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Vingt ans après Tian' anmen, le gouvernement étouffe toujours le débat

Liu Xiaobo
Liu Xiaobo

Demain (4 juin) marque le 20e anniversaire du massacre des civils sans armes sur la place Tian' anmen, amis en Chine, le jour devrait se passer comme n'importe quel autre.

Reporters sans frontières (RSF), le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), Freedom House et Human Rights Watch (HRW) condamnent la censure étendue de l'Internet par la Chine et la répression de la liberté de parole qui rend extrêmement difficile - et dangereux - pour le peuple chinois de commémorer les victimes.

Utilisant ce que Freedom House appelle « l'appareil de surveillance et de censure de l'internet le plus sophistiqué », le gouvernement chinois interdit les photos, les vidéos et la majorité des articles qui décrivent l'événement ou qui y font allusion, et les militants qui parlent ou qui écrivent sur les atrocités de 1989 risquent la prison ou la mise en résidence surveillée. Par conséquent, la plupart des jeunes Chinois ignorent totalement les tueries qui ont ébranlé le monde, dit Reporters sans frontières (RSF).

D'après un rapport de RSF, une recherche vidéo ou photo du « 4 juin » dans le moteur de recherche le plus populaire de Chine, « Baidu », ne renvoie aucun résultat ou encore le message suivant : « Désolé, aucune vidéo ne correspond à votre recherche ». Une recherche d'articles, par ailleurs, n'offre que les déclarations officielles du gouvernement sur les événements. En outre, Google.cn, la seule version du moteur de recherche accessible en Chine, bloque les bandes vidéo, les textes et les photos qui divulguent la vérité sur le massacre, dit RSF.

Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), de nombreux autres sites, dont « Wikipedia », « YouTube » et « Flickr », sont rendus inaccessibles à plus d'un milliard de personnes. « Twitter », en raison de sa jeunesse relative, est demeuré un bastion de discussion libre sur la violence de la place Tian' anamen jusqu'au 2 juin, date où il a été bloqué par le gouvernement chinois, rapporte le CPJ.

En avril 1989, des travailleurs, des étudiants, des journalistes et des militants ont commencé à se rassembler sur la place Tian' anamen de Pékin, pour exiger la démocratie et une presse libre. Tandis que les manifestations grandissaient en nombre et se poursuivaient jusqu'à la fin mai, le gouvernement a proclamé la loi martiale, autorisant l'armée à faire usage de la force mortelle contre des manifestants sans armes. Les 3 et 4 juin, l'armée a ouvert le feu sur les civils qui tentaient d'empêcher les tanks d'accéder au site principal des manifestations sur la place Tian' anamen. Des centaines de personnes, peut-être même des milliers, ont été tuées. (Le Parti communiste chinois refuse de confirmer le nombre des victimes ou de compiler une liste officielle des personnes tuées.) Dans les semaines et les mois qui ont suivi, le gouvernement a arrêté des milliers de personnes qu'il a accusées de menées « contre-révolutionnaires ». Plusieurs personnes sont toujours en prison à cause de leur participation aux manifestations de 1989.

Au cours des vingt dernières années, les journalistes qui ont écrit quelque chose sur l'événement ont été congédiés et emprisonnés, tandis qu'un grand nombre d'autres militants ont été menacés et détenus pour avoir parlé des événements du 4 juin. Selon les Défenseurs chinois des droits de la personne (Chinese Human Rights Defenders, CHRD), le Bureau de la Sécurité publique a contacté récemment des dissidents à travers tout le pays, ou leur a rendu visite, y compris au militant politique Zhang Zuhua et au blogueur Zan Aizong, qui ont été prévenus de ne rien écrire, de n'accorder aucune entrevue ni d'organiser de manifestations reliées à l'anniversaire.

En mai, Human Rights Watch a publié « The Tian' anmen Legacy » (Le legs de Tian' anmen), une présentation multimédias qui examine les répercussions de Tian' anmen vingt ans plus tard. Le 1er juin, le CHRD a rendu public son propre rapport pour commémorer l'anniversaire de Tian' anmen, intitulé « The Legacy of Tian' anmen: 20 Years of Oppression, Activism and Hope » (Le legs de Tian' anmen : Vingt ans d'oppression, de militantisme et d'espoir).

Les personnes suivantes ont été détenues ou menacées récemment pour avoir partagé des opinions sur le massacre de la place Tian' anmen :

- Shi Tao, journaliste qui avait envoyé en 2004 un courriel sur l'anniversaire de Tian' anmen, purge actuellement une peine de dix ans de prison.
- Liu Xiaobo, organisateur du mouvement de 1989, qui a partagé les années 1990 entre la prison et les camps de travail, a été arrêté de nouveau à la fin de 2008 pour avoir distribué une pétition publique pour demander la démocratie et le triomphe de l'état de droit.
- Huang Qi, militant de longue date qui réclame la reconnaissance publique des victimes de juin 1989, est détenu sans procès depuis juin 2008 et est gravement malade, indique RSF. Il avait été arrêté en 2000 pour avoir accueilli une discussion en ligne sur Tian' anmen et il a passé cinq ans en prison.
- Zhang Shijun, ancien soldat qui a exprimé publiquement des regrets pour sa participation à la tragédie du 4 juin, a été détenu en mars après avoir publié une lettre ouverte au président Hu Jintao, priant instamment le parti de réévaluer sa condamnation des manifestations de juin 1989. Il est détenu actuellement par les forces de sécurité en un lieu inconnu.
- Jiang Qisheng, vice-président du Centre du PEN chinois indépendant et auteur d'un récent rapport, abondamment cité, sur le massacre de la place Tian' anmen, a été interrogé en mars et en mai de cette année et a vu son domicile être fouillé et des documents et des ordinateurs être confisqués.
- Zhang Xianling est membre fondatrice des Mères de Tian' anmen, un groupe de mères et de proches qui cherchent à préserver la mémoire des leurs qui ont été tués en juin 1989. En mai, deux jours avant la cérémonie de commémoration, elle a été prévenue de ne pas inviter de médias à participer à la cérémonie, ni à la couvrir.
- Ding Zilin, une autre fondatrice des Mères de Tian' anmen, a reçu l'ordre de ne pas participer à la cérémonie commémorative du 17 mai, et elle et son mari ont été suivis par des agents en civil pour vérifier s'ils se conformaient aux ordres.

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