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"Tout était en différé" : témoignage d'une journaliste de radio

(RSF/IFEX) - Le 14 septembre 2010 - Une journaliste chinoise, résidant à l'étranger, a accepté de nous donner son témoignage sur les conditions de travail qu'elle a dû affronter dans une radio chinoise. Pour des raisons de sécurité, Reporters sans frontières a choisi de préserver son anonymat.

Son expérience en tant que présentatrice et productrice de radio en Chine, dans les années 2000, éclaire sur le statut de plus en plus complexe des journalistes chinois, sans cesse tiraillés entre la volonté de révéler la vérité, et celle de ne pas courir de trop gros risques. Son témoignage rappelle que le contrôle gouvernemental dans les médias audiovisuels est encore plus fort que dans la presse ou sur Internet.

Cette journaliste nous présente la censure de l'intérieur, et nous permet d'en comprendre un peu mieux les mécanismes. Reporters sans frontières la remercie pour son témoignage courageux et très instructif.

1) À quelle période avez-vous travaillé comme responsable d'une station de radio en Chine ?

J'ai commencé à travailler comme productrice et présentatrice de programmes en 2001, jusqu'en 2004.

2) À cette époque, quelle était l'attitude du gouvernement chinois vis-à-vis des médias ?

La radio pour laquelle je travaillais n'était qu'une radio parmi des milliers d'autres en Chine. Mais elle était représentative de la situation des stations chinoises à l'époque.

Tout d'abord, il faut savoir que les radios, les journaux et les chaînes télévisées sont le principal outil de propagande dans le pays. Les opinions exprimées par les stations sont donc contrôlées par le Département de la propagande. Nous étions souvent censurés. Par exemple, chaque année, le 4 juin, jour anniversaire de la création du Parti Communiste et de la proclamation de la République populaire de Chine, les règles de censure se durcissaient, et les articles négatifs étaient interdits.

Ces périodes de contrôle plus strict étaient fréquentes. Par exemple, pendant les Jeux olympiques de 2008, il était impossible de diffuser des informations sur les destructions massives d'habitations à Pékin, ni sur les plaintes déposées par la population à propos de ces destructions.

La censure est administrée par le Département central de la propagande qui donne directement des ordres très explicites aux responsables des médias. Les ordres pouvaient être envoyés sous la forme de communiqués, de documents écrits, mais pouvaient aussi bien être transmis par téléphone. Ces ordres étaient tout d'abord donnés aux directeurs des radios, qui étaient, la plupart du temps, aussi rédacteurs en chef. Enfin les responsables de la rédaction communiquaient ces directives aux journalistes.

Autre exemple de sujet censuré : lorsque Pékin a été choisie pour les JO 2008, le gouvernement a imposé aux magasins d'harmoniser leurs noms. À l'époque, les librairies Wansheng ont refusé et leurs locaux ont été détruits sur ordre de la mairie. Ces magasins ont porté plainte contre le responsable du quartier de Haidian à Pékin. Il nous était par exemple interdit de diffuser des informations sur ce genre d'affaires.
Du point de vue technique, les radios chinoises ont mis en place des programmes diffusés en vrai faux "direct". Chaque station radio possède une machine qui retarde légèrement la diffusion de l'information. Ainsi, lorsqu'un responsable d'émission émet des propos en direct, qui vont à l'encontre des directives du Département de la propagande, par exemple, des propos sur la religion ou contre le Parti communiste, ils sont bloqués à temps. De cette façon, les paroles des présentateurs radio sont toujours filtrées.

Autre problème, la radiodiffusion est peu rentable en Chine. De nombreuses stations possèdent ainsi d'autres business. C'est en faisant de la publicité pour ces entreprises qu'elles réunissent les moyens suffisants pour conduire leurs émissions. C'est une pratique très courante en Chine et surtout pour les radios.

La plupart des entreprises qui font de la publicité sont du secteur pharmaceutique. Elles produisent parfois des médicaments contrefaits ou de mauvaise qualité. À l'époque, je m'opposais à ces entreprises qui fabriquaient de faux médicaments pour faire du profit. J'avais écrit plusieurs articles qui critiquaient cette pratique.

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