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Arrestations, censure et propagande en réaction au prix Nobel attribué à Liu Xiaobo

(RSF/IFEX) - le 13 octobre 2010 - Le Premier ministre chinois Wen Jiabao l'a affirmé récemment : "la liberté d'expression est indispensable dans tous les pays". . . apparemment sauf en Chine. Depuis l'annonce de l'attribution du prix Nobel de la paix à l'intellectuel Liu Xiaobo, Reporters sans frontières a recensé une multitude d'actes de censure, d'intimidations et de propagande perpétrées par les autorités. Selon l'Independent Chinese PEN, au moins quarante militants des droits de l'homme et journalistes sont détenus ou ont été interrogés pour avoir tenté de célébrer cette nouvelle.

Nous appelons le gouvernement chinois à relâcher tous les soutiens de Liu Xiaobo détenus pour avoir simplement exprimé leur satisfaction. Il est scandaleux que les autorités accentuent leurs pressions sur les écrivains et les journalistes, notamment les membres de l'Independent Chinese PEN dont Liu Xiaobo a longtemps été le président. Nous demandons également que les restrictions à la liberté de mouvement de son épouse, Liu Xia, soient levées.

Il en va de la crédibilité du gouvernement de laisser les Chinois accéder à toutes les informations, et non pas seulement les réactions agressives du gouvernement. Pourquoi les dirigeants du Parti communiste ne laissent-ils pas les citoyens chinois juger par eux-mêmes de la portée historique du prix Nobel attribué à Liu Xiaobo ?

La couverture dans les médias chinois de l'attribution du prix Nobel de la paix au dissident emprisonné est toujours dominée par la réponse hostile des autorités de Pékin. La télévision nationale et la majorité des journaux, même les plus libéraux, restent muettes. Et pour cause, les rédactions ont reçu, dès le 8 octobre, un ordre clair du Département de la propagande : "Il est interdit de republier des informations" sur le sujet. Quelques médias chinois en anglais ont repris la réaction du gouvernement, notamment la version en anglais du journal nationaliste Global Times, ou les versions en français et en anglais du Quotidien du peuple. De son côté, le Quotidien de la jeunesse a publié un article intitulé "Le dissident chinois Liu Xiaobo nominé : une insulte au prix Nobel de la paix".

Les programmes télévisés étrangers sont toujours brouillés lorsqu'une information sur Liu Xiaobo est diffusée.

Sur Internet, la censure est toujours aussi forte. Certains blogueurs, notamment l'écrivain Han Han, ont protesté en affichant des messages vides pour symboliser l'impossibilité d'évoquer le sort de Liu Xiaobo.

Dernière information en date, le forum de discussion 1984bbs, très fréquenté par les journalistes, a été fermé par ses animateurs sous la pression de la police.

Par ailleurs, vingt-trois cadres à la retraite et intellectuels du Parti communiste chinois ont appelé les plus hautes autorités à engager des réformes politiques, notamment en respectant l'article 35 de la Constitution chinoise qui garantit la liberté d'expression et la liberté de la presse. Cet appel a été systématiquement retiré des blogs et des sites chinois où il avait été publié.

Vague d'arrestations

Dès le 8 octobre au soir, les arrestations se sont multipliées. A Pékin, à Shanghai, à Jinan, mais également dans la province du Sichuan, des soutiens de Liu Xiaobo ont été arrêtés. Trois d'entre eux ont été placés en détention pendant au moins 8 jours : Wang Lihong, Wu Gan et Zhao Changqing. De son côté, l'ancien journaliste emprisonné Liu Jingsheng a affirmé que deux policiers avaient été postés devant son domicile. Les partisans de Liu Xiaobo qui ne possédaient pas de permis de résidence pékinois ont été renvoyés dans leur province d'origine. Gao Jian a, par exemple, été renvoyé dans le Shanxi où les autorités locales continuent à l'interroger.

Trois étudiants de l'université du Peuple (Renmin Daxue) de Pékin on été arrêtés après avoir brandi des banderoles de soutien à Liu Xiaobo sur la place Tiananmen, le 8 octobre, à 18h00 (heure locale). A ce jour, aucune information sur leur sort n'a filtré.

Un élève de l'école centrale des Beaux-arts (Zhongyang meishu xueyuan), Wei Qiang, âgé de 21 ans et originaire du Shaanxi, a été interrogé dans un commissariat de Pékin, après avoir tenté de diffuser l'information au sein de son université.

De plus, plusieurs dizaines universitaires, avocats et étudiants ont été assignés à résidence. La femme de Liu Xiaobo, Liu Xia, assignée à résidence, parvient à envoyer quelques messages grâce à Twitter.

Liu Xia a pu rendre visite à son mari en prison, le 10 octobre, pour l'informer de la décision du Comité Nobel – il aurait toutefois déjà appris la nouvelle par ses gardiens. Il a éclaté en sanglots et affirmé à sa femme qu'il dédiait son prix aux victimes des incidents de la place Tiananmen de 1989. Dans la foulée, ses conditions de détention se sont améliorées. Selon son épouse, Liu Xiaobo est mieux nourri et possède désormais un petit réchaud pour cuisiner dans sa cellule qu'il partage avec cinq autres détenus.

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