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Dans une lettre ouverte au Secrétaire du Parti communiste, RSF prend acte de la réouverture relative d'accès à Internet et lui demande de poursuivre cette démarche

(RSF/IFEX) - Dans une lettre datée du 19 mai 2010, adressée au Secrétaire du Parti Zhang Chunxian, RSF prend acte de la réouverture relative d'accès à Internet et lui demande de poursuivre cette démarche.

À l'attention de Monsieur Zhang Chunxian
Secrétaire du Parti
Urumqi
Chine

Paris, le 19 mai 2010

Objet : Situation d'Internet dans la province autonome du Xinjiang

Monsieur,

Alors que la province autonome du Xinjiang a été reconnectée à l'Internet chinois le 14 mai 2010, Reporters sans frontières prend acte de cette réouverture relative. Nous vous demandons de poursuivre cette démarche, en défendant le recul de la censure du Web, notamment à l'occasion de la prochaine réunion du gouvernement central chinois qui doit examiner la situation au Xinjiang.

Coupée du monde pendant près de dix mois, à la suite des troubles de juillet 2009, cette région était victime d'une mesure discriminatoire quant à l'accès à Internet. Il s'agit de l'une des censures les plus longues jamais imposées par un gouvernement. Le retour "à la normale" est un signe positif. Nous ne pouvons cependant ignorer que les internautes du Xinjiang sont soumis aux filtres de la Grande Muraille Electronique chinoise, qui empêche leur accès à des sites et à des informations jugées subversifs par les autorités.

Vous avez récemment déclaré vouloir "maintenir la stabilité à tout prix" et être prêt à réprimer les "éléments séparatistes". La solution aux problèmes de la province que vous administrez ne réside pas uniquement en l'administration de remèdes économiques. Elle passe aussi par un respect accru de la liberté d'expression à laquelle les habitants de cette province ont droit, et par la fin de la censure qui touche la cause ouïghoure, une cause qui ne peut être réduite à du terrorisme.

Les sites et les blogs traitant de la question ouïghoure demeurent une cible privilégiée des censeurs. Nombre d'entre eux sont toujours bloqués parce qu'ils s'écartent de la ligne officielle préconisée par Pékin, comme les sites de la Uyghur American Association (UAA) ou Uyghur Human Rights Project (UHRP). Parmi la liste des mots clés interdits, on trouve "Rebiya Kadeer", la militante des droits de l'homme ouïghoure, "World Uyghur Congress", "Uyghur Human Rights Project", "East Turkestan Independence". Ces expressions doivent à nouveau être consultables sur le Web chinois.

Reporters sans frontières avait mené une enquête sur la situation de l'accès aux sites Internet dédiés à la communauté ouïghoure en octobre 2009. Nous avions alors constaté que la plupart de ces sites, en langue ouïghoure, chinoise et parfois anglaise, faits par ou pour des Ouïghours, étaient, pour la grande majorité, inaccessibles aux internautes, que ceux-ci soient basés au Xinjiang ou bien à l'étranger. Sur 91 sites répertoriés, plus de 85% étaient bloqués, censurés ou hors d'atteinte. Parmi eux des sites très populaires tels que http://www.diyarim.com, http://www.xabnam.com ou http://www.ulinix.com, sites enregistrés au nom de l'université du Xinjiang et faisant office de portail Web. Nous vous demandons de vous assurer de la réouverture de ces sites.

Surtout, plusieurs journalistes, net-citoyens et responsables de sites Internet sont toujours emprisonnés. Parmi eux, Dilshat Parhat, cofondateur du site ouighour Diyarim, Nureli, créateur du site ouïghour Selkin, Muhemmet, directeur d'un site ouïghour, et Obulkasim, collaborateur de Diyarim, ainsi que le journaliste Gheyret Niyaz. Leurs lieux de détention et les charges retenues contre eux ne sont pas connus. Leur libération doit intervenir au plus vite.

Vous avez été surnommé le "Secrétaire Internet" en raison de votre maîtrise de cet outil et de votre propension à discuter en ligne avec vos administrés. Nous espérons que vous vous ferez le défenseur de l'accès à un Internet moins censuré. La censure constitue un obstacle au développement économique du Xinjiang et, à plus long terme, à sa stabilité.

En vous remerciant de l'attention que vous porterez à notre demande, je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de ma haute considération.

Jean-François Julliard
Secrétaire général

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