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Le gouvernement musèle ses scientifiques, dit le groupe des Journalistes canadiens pour la liberté d'expression

Les scientifiques Shiv Chopra, Margaret Haydon et Gérard Lambert ont été honorés l’an dernier par le CJFE, qui leur a décerné les prix Intégrité pour leur travail de lanceurs d’alerte : ils ont subi des pressions afin qu’ils approuvent des médicaments vétérinaires qui, estimaient-ils, mettaient en danger la sécurité alimentaire des Canadiens
Les scientifiques Shiv Chopra, Margaret Haydon et Gérard Lambert ont été honorés l’an dernier par le CJFE, qui leur a décerné les prix Intégrité pour leur travail de lanceurs d’alerte : ils ont subi des pressions afin qu’ils approuvent des médicaments vétérinaires qui, estimaient-ils, mettaient en danger la sécurité alimentaire des Canadiens

CJFE

Lorsque le scientifique canadien David Tarasick a publié l'automne dernier dans le journal « Nature » ses conclusions sur un des plus importants trous jamais découverts dans la couche d'ozone au-dessus de l'Arctique, le gouvernement fédéral lui a interdit d'en parler avec les journalistes.

De la même manière, on a empêché Kristina Miller d'accorder des interviews à propos de sa propre recherche sur un virus qui pourrait expliquer le déclin du saumon sockeye de Colombie-Britannique.

Ces incidents illustrent la tendance à recourir aux politiques de « musèlement », que les agences fédérales imposent aux scientifiques canadiens depuis l'arrivée du gouvernement conservateur, indiquent le groupe des Journalistes canadiens pour la liberté d'expression (CJFE) et cinq organisations qui représentent les rédacteurs scientifiques. Dans une lettre ouverte, les groupes invitent le Premier ministre Stephen Harper à « abattre le mur qui sépare les scientifiques, les journalistes et le public ».

« En dépit de la promesse que votre gouvernement majoritaire allait observer les principes de reddition de comptes et de transparence, les scientifiques fédéraux au Canada ne sont toujours pas autorisés à s'adresser aux reporters sans le “consentement” des officiers chargés des relations avec les médias », dit la lettre.

La lettre ajoute que les journalistes font face beaucoup trop fréquemment à des retards « inacceptables » et à des refus d'interviews.

« De plus en plus, les journalistes renoncent tout simplement à tenter d'accéder aux scientifiques fédéraux, tandis que les scientifiques qui travaillent pour les ministères fédéraux subissent des pressions indues qui créent une atmosphère dominée par le courrier politique. »

La lettre a été rendue publique le 17 février, au même moment où un panel de pairs internationaux participant à une conférence scientifique mondiale soulevait à Vancouver des questions du même ordre.

« Aux yeux des scientifiques fédéraux, il est clair qu'Ottawa décide maintenant si les chercheurs peuvent parler, de quoi ils peuvent parler et quand ils peuvent en parler », a déclaré Margaret Munro, journaliste scientifique principale chez Postmedia News, devant un groupe réuni à l'assemblée annuelle de l'American Association for the Advancement of Science. « Nous ne parlons pas de secrets d'État ici. »

Munro, qui travaille depuis plus de 30 ans dans le domaine, a ajouté que la couverture des nouvelles concernant la science financée par les fonds publics a plongé depuis l'arrivée des conservateurs au pouvoir, en 2006.

« Nous avions auparavant un système de gouvernement très ouvert, où les scientifiques pouvaient discuter de leur recherche avec les médias », dit-elle. « Mais c'est devenu un système très fermé, le gouvernement porte la maîtrise des médias et du message à des extrêmes parfois incroyables. »

Selon le journal « The Globe and Mail », le ministère appelé Environnement Canada prévoit, dans son protocole des relations avec les médias, que toutes les demandes des médias doivent être acheminées au quartier général de l'agence, qui détourne les requêtes pour empêcher que les scientifiques y répondent eux-mêmes - et fournit plutôt des « propos approuvés » ou les adresse directement au bureau du ministre.

Le CJFE et les autres groupes suggèrent que le Canada suive l'orientation donnée par les États-Unis. La U.S. National Oceanic and Atmospheric Administration encourage les scientifiques à parler aux médias sans intermédiaire, et même à donner leur opinion à condition d'indiquer qu'ils ne s'expriment pas au nom de leur employeur.

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