de la candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat, de violents heurts ont éclaté dimanche à Bujumbura, capitale du Burundi, faisant au moins deux morts. Les médias se retrouvent au coeur de la tourmente : radios empêchées d'émettre et journalistes harcelés… Le gouvernement verrouille l'information pour éviter la contestation.

Alors que la capitale s'embrase à nouveau ce lundi, les autorités s'efforçent de bloquer l'accès à l'information et de la contrôler pour éviter une mobilisation populaire accrue et, selon elles, d'autres débordements.

Selon les dernières informations disponibles, la Radio publique africaine (RPA) a été fermée ce lundi 27 avril. « Laissez-les fermer la radio mais qu'ils ne tuent personne et qu'ils ne volent pas le matériel », a prévenu Bob Rugurika, le directeur de la radio. Dimanche dans la matinée, la radio avait été contrainte de cesser ses reportages sur les manifestations en direct suite à l'intrusion dans la radio de trois ministres accompagnés de forces de police en possession d'un mandat de perquisition et d'un mandat d'arrêt. Ils ont accusé le média d'inciter la population au soulèvement en retransmettant en direct l'actualité des manifestations et ont menacé de faire fermer la radio. Le ministre de l'Intérieur, Edouard Nduwimana, a affirmé que ses collègues et lui n'étaient pas venus pour fermer le média, mais seulement pour dialoguer, a rapporté Radio France Internationale.

Plus tôt ce matin, une descente de police a fermé de force la Maison de la presse. Le studio de la synergie des médias, un projet regroupant plusieurs radios privées notamment dans le cadre de la couverture électorale (Bonesha FM, Isanganiro, la (RPA), Radio télevision Renaissance et CCIB FM+) a été contraint de cesser ses émissions. “Cinq radios étaient en train d'émettre en synergie à partir du studio de l'association burundaise des radiodiffuseurs, quand les policiers ont débarqué, brutalisé les journalistes et fermé le studio et la maison de la presse”, a déclaré à RSF, Patrick Nduwimana, directeur de la radio Bonesha FM.

Lors de leur descente, les forces de l'ordre ont tenté d'arrêter le président de l'Union burundaise des journalistes (UBJ), Alexandre Niyungeko, et ont interpellé et violenté le célèbre activiste des droits de l'homme, Pierre Claver Mbonimpa, président de l'association pour la protection des droits humains et des personnes détenues (APRODH), alors qu'il arrivait pour une interview.

“Reporters sans frontières dénonce l'attitude arbitraire et violente du gouvernement burundais envers les journalistes et les médias, déclare Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de l'organisation. Le président et son parti affichent ouvertement leur volonté de réduire les médias au silence par tous les moyens possibles. En muselant les radios, le président Nkurunziza confirme les craintes de ses détracteurs qui lui prêtent des velléités despotiques et de vouloir remettre en cause l'issue démocratique des élections législatives et présidentielle à venir”.

Les États-Unis sont pour l'instant les seuls à avoir déclaré leur inquiétude face aux évènements survenus à la RPA et dans les autres radios indépendantes.

“Reporters sans frontières appelle la communauté internationale à réagir rapidement et avec sévérité à ces atteintes liberticides à l'information. Alors que de nombreuses élections se profilent sur le continent, fermer les yeux sur les agissements du président Nkurunziza serait cautionner tous les régimes qui pourraient être tentés de brimer la libre expression de leur peuple”, poursuit Cléa Kahn-Sriber.

Dimanche, les autorités ont coupé les émetteurs relais des trois principales radios indépendantes du pays : la RPA, Bonesha FM et Isanganiro qui ne sont donc plus diffusées hors de Bujumbura. Leurs lignes téléphoniques ont également été coupées.

Selon la synergie des médias, un document de propagande, issu du parti présidentiel le CNDD-FDD, circulait depuis février demandant la destruction des “enseignements des ennemis du pouvoir”, ces derniers étant désignés comme les partis d'opposition, les acteurs de la société civile et notamment les journalistes des radios Bonesha FM, RPA, Isanganiro et Radio télévision Renaissance.

Le Burundi se situe à la 145e place sur 180 pays dans le Classement 2015 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

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Citing the murder of Pavel Sheremet, OSCE media freedom rep urges states to end impunity for murders of journalists… https://t.co/Nji7Fomfxh