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Le répression qui s'abat sur les groupes critiques confirme les craintes de la société civile face à la loi à venir sur les ONG

Phnom Penh, 18 août : Des membres du réseau Prey Lang participent à une célébration « prions pour Prey Lang », que l’on voit ici, avant d’être détenus et interrogés par les autorités pour avoir distribué des tracts dénonçant la déforestation
Phnom Penh, 18 août : Des membres du réseau Prey Lang participent à une célébration « prions pour Prey Lang », que l’on voit ici, avant d’être détenus et interrogés par les autorités pour avoir distribué des tracts dénonçant la déforestation

Prey Lang Network

Certaines organisations critiques d'un projet du gouvernement qui envisage de reconstruire une ligne de chemin de fer qui pourrait entraîner le déplacement de milliers de familles ont été suspendues ou se sont fait dire de coller à la position du gouvernement, selon ce que rapporte le Centre des droits de la personne du Cambodge (Cambodian Center for Human Rights, CCHR). Selon ces critiques, c'est là un indice des choses à venir si est adopté un projet de loi controversé qui vise à réglementer les groupes non gouvernementaux du pays.

Le Forum des ONG, un groupe parapluie de 88 organisations non gouvernementales (ONG) dont les donateurs comprennent Christian Aid et Oxfam, a confirmé avoir reçu du Ministère des Affaires étrangères une « lettre d'avertissement » au sujet de ses préoccupations concernant les communautés touchées par la réhabilitation d'un projet de chemin de fer reliant Phnom Penh à la Thaïlande, projet financé par la Banque asiatique de développement et AusAID. Le gouvernement a déclaré que le groupe avait fait des affirmations « fausses » et « injustes » sur la mort de deux enfants déplacés par la ligne de chemin de fer.

Lors d'une réunion la semaine dernière, le Ministère des Affaires étrangères a accusé le Forum des ONG et l'organisation internationale Bridges Across Borders d'inciter les familles à s'opposer au projet. Les groupes se sont fait dire de « rajuster leur travail afin de travailler étroitement avec le gouvernement », rapporte le CCHR.

Ces affirmations surviennent dans le sillage de la suspension par le gouvernement du groupe de défense des droits fonciers Sahmakum Teang Tnaut (STT), qui s'était montré critique face aux évictions qui avaient l'aval du gouvernement, résultant du projet de chemin de fer. D'après le STT, un nombre de ménages plus élevé que le nombre rapporté officiellement sera déplacé et le sera probablement contre des taux de compensation inéquitables.

Plus tôt ce mois-ci, 130 groupes cambodgiens - dont le CCHR - ont émis une déclaration conjointe condamnant la suspension, la qualifiant d'arbitraire et illégale.

Selon les groupes, la suspension constitue « un avant-goût de l'avenir du contrôle des organisations et des associations de la société civile par le gouvernement » en vertu du projet de loi sur les associations et les ONG, sur le point d'être adopté.

La loi est vertement critiquée parce qu'elle impose l'enregistrement des mouvements de la base et des organisations communautaires, et aussi en raison de l'absence de transparence dans le processus d'évaluation. Le groupe STT a été avisé qu'il pourrait demander à être rétabli après l'entrée en vigueur de la loi.

« Cette loi sera un désastre pour la liberté d'expression au Cambodge. Malheureusement, il apparaît clairement que c'est là précisément l'intention manifestée dans les plus hautes sphères du gouvernement, qui ne veulent pas avoir à faire face à quelque critique que ce soit, de qui que ce soit », a déclaré Human Rights Watch au « Phnom Penh Post ».

Human Rights Watch prévient également que les mesures du gouvernement auront un effet déstabilisateur sur les médias. « Les sources d'information des médias parmi les associations locales vont vraisemblablement tarir parce que les officiels de ces associations vont s'inquiéter à juste titre que le gouvernement puisse les fermer sans préavis », dit Human Rights Watch.

Autre signe de l'intolérance croissante du gouvernement, plus de 100 activistes qui travaillent à protéger la grande forêt de Prey Lang, dans le nord-est du Cambodge, ont été détenus la semaine dernière dans la capitale, Phnom Penh, parce qu'ils distribuaient un tract intitulé « Sauvons la forêt », selon ce que rapporte le Centre des droits de la personne du Cambodge (Cambodian Center for Human Rights, CCHR). Les autorités ont dit que les tracts étaient susceptibles de « troubler l'ordre social ». Certains activistes ont été retenus pour interrogatoire et pour être « rééduqués », rapporte le CCHR.

Les villageois qui vivent près de la forêt, qui s'étend sur quatre provinces, disent que leur existence est menacée par la déforestation et les concessions continuelles que le gouvernement accorde aux sociétés privées d'exploitation du caoutchouc et autres compagnies. Ils maintiennent que la forêt est essentielle pour la préservation de la faune et de la flore, qui sont sacrées pour les communautés indigènes.

L'un des villageois, Svay Phoeun, a déclaré que d'importants prêts au développement en provenance de banques internationales et de l'aide étrangère étaient probablement en partie à l'origine de la destruction de la forêt.

« Encore une fois, nous voyons l'expression “trouble de l'ordre social” servir à justifier la répression de la liberté d'expression », dit le CCHR. « La véritable menace ici, c'est la capacité de l'élite à exploiter les richesses naturelles du Cambodge. Et la véritable menace pour l'ordre social, c'est le mépris à l'égard du milieu et du mode de vie de centaines de citoyens ordinaires. »

Les villageois ont depuis remis aux ambassades, à la Banque mondiale et à la Banque asiatique de développement une pétition d'environ 300 signatures qui sollicite leur intervention.

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