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Le CPJ exhorte le Tchad à abroger une loi muselant la presse

(CPJ/IFEX) - Ci-dessous, une lettre du CPJ au Premier ministre du Tchad, Youssouf Saleh Abbas, datée du 6 juin 2008:

Le 6 juin 2008

Son Excellence Youssouf Saleh Abbas
Premier Ministre de la République du Tchad
c/o Ambassade du Tchad aux Etats-Unis d'Amérique
2002 R Street, NW
Washington, D.C. 20009
Fax: (202) 265-1937

Cher Monsieur le Premier Ministre,

Nous sommes encouragés par vos récentes déclarations en faveur d'une presse privée et indépendante, et nous vous invitons maintenant à poursuivre votre engagement dans cette lancée pour notamment l'abrogation de l'ordonnance présidentielle No. 5.

L'ordonnance, adoptée sans débat parlementaire en février dernier durant une période d'état d'urgence et de censure totale des médias, a modifié la loi sur la presse avec des dispositions qui pénalisent en faite tout reportage critique sur les sujets sensibles au Tchad, notamment les affaires gouvernementales, la rébellion armée, et les relations ethniques. Par exemple, le délit inédit d'"intelligence avec l'ennemi" est passible d'une peine pouvant aller jusqu'à trois ans de prison, tandis que l'"offense au président", est passible d'une peine maximum de cinq ans de prison (article 48). Le décret a également introduit de nouvelles exigences plus strictes pour l'ouverture de journaux, notamment le dépôt légal auprès du ministère public et du Haut conseil de la communication.

Lors d'une rencontre avec les membres de la presse tenue le 14 mai dernier à l'hôtel Kimpinski de la capitale tchadienne, N'Djamena, vous avez déclaré que l'ordonnance présidentielle No. 5 serait soumise à l'arbitrage parlementaire, selon des journalistes locaux. En avril dernier, le quotidien français "Libération" a d'ailleurs cité Nassour Guélendouksia Ouaïdou, le président de l'assemblée nationale du Tchad, disant qu'il s'opposait à l'ordonnance No. 5. Nous vous appelons donc à exhorter le président Idriss Deby ainsi que les membres du parlement à abroger cette législation liberticide pour les médias, qui porte atteinte aux acquis démocratiques du Tchad au cours des dernières années.

Nous sommes également préoccupés par les conditions des journalistes étrangers qui souhaitent travailler au Tchad, dans la mesure où le gouvernement a retiré le permis de travail de la journaliste indépendante, Sonia Rolley, en mars dernier sans explication, la forçant ainsi à quitter le pays. Mlle Rolley, qui travaille pour plusieurs organes de presse basés en France, dont Radio France Internationale, et l'Agence France-Presse, était la seule correspondante permanente étrangère au Tchad, selon des recherches du CPJ. Dans un entretien téléphonique avec le CPJ cette semaine, le nouveau ministre tchadien de la communication, Mahamat Hissène, a déclaré qu'il ne disposait d'aucune information sur le dossier de Mlle Rolley, soulignant que cette affaire a précédé sa prise de fonction. Le gouvernement reçoit volontiers les demandes d'accréditation de tout journaliste étranger, a-t-il ajouté.

Depuis sa prise de fonctions à la mi-avril, le gouvernement, sous votre tutelle, s'est distingué dans son ton d'ouverture et de dialogue avec la presse privée. Lundi dernier, M. Hissène a officiellement autorisé l'hebdomadaire privé Notre Temps à reprendre sa parution, selon des journalistes locaux et des médias. Le même jour, la radio activiste, FM Liberté, est retourné sur les ondes pour la première fois depuis le 16 janvier dernier, lorsque la police avait sommairement fermé la station, a dit au CPJ son directeur de programme, Eleyakim Dokpane Vanambyl. La plupart des journalistes qui avaient fui N'Djamena par crainte de représailles du gouvernement en début février suite à un raid des rebelles sur la capitale, sont également retournés au pays, selon des recherches du CPJ.

Vos récents commentaires en faveur de la liberté de la presse ont mis un terme à une série de déclarations hostiles contre la presse indépendante de la part de hauts responsables tchadiens, selon des journalistes locaux. Dans une interview télévisée en mars dernier avec la chaîne internationale française, France24, par exemple, le président Idriss Deby avait déclaré: "Il y'a évidemment des journalistes tchadiens qui ressemblent un peu à la radio des mille collines de 1994 qui a allumé le génocide au Rwanda".

L'Agence de presse africaine (APA) basée au Sénégal vous a cité déclarant le 14 mai que la presse privée "n'est pas et ne sera pas un adversaire" de votre gouvernement. "Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour aider la presse privée, car elle est un élément important pour notre démocratie", a rapporté l'agence, en vous citant.

En tant qu'organisation impartiale à but non lucratif de journalistes, dévouée à soutenir nos collègues dans le monde entier, nous aimerions encourager votre gouvernement à poursuivre sa lancée de promotion d'une culture de dialogue avec la presse indépendante. Nous vous invitons ainsi à oeuvrer d'avantage, comme vous avez eu à le faire, pour permettre à la presse de travailler librement dans votre pays comme elle le faisait jadis. L'abrogation de l'ordonnance No. 5 serait impérative à la réalisation ce but.

Merci de l'attention que vous prêtez à cette question. Nous attendons votre réponse.

Veuillez agréer, Monsieur le Premier Ministre, l'expression de nos sentiments distingués.

Joël Simon
Directeur exécutif
CPJ

Le CPJ est une organisation indépendante à but non lucratif, dévouée à la défense de la liberté de la presse dans le monde entier. Pour plus d'informations, veuillez visiter http://www.cpj.org

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