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Cameroun : Un représentant du gouvernement rend un militant LGBTI responsable de son propre meurtre

Anatole Nkou, ambassadeur du Cameroun, a récemment déclaré qu'un défenseur des droits humains assassiné a été tué en raison de sa
Anatole Nkou, ambassadeur du Cameroun, a récemment déclaré qu'un défenseur des droits humains assassiné a été tué en raison de sa "vie personnelle".

Violaine Martin/UN Photo Geneva/Flickr

L'ambassadeur du Cameroun auprès des Nations Unies à Genève, Anatole Nkou, a affirmé au Conseil des droits de l'homme de l'ONU, le 20 septembre 2013, qu'un militant camerounais des droits humains récemment assassiné avait été tué à cause de sa " vie personnelle ".

Éric Ohena Lemembe était un militant des droits humains et journaliste spécialisé dans la défense des droits des lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres et intersexués (LGBTI). Le représentant du gouvernement a insinué que Lembembe était peut-être un criminel qui aurait été tué lors d'un " règlement de comptes ", alors que les autorités n'ont toujours pas identifié le moindre suspect, deux mois après sa mort et en dépit du nombre élevé de violences homophobes et transphobes au Cameroun.

" Ces commentaires d'un représentant officiel de l'État à l'égard du regretté Éric Lembembe, qui n'est plus en mesure de se défendre contre ce genre de propos au vitriol, constituent une nouvelle bassesse de la part du gouvernement camerounais ", a déclaré Neela Ghoshal, chercheuse senior sur les droits LGBT à Human Rights Watch. " Le Cameroun devrait se concentrer sur l'amélioration de son bilan en matière de droits humains devant l'ONU, plutôt que d'accuser les victimes et de décliner toute responsabilité de protéger les minorités sexuelles et de genre contre la violence et la discrimination. "

Anatole Nkou a fait sa déclaration après que son gouvernement eut rejeté presque toutes les recommandations présentées par les États membres du Conseil des droits de l'homme concernant la nécessité pour le Cameroun de mettre fin aux violences, aux discriminations et aux arrestations arbitraires subies par les personnes LGBTI. Ces recommandations ont été faites dans le cadre de l'Examen périodique universel (EPU) du Cameroun, un processus par lequel le bilan de chaque État membre en matière de droits humains est examiné par les autres pays membres tous les quatre ans. Quinze pays ont fait des recommandations au Cameroun pour qu'il améliore le traitement des personnes LGBTI. Le Cameroun n'a accepté qu'une seule de ces recommandations.

Le corps mutilé d'Éric Lembembe, directeur exécutif de l'association Cameroonian Foundation for AIDS (CAMFAIDS),a été découvert à son domicile à Yaoundé le 15 juillet. Deux semaines auparavant, il avait condamné, dans une déclaration publique, l'inaction de l'État à la suite de plusieurs attentats commis contre des défenseurs des droits humains, notamment ceux qui protègent les droits des personnes LGBTI. Plusieurs de ses amis ont été arrêtés, brièvement gardés à vue et interrogés, y compris sur leurs pratiques sexuelles. Depuis lors, selon des militants à Yaoundé, l'enquête semble au point mort.

Human Rights Watch et d'autres organisations ont fait part au gouvernement du Cameroun de leurs craintes que l'assassinat de Lembembe soit lié à son militantisme en faveur des droits des LGBTI, craintes qu'Anatole Nkou a rejetée devant le Conseil des droits de l'homme en les qualifiant de " fabulation ". Anatole Nkou a déclaré: " Il aurait bien pu commettre des exactions quelque part, et attirer un règlement de comptes, trop vite mis sur le pouvoir camerounais (vidéo, à 58:20). La conclusion d'Anatole Nkou selon laquelle la " vie personelle " d'Éric Lembembe a été la cause de son meurtre renforce le signal clair donné par le rejet des recommandations par le gouvernement camerounais: que les personnes LGBTI peuvent être tuées en toute impunité au Cameroun, a déclaré Human Rights Watch.

Human Rights Watch, CAMFAIDS et 10 autres organisations ont envoyé le 11 septembre une lettre ouverte au président Paul Biya et au gouvernement du Cameroun, dans laquelle elles leur demandent, compte tenu de la récente vague de violences contre les défenseurs des droits humains des LGBTI, d'adopter les recommandations de l'EPU sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre. Malheureusement, le Cameroun a rejeté les recommandations au Conseil des droits de l'homme qui auraient assuré le droit fondamental de chaque personne de ne pas être tuée, violée ou agressée à cause de son orientation sexuelle ou identité de genre. Parmi elles, figuraient une recommandation de l'Uruguay de s'attaquer aux actes de harcèlement et de violence motivés par l'orientation sexuelle et une recommandation de l'Allemagne de protéger les LGBTI de la violence.

" En rejetant ces recommandations fondées sur le bon sens, le Cameroun a manqué à sa responsabilité de faire respecter le principe fondamental selon lequel toute personne a droit à la vie et à la sécurité ", a ajouté Neela Ghoshal. " Il s'est éloigné d'une position qui fait de plus en plus consensus, exprimée par la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples et par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, selon laquelle la discrimination et la violence motivées par l'orientation sexuelle et l'identité de genre ne sont en aucun cas acceptables ".

Dans une décision plus encourageante, le Cameroun a accepté la recommandation de la Belgique d'enquêter sur les violences commises par la police contre des personnes sur la base de leur orientation sexuelle. En mars, Human Rights Watch, l'Association de défense des homosexue-le-s (ADEFHO), Alternatives-Cameroun et CAMFAIDS ont publié un rapport dans lequel était documenté le fait que les forces de sécurité torturent des personnes pour leur extorquer des aveux concernant des relations avec des personnes du même sexe. Le Cameroun devrait honorer ses engagements et prendre immédiatement des mesures pour faire rendre des comptes à ces agents de sécurité, a déclaré Human Rights Watch.

Cependant, le Cameroun a rejeté des recommandations qui l'incitaient à mettre fin aux arrestations arbitraires pour relations sexuelles consenties entre personnes du même sexe. En réponse aux arguments d'États membres de l'ONU selon lesquels la loi anti-homosexualité du Cameroun est en contravention avec sa propre constitution, ainsi qu'avec le droit international, le Cameroun a affirmé que sa loi ne visait que les personnes qui ont des relations sexuelles en public, ce qui est manifestement faux. Depuis le début de 2013, au moins six personnes ont été condamnées pour homosexualité; aucune d'entre elles n'a été arrêtée pendant un acte sexuel.

Cliquez ici pour voir l'intervention de l'Ambassadeur Anatole Nkou à Genève le 20.09.13 au sujet d'Eric Lembebe
(à 58:20 de la vidéo).

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