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Un an de travail forcé pour un tweet ironique

(RSF/IFEX) - Reporters sans frontières demande l'annulation de la condamnation inédite d'une internaute pour avoir relayé un message sur Twitter. Une première dans l'histoire du net chinois. "Cheng Jianping n'a fait que retweeter un message ironique sur un sujet qui touche à la corde sensible du nationalisme chinois. On est loin d'activités dissidentes structurées ! A défaut de pouvoir contrôler Twitter, il semblerait que les autorités chinoises tentent ainsi de faire un exemple pour inciter les utilisateurs de la plateforme de microblogging à l'autocensure, et ce dans un contexte général de durcissement de la répression à l'encontre des net-citoyens", a déclaré l'organisation.

Le 15 novembre 2010, l'internaute Cheng Jianping a été condamnée à purger une peine d'un an de travaux forcés dans le camp pour femmes de "rééducation par le travail" "Shibali River", à Zhengzhou, dans la province du Henan, pour "trouble à l'ordre social". Son avocat Lan Zhixue a fait appel de cette décision administrative, prise sans aucune forme de procès.

Cheng Jianping, âgée de 46 ans, arrêtée le 28 octobre, le jour de son mariage, est accusée d'avoir retweeté, le 17 octobre, un message satirique contre les manifestations anti-japonaises en Chine sous le pseudo de Wang Yi (@wangyi09), sur le site Twitter. Elle est suivie sur ce réseau social par plus de 5000 internautes. Le message, exhortant de manière ironique les jeunes Chinois à prendre d'assaut le pavillon japonais de l'Exposition Universelle de Shanghaï, dénonçait la surenchère des tensions entre les deux pays. Cheng Jianping devient ainsi, à la connaissance de RSF, la première personne à être incarcérée uniquement pour avoir retransmis un message sur Twitter.

Son fiancé, Hua Chunhui, a été détenu pendant cinq jours. Il ne serait pas autorisé à lui rendre visite. Sa femme aurait, selon lui, entamé une grève de la faim le 15 novembre dernier afin de protester contre sa condamnation. Elle souffrirait d'une maladie chronique des poumons, la pleurésie tuberculeuse. Son fiancé a déclaré sur son compte Twitter @wxhch : "Je ne sais pas comment (elle) a passé ses premiers jours dans le camp de travail, si elle fait toujours la grève de la faim, si elle est soumise à un comportement inhumain, quel est son état de santé. Je ne sais pas (. . . ) Je vais me battre pour que mon droit légitime à lui rendre visite soit respecté".

Le directeur général de Twitter, Dick Costolo (@dickc), a réagi sur le site : "Cher gouvernement chinois, les détentions d'un an pour avoir envoyé un tweet sarcastique ne sont ni la voie à suivre, ni l'avenir de votre grand peuple" déclare-t-il dans son tweet.

Twitter est bloqué en Chine, mais les internautes peuvent y accéder en contournant la Grande muraille électronique grâce à des proxies.

Une autre blogueuse, l'écrivain et intellectuelle tibétaine, Tsering Woeser, est quant à elle à nouveau victime de piratage informatique en raison de ses articles sur la situation des droits de l'homme au Tibet. Son blog ( http://www.woeser.middle-way.net ) et ses comptes Twitter, Gmail, et Facebook ont été piratés au cours de ces dernières semaines. Tsering Woeser a signalé que des photos et des informations personnelles avaient été modifiées sur son profil Twitter. Seuls ses comptes Twitter et Facebook ont été restaurés à ce jour.

Autre net-citoyen récemment condamné, Li Tie, un militant démocrate de 48 ans connu pour ses écrits en ligne, a été accusé de subversion. Le 15 septembre, il avait été arrêté à Wuhan, initialement pour "incitation à la subversion", un crime passible de cinq ans de prison. Le 22 octobre, les charges contre lui ont été aggravées : les autorités l'accusent désormais de "subversion du pouvoir de l'Etat", un crime puni par l'article 105 du code pénal chinois par la "prison à vie" ou "une peine n'étant pas inférieure à 10 ans de prison ferme". La police ferait actuellement pression sur sa famille pour que Li Tie n'engage pas son propre avocat, mais soit défendu par un avocat commis d'office.

Selon Chinese Human Rights Defenders, Li Tie avait déjà été menacé par les autorités, qui lui avaient demandé de cesser d'organiser des réunions en mémoire de Lin Zhao, une poétesse dissidente emprisonnée pendant près d'une décennie avant d'être exécutée. En avril, il lui avait été "suggéré" de ne pas tenter de se réunir avec ses amis et de ne publier aucun article "pendant une période indéterminée". Li Tie écrivait notamment pour "Democratic China" et "Boxun". Tout comme Liu Xiaobo, le Prix Nobel de la paix, qui purge une peine de onze ans de prison, il était également signataire de la Charte 08.

Le sort de l'activiste emprisonné Zhao Lianhai, directeur du site "Kidney Stone Babies", reste incertain. Il n'aurait pas fait appel de sa condamnation dans le délai légal, qui a expiré le 22 novembre dernier, d'après l'organisation Chinese Human Rights Defenders, bien qu'il ait précédémment déclaré avoir l'intention de le faire. Par ailleurs, il aurait récemment refusé de voir ses avocats, et l'agence de presse officielle Xinhua annonçait, le 23 novembre, qu'il avait déposé une demande de libération anticipée pour raisons de santé.

Zhao Lianhai a été condamné, le 10 novembre, à deux ans et demi de prison pour "incitation au désordre social". Il avait dénoncé sur son site le scandale du lait contaminé à la mélamine par la compagnie Sanlu, en Chine, et appelé à des poursuites judiciaires contre les autorités impliquées. Des centaines de milliers de nourrissons avaient été touchés, dont le fils de Zhao Lianhai, et au moins six nouveau-nés avaient trouvé la mort.

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How violent was the election campaign in Afghanistan? Here's an overview of the issues that threatened to undermine… https://t.co/nmCdtw4Se2