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Ai Weiwei et d'autres dissidents sont libérés, mais des questions demeurent

L’artiste dissident chinois Ai Weiwei salue les gens depuis l’entrée de son appartement le 23 juin après avoir été libéré sous caution à Beijing
L’artiste dissident chinois Ai Weiwei salue les gens depuis l’entrée de son appartement le 23 juin après avoir été libéré sous caution à Beijing

REUTERS/David Gray

La libération de l'artiste chinois Ai Weiwei la semaine dernière a été une agréable surprise, tout comme l'a été la libération quelques jours plus tard de ses associés moins connus, et celle de l'activiste renommé Hu Jia. Mais des questions troublantes demeurent à propos de son arrestation, de sa détention et des conditions de sa remise en liberté - et à propos aussi de ce qui se passe dans le cas d'autres dissidents incarcérés qui ne jouissent pas d'une campagne internationale de soutien, disent les membres de l'IFEX.

Ai a été libéré le 22 juin, après avoir été détenu au secret pendant 80 jours sans inculpation ni procès en un lieu inconnu et, à ce qu'il semble, après avoir été amené à avouer s'être livré à de l'évasion fiscale.

Aucune accusation formelle n'a été portée contre lui, mais l'agence de nouvelles officielle de Chine, Xinhua, affirme qu'il a été libéré sous caution « en raison de son attitude positive à avouer ses crimes ainsi que d'une maladie chronique dont il est atteint ».

Zhang Jinsong, Hu Mingfen, Wen Tao et Liu Zhenggang - chauffeur d'Ai, comptable, assistant et journaliste, ainsi qu'un concepteur - ont tous été remis en liberté sous caution jeudi et vendredi de la semaine dernière, ont déclaré à des reporters la soeur d'Ai et un bénévole qui travaille avec lui. Ils avaient été emmenés en même temps que Ai.

Selon les membres de l'IFEX, Ai ne devrait pas courir le risque d'être de nouveau détenu dans cette affaire, mais les conditions de sa libération sous caution lui imposent le silence sur ce qui lui est arrivé. D'après le Centre américain du PEN International, cette censure imposée semble déjà en vigueur, quand il a dit au « New York Times » à sa sortie, « Je suis chez moi, je vais bien. En langage juridique, je suis - comment dites-vous - sous caution. Je ne puis donc accorder d'entrevues. Mais je vais bien. »

Comme d'autres personnes emprisonnées avant lui qui ont défié l'autorité, Ai devra probablement subir des restrictions de mouvement, et il est tenu de se rapporter régulièrement à la police. « Il est également peu probable qu'il utilisera l'un ou l'autre des outils de sa dissidence passée - son esprit, son art, et Twitter - pour piquer le gouvernement », dit Index on Censorship.

Parmi les ouvrages d'Ai, acclamés dans le monde, se trouvent « Les Graines de Tournesol », l'installation présentée l'an dernier au Tate Modern de Londres, et l'installation de 9 000 sacs à dos d'enfants sur la façade du musée Haus der Kunst de Munich, qui commémore les victimes du tremblement de terre de 2008 au Sichuan.

« La décision du gouvernement chinois d'arrêter Ai Weiwei était une décision politique, sa remise en liberté aussi », dit Human Rights Watch. « Mais c'est aussi un exemple de la façon dont fonctionne la pression internationale, étant donné que la réputation de Beijing a été fortement entachée à la suite de sa détention. »

D'après Evan Osnos, du « New Yorker », « la pression publique est efficace, mais le résultat doit également se lire en fonction des calculs de la diplomatie chinoise ». Ai a été libéré quelques jours avant que le vice-ministre des Affaires étrangères ne se rende à Hawaii rencontrer le Secrétaire d'État adjoint des États-Unis, et au moment où le Premier ministre de Chine Wen Jiabao s'apprête à entreprendre une tournée en l'Europe.

De plus, au moins dix autres dissidents, moins connus que Ai, ont été victimes de disparitions forcées depuis la mi-février, précise Human Rights Watch. Ils demeurent détenus au secret, on ne sait rien de leurs allées et venues et ils risquent fortement d'être torturés en détention.

Pratiquement au même moment où Ai était libéré, le journaliste emprisonné Qi Chonghuai était condamné à passer encore huit ans en prison. Hu Jia, qui a été remis en liberté comme prévu après avoir purgé trois ans et demi de prison, risque de graves restrictions de parole et de mouvement.

Deux semaines à peine avant sa libération, Qi a de nouveau été trouvé coupable de détournement de fonds, d'extorsion et de chantage, selon ce que rapportent la Fédération internationale des journalistes (FIJ) et d'autres groupes membres de l'IFEX. Mis à part celui de détournement de fonds, les autres chefs d'accusation sont identiques à ceux auxquels il a dû répondre lors de son arrestation en 2007 après avoir publié un reportage critiquant un officiel local pour avoir battu une femme qui était arrivée en retard au travail.

« Je ne sais pas qui a donné l'ordre de détenir Qi de manière continue; toutefois, je crois qu'ils ont peur que mon mari dévoile qui l'a mal traité en prison », a déclaré à la FIJ l'épouse de Qi, Jiao Xia.

Qi a été passé à tabac presque chaque jour à la prison de Tengzhou, rapporte la FIJ. Après un tollé international, il aurait été transféré dans une autre prison et astreint à de longues heures de travail dans une mine de charbon.

Activiste connu pour avoir dénoncé publiquement l'étranglement de la dissidence à la veille des Olympiques de 2008 à Beijing, Hu a été libéré le 26 juin après avoir purgé une peine de trois ans et demi d'emprisonnement pour incitation à la subversion. Pendant un an, cependant, comme condition de sa libération, il ne peut parler librement ni voyager à l'étranger. La police aurait bloqué l'entrée de son domicile, et elle a mis en garde les autres défenseurs des droits de la personne de ne pas entrer en contact avec lui.

D'autres personnes qui ont été libérées sont devenues étrangement silencieuses, ce qui donne à penser qu'elles ont été menacées d'autres violations de leurs droits si elles parlent, indiquent le Centre américain du PEN International et Human Rights Watch.

Pour le moment, les membres de l'IFEX se concentreront sur le rôle qu'ils ont joué dans la libération de Ai, et verront s'ils peuvent obtenir de la communauté internationale qu'elle « maintienne les mêmes pressions pour faire libérer les nombreuses autres victimes innocentes de la vague de répression actuelle du gouvernement chinois », dit Human Rights Watch.

Quoi qu'il en soit, la libération de Ai vaut quand même qu'on s'en réjouisse. D'après l'expert du système juridique chinois Jerry Cohen, elle « représente pour Beijing un humiliant recul… [et] rien ne peut dissimuler leur profond embarras ».

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