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Le gouvernement annonce l'instauration d'un état d'urgence et rétablit des mesures coercitives contre la presse

(RSF/IFEX) - Reporters sans frontières dénonce la décision du gouvernement tchadien de rétablir des mesures coercitives contre la presse, après l'annonce, le 13 novembre 2006, de l'instauration de l'état d'urgence à N'Djamena et dans plusieurs régions du pays. Cette mesure d'exception a été motivée par les graves violences intercommunautaires qui ont ensanglanté le pays ces dernières semaines et inclus l'établissement de la censure préalable de la presse écrite, ainsi que l'interdiction faite aux radios privées de traiter de sujets sensibles.

"En protestant contre le retour inacceptable de la censure, nous appelons le gouvernement tchadien à privilégier une autre façon de fonctionner avec la presse, dans une période difficile de l'histoire du pays. La mise en place de mesures d'exception visant à contrôler l'information n'est pas une réponse adaptée aux problèmes auxquels le Tchad fait actuellement face. Le rétablissement de la censure ne fait au contraire qu'aggraver la tension en radicalisant les positions et n'empêche pas la circulation de l'information. Ce retour en arrière est surtout la conséquence du blocage du dialogue entre le gouvernement et les médias privés. Tout le monde s'accorde à dire que s'il existait au Tchad des outils de régulation et d'autorégulation respectés par toutes les parties, nous n'en serions pas là", a déclaré Reporters sans frontières.

Le 13 novembre 2006, à l'issue d'un Conseil des ministres extraordinaire, le gouvernement tchadien a annoncé avoir décrété l'état d'urgence dans six régions du pays, ainsi que dans la capitale, N'Djamena. Un communiqué du gouvernement explique qu'il s'agit de faire face aux tueries, qui ont fait plus de 300 morts depuis le 31 octobre, entre les communautés arabe et non arabe, essentiellement dans l'est du pays, à la frontière avec le Soudan. Le décret réinstitue la "censure préalable" pour les journaux privés, ainsi que l'interdiction du "traitement par les radios des questions pouvant porter atteinte à l'ordre public, à l'unité nationale, à l'intégrité du territoire et au respect des institutions républicaines". Le gouvernement explique enfin que ces mesures "s'expliquent par le fait que les mises en garde répétées du gouvernement et toutes les recommandations du Haut Conseil de la communication (HCC) sont régulièrement foulées aux pieds".

Selon cette décision, les journaux privés ne pourront être distribués sans avoir reçu l'autorisation de paraître d'une cellule spéciale du ministère de la Communication, à qui ils auront dû préalablement soumettre une maquette de leur édition. Le Tchad devient ainsi l'un des rares pays du monde appliquant la censure préalable de la presse privée.

Après une mission à N'Djamena en septembre 2005, Reporters sans frontières avait soumis à l'Union des journalistes tchadiens (UJT) un projet de réforme de la législation encadrant l'exercice du journalisme, ainsi que des recommandations visant à améliorer les relations entre le gouvernement et les médias privés. Les négociations engagées entre l'UJT et le ministère de la Communication à la suite de la visite de l'organisation n'ont toutefois pas encore permis d'aboutir à un consensus.

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