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Des suspensions de médias font peser des menaces supplémentaires sur la liberté de la presse au Burundi

Un manifestant exige la réouverture de la station du coin de Radio Publique Africaine en Bujumbura, Burundi, le 29 avril 2015
Un manifestant exige la réouverture de la station du coin de Radio Publique Africaine en Bujumbura, Burundi, le 29 avril 2015

REUTERS/Thomas Mukoya

Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 13 octobre 2017.

Reporters sans frontières (RSF) condamne les mesures de suspension de plusieurs médias prises par le CNC, fin septembre. L'organisation alerte sur les conséquences désastreuses de ces décisions pour le pluralisme médiatique et la sécurité des journalistes au Burundi.

Le 28 septembre 2017, le Conseil national de la Communication burundais, par la voix de sa vice-présidente et porte-parole, Aimée-Divine Niyokwizigirwa, annonçait la suspension d'une radio et la révocation des licences d'exploitation de quatre autres médias : la Radio publique africaine, la Radio Bonesha, la Radio Renaissance et la Télévision Renaissance. La révocation des licences est officiellement motivée par le "non respect du cahier des charges", car elles n'ont pas émis depuis plus de trois mois et "manquement à régler leur dossier judiciaire à temps".

La suspension des licences de ces médias n'est pas une simple formalité administratives, Les conséquences sont même désastreuses pour le pluralisme médiatique du pays, déjà extrêmement fragile. Jusqu'à présent, les journalistes de ces radios continuaient de couvrir l'actualité du Burundi via leurs sites internet ou leurs chaînes YouTube. Or, selon la vice-présidente du CNC, jointe par RSF, la mesure s'applique à toutes les expressions de ces médias, les sites internets sont donc également interdits. Une mesure qui pourrait avoir de graves conséquences pour la liberté de travail et la sécurité des correspondants de ces médias qui continuent à travailler depuis le Burundi. En effet, ces derniers sont régulièrement harcelés et accusés par les autorités de travailler pour des médias illégaux.

"En révoquant ces licences, le CNC exclut toute reprise future de ces médias qui ont pourtant incarné pendant des années la voix de ceux qui ne peuvent trouver des réponses à leurs problèmes auprès des autorités au Burundi, explique Reporters sans frontières. Il se fait l'auxiliaire des autorités pour poursuivre l'étouffement programmé du pluralisme médiatique. Même si elles s'en défendent, les autorités de Bujumbura ne tolèrent aucun commentaire sur la situation sécuritaire du pays".

L'hostilité des autorités vis-à-vis de ces médias n'est plus à prouver. Les motifs de la révocation des licence ne manquent pas d'ironie lorsqu'on sait que ces trois dernières radios et la télévision avaient fait l'objet d'incendies ou d'attaques à l'arme lourde qui les avaient contraintes à interrompre leurs programmes lors de la tentative de putsch militaire contre le président Nkurunziza en mai 2015. Elles avaient depuis été maintenues fermées, sur ordre des autorités, officiellement pour enquête sur les responsabilités dans l'attaque des médias. Les résultats de cette enquête n'ont jamais été rendus publics. Interrogée par RSF, la vice présidente du CNC, n'est pas en mesure de dire où en est la procédure. Les directeurs de ces médias ont par la suite été accusés de soutien aux putschistes pour avoir diffusé les informations relatives à la tentative de coup d'Etat et sont sous le coup de mandats d'arrêt internationaux.


Aucune opinion critique ne sera tolérée

En plus de neutraliser les médias traditionnellement connus pour leur indépendance, le CNC étouffe donc toute velléités de diffuser des informations critiques au sein de médias traditionnellement plus rangés.

Ainsi, la radio de la Chambre de commerce et d'industrie du Burundi, Radio CCIB FM + a été suspendue pour trois mois après la diffusion d'un éditorial le 18 septembre, jugé "contraire à l'éthique professionnelle et à la loi sur la presse". L'éditorial critiquait l'apparent manque de réaction du gouvernement burundais face au massacre de 36 réfugiés burundais à Kamanyola au Congo voisin le 15 septembre. Il évoquait également l'absence d'enquêtes satisfaisantes alors que des cadavres sont régulièrement retrouvés dans les rues de Bujumbura et plus largement dans le pays. Selon le CNC, cet éditorial va à l'encontre de la ligne éditoriale de la radio CCIB qui doit "viser essentiellement l'encadrement et la promotion du secteur privé". C'est sous ce prétexte que le directeur et rédacteur en chef de la radio, Eddy-Claude Nininahazwe, a été officiellement limogé -alors qu'il avait présenté sa démission la veille- par le secrétaire général de la radio afin de revenir dans les bonnes grâces du CNC. Le journaliste a maintenu les propos contenus dans l'éditorial et invoqué l'indépendance de la rédaction pour se justifier. Il expliquait dénoncer l'insécurité ambiante car elle ne créait pas un climat favorable aux affaires dans le pays.

Ce journaliste n'est pourtant pas le seul à dénoncer les exactions contre les civils dans le pays. Le 4 septembre 2017, la commission indépendante d'enquête de l'ONU sur les crimes commis au Burundi a rendu son rapport dans lequel elle demande à la Cour pénale internationale de se saisir de la situation et dénonce "une attaque généralisée ou systématique" contre les civils au Burundi. Un rapport considéré par le porte-parole du gouvernement, Willy Nyamitwe, comme résultant d'un complot occidental visant à déstabiliser le pays. Les experts de l'ONU sont d'ailleurs persona non grata au Burundi depuis octobre 2016.

Entre 2015 et 2017, le Burundi a perdu 15 places au Classement mondial de la liberté de la presse, établi par Reporters sans frontières.

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