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La peine de mort requise contre le correspondant de RFI au Cameroun

Le journaliste Ahmed Abba
Le journaliste Ahmed Abba

AFP

Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 7 avril 2017.

Reporters sans frontières (RSF) dénonce un réquisitoire expéditif et vide dans le procès du correspondant de RFI Ahmed Abba, et demande la relaxe du journaliste.

Le 6 avril 2017, le correspondant de RFI en langue hausa, Ahmed Abba, a comparu pour la seizième fois devant le tribunal militaire de Yaoundé. Derrière les barreaux depuis plus d'un an et demi, Ahmed Abba est poursuivi pour «non-dénonciation d'actes de terrorisme, apologie » et “blanchiment (recel) d'informations” dans le cadre de sa couverture des attaques du groupe terroriste Boko Haram. Après un réquisitoire expéditif d'une dizaine de minutes, le procureur a choqué la salle d'audience en requérant la peine de mort, sans avoir reconnu préalablement sa culpabilité. Il a expliqué la rapidité de son réquisitoire par le fait qu'il se sentait souffrant. L'affaire a été mise en délibéré pour le 20 avril prochain.

“Le décalage entre la légèreté de ce réquisitoire et la gravité de la peine requise est stupéfiante, déclare Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de RSF. L'empressement du procureur à requérir une peine sans avoir pu faire la preuve de la culpabilité du journaliste montre bien que le dossier de l'accusation est vide, comme le dénonce RSF depuis le début de l'affaire. Nous demandons au tribunal de faire le choix de la justice, en se fondant sur des éléments tangibles qui prouveront l'innocence d'Ahmed Abba.”

Prenant à leur tour la parole, les avocats de la défense ont démonté trois des chefs d'accusation pour lesquels Ahmed Abba est poursuivi, au cours d'une plaidoirie de près de trois heures. Ils ont dénoncé notamment le non respect de la procédure judiciaire et des lois camerounaises. En effet le réquisitoire devait donner des preuves quand à la matérialité et à l'intentionnalité des faits reprochés au journaliste concernant les différents chefs d'accusation. Or, non seulement le procureur n'a pas étayé ses propos de preuves convaincantes, mais en plus, il s'est lancé dans une réquisition de peine qui n'a pas lieu d'être à ce stade de la procédure. Les avocats ont par ailleurs contesté l'accusation de non- dénonciation au nom de l'article 50 de la loi camerounaise sur la communication du 19 décembre 1990 qui protège le secret des sources journalistiques. Ils ont demandé l'acquittement pur et simple de leur client.

Après avoir attendu plusieurs mois avant d'être présenté à un juge, Ahmed Abba est maintenu en détention depuis l'ouverture des poursuites contre lui en novembre 2015. Son procès a rapidement pris une tournure politique, notamment en raison de la gravité des charges et de l'incapacité de l'accusation à produire des preuves. Les représentants de plusieurs ambassades européennes ont assisté aux audiences du procès pour montrer leur soutien. Le 3 mars dernier, les faits ont été requalifiés et le chef de “complicité de terrorisme” abandonné par l'accusation.

Dans un communiqué, la Direction de RFI dit ne pas douter que le 20 avril, date à laquelle est attendu le délibéré, “sera celui où l'innocence d'Ahmed Abba sera reconnue, et qu'il sera aussi le dernier jour de son calvaire. 628 jours de détention, c'est décidément trop long pour un innocent ! »

Le Cameroun occupe la 126ème place sur 180 pays au Classement 2016 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

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