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Lettre ouverte à la Directrice générale de l'OMS sur le scandale du lait toxique

(RSF/IFEX) - Ci-dessous, une lettre de RSF datée du 1er octobre 2008, adressée à la Directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé, Docteur Margaret Chan:

Docteur Margaret Chan

Directrice générale
Organisation mondiale de la santé
Avenue Appia 20
1211 Genève 27 - Suisse

Madame la Directrice générale,

A maintes reprises, vous avez affirmé publiquement l'importance de la libre circulation de l'information sur les problèmes de santé publique. Aujourd'hui, de nouveaux développements dans le scandale du lait toxique chinois montrent très clairement que le système de censure imposé par l'État en Chine populaire a eu un impact désastreux pour la santé de dizaines de milliers de nouveau-nés en Chine et dans d'autres pays où les produits étaient exportés. De nombreux enfants ont été intoxiqués car des journalistes et des chercheurs n'ont pas pu publier leurs informations.

Un officiel de votre organisation a certes insisté auprès des médias sur l'importance d'une "culture de l'ouverture et de rapports rapides" dans ce type de crise. De votre côté, vous avez affirmé que les femmes asiatiques devraient privilégier l'allaitement maternel au lieu d'utiliser des laits en poudre, mais cette réaction ne semble pas à la hauteur de ce tragique événement.

Mais, comment accepter que l'OMS n'ait été informée que le 11 septembre 2008 de la toxicité des produits, alors que des informations circulaient depuis décembre 2007? Dès juillet dernier, He Feng, journaliste d'investigation d'un hebdomadaire du sud du pays, avait collecté des informations précises sur cette vague d'hospitalisation d'enfants. Mais les autorités chinoises, à travers le Département de la propagande, avaient imposé une interdiction de publier des informations négatives sur des scandales alimentaires, avant et pendant les Jeux olympiques. Le supérieur hiérarchique de He Feng a donc décidé de ne pas publier les informations, de peur d'être sanctionnés par les autorités.

Faut-il le rappeler: juste avant les Jeux olympiques, le Département de la propagande avait adressé aux principales rédactions du pays une liste de 21 sujets interdits, dont celui des problèmes de sécurité alimentaire (point 8). "Tous les sujets liés à la sécurité alimentaire, comme l'eau minérale causant des cancers, sont en dehors des limites autorisées", pouvait-on lire dans ce document.

Les autorités ont même fait retirer de l'Internet le témoignage du rédacteur en chef du journal qui avait refusé de publier l'enquête. "Je me doutais que cela allait déboucher sur un énorme problème de santé publique", avait alors affirmé Fu Jianfeng dans l'article censuré. Il est aujourd'hui l'objet de pressions de la part des autorités.

Nous pensions que les autorités chinoises et l'Organisation mondiale de la santé avaient tiré les enseignements de la crise du SRAS que les autorités avaient étouffée pendant plusieurs mois, en censurant la presse.

A notre grand regret, les plus hautes autorités à Pékin continuent d'imposer la censure sur des sujets de santé publique. Aujourd'hui, nous vous demandons de vous élever publiquement contre ces pratiques liberticides et dangereuses, puisqu'elles nuisent à la santé des citoyens chinois et aux populations des pays voisins.

Votre organisation a publié des chiffres qui montrent l'étendue des dégâts de ce scandale du lait toxique : plus de 54 000 enfants ont reçu un traitement médical, 12 000 ont été hospitalisés et au moins quatre sont morts.

Au même moment, l'OMS s'est publiquement félicitée de sa capacité de réaction à cette crise et de la collaboration dans tous les domaines des autorités chinoises pour avoir fourni des "actualisations régulières". Ne fallait-il pas mieux adresser un constat plus sévère au gouvernement chinois, qui s'obstine à privilégier le contrôle de l'information au détriment de la santé de ses concitoyens?

Connaissant votre attachement à la liberté de la presse, nous vous demandons d'intervenir au plus vite auprès des autorités de Pékin sur ce sujet.

Dans l'attente d'une réponse de votre part, je vous prie de croire, Madame la Directrice-générale à l'expression de ma haute considération.

Jean-François Julliard
Secrétaire général

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