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Une longue marche reste à faire vers la liberté de l'information

(RSF/IFEX) - Reporters sans frontières est très inquiète pour les attaques continues perpétrées par les autorités chinoises à l'encontre de ceux qui portent à l'attention publique des sujets sensibles, qu'ils soient des artistes, des militants des droits de l'homme ou des médias.

"Le défenseur des droits de l'homme Hiu Jia passé à tabac le 20 juin 2012, l'artiste Ai Weiwei aux prises avec des procédures judiciaires irrégulières, les journalistes du South China Morning Post contraints à l'autocensure . . . Le constat est effarant. La liste des violations de la liberté de l'information en Chine paraît sans fin. Au regard de ces événements, le plan d'action sur les droits de l'homme pour la période 2012-2015, publié par Pékin le 11 juin dernier, ne semble constituer qu'une opération de façade. Le journal d'État, Global Times , assure que ce plan servira de base à l'adoption de mesures destinées à protéger les droits des justiciables et à sanctionner les détentions illégales. Le sort d'Ai Weiwei et de Hu Jia incite cependant au scepticisme. Force est de constater que les autorités tardent à accorder leurs actes avec leurs déclarations. Nous demandons donc au gouvernement chinois d'apporter des preuves concrètes de sa volonté d'oeuvrer au respect des libertés fondamentales, et notamment celles d'informer et d'être informé", a déclaré Reporters sans frontières.

Hu Jia passé à tabac, Xu Zhiyong interpellé


Un an après sa libération , le défenseur des droits de l'homme Hu Jia a été battu par des hommes de la sécurité d'État, le soir du 20 juin 2012, alors qu'il sortait de son appartement à Pékin. Hu Jia, qui souffre d'une cirrhose du foi, a été frappé à la gorge et a rapporté des blessures légères et des douleurs à deux côtes et à la poitrine. "C'est la première fois que cela m'arrive depuis que je suis sorti de prison", a-t-il déclaré à l'Agence France Presse.

D'après Hu Jia, l'agression pourrait être due à sa récente visite à la famille du dissident Chen Guangcheng, ou au fait que le jour même avait lieu l'audience du procès contre l'artiste Ai Weiwei, ami de Hu Jia.

Le 12 juin, Hu Jia avait déjà été interpellé et détenu par la police pendant huit heures. De retour à son domicile, une vingtaine d'agents étaient stationnés devant son domicile et en surveillaient l'entrée.

L'avocat défenseur des droits de l'homme Xu Zhiyong a, quant à lui, été détenu par la police pendant deux jours, du 7 au 8 juin, suite à la publication d'un article appelant à davantage de démocratie en Chine, intitulé "China's New Civil Movement ". L'article, publié sur son blog le 29 mai sous le pseudonyme "Citizen", a été supprimé par les autorités.

Dans son témoignage publié en ligne, suite à sa liberation, Xu Zhiyong affirme : "le traitement qui m'a été réservé n'est rien comparé à celui de tous ces Chinois qui ont trouvé la mort sous les coups de la torture dans des prisons secrètes au cours des dix dernières années".

Ai Weiwei harcelé


Le 21 juin 2012, pour la première fois après sa libération sous caution il y a un an, l'artiste et documentariste Ai Weiwei a pu quitter son domicile, sans être contraint de devoir en rendre compte à la police. Toutefois, ce jour même où son état de surveillance aurait dû s'achever, il a reçu à nouveau une interdiction de voyage de la part des autorités, à cause d'autres charges qui portent sur lui : celles de pornographie, de bigamie et d'échange illicite de monnaie étrangère. L'accusation de pornographie porterait sur un portrait nu de groupe, de l'artiste avec quatre femmes, considéré par les autorités comme du matériel pornographique en raison de sa large diffusion sur internet; il aurait été visualisé plus de mille fois.

Entre temps, le procès de l'artiste pour évasion fiscale est toujours en cours. Le 20 juin, Ai Weiwei a été empêché par la police de se rendre au tribunal pour assister à une audience. Des policiers, en uniforme et en civil, surveillaient l'habitation et l'atelier de l'artiste à Pékin, ainsi que l'entrée du tribunal, en bloquant l'accès aux médias et aux amis d'Ai Weiwei. Parmi ces derniers, Hu Jia avait décidé de ne pas se rendre à l'audience après avoir appris que l'artiste même avait été forcé de ne pas y aller. Même l'avocat d'Ai Weiwei, Liu Xiaoyuan, n'a pas pu participer à l'audience. Disparu le soir du 19 juin jusqu'au jour suivant, Liu Xiaoyuan a annoncé sur son compte Twitter être obligé par les autorités de quitter Pékin plus tôt que prévu.

Reporters sans frontières a rappelé à quel point l'art pouvait constituer un moyen de contournement de la censure sur des sujets sensibles en Chine, lors de sa participation, le 17 avril 2012, à la soirée spéciale "L'Art contre la censure en Chine", organisée par le Comité de soutien à Liu Xiaobo au Jeu de Paume à Paris.

Le bras long de Pékin sur la presse hongkongaise?

Le gouvernement central chinois pourrait avoir influencé également un choix éditorial du journal de Hong Kong en langue anglaise, South China Morning Post. Ce dernier avait initialement publié un article, le 7 juin, sur la mort dans des circonstances suspectes du dissident Li Wangyang, pour ensuite le réduire à une brève et le déplacer dans les pages secondaires du journal.

Asia Sentinel reporte le contenu d'un échange d'emails entre Alex Price, journaliste au South China Morning Post et le rédacteur en chef Wang Xiangwei. Ce dernier répond de façon tranchée à la demande d'explications d'Alex Price sur la gestion de l'article en question: "Je n'ai rien à vous expliquer. C'est une décision que j'ai pris et que je défends. Si cela ne vous plaît pas, vous savez quoi faire."

Malgré l'abondante couverture dédiée ensuite par le journal au cas de Li Wangyang, cette affaire pourrait indiquer que la main de Pékin se cache derrière cet acte d'autocensure. Le rédacteur en chef du South China Morning Post a répondu à la polémique dans un éditorial du 21 juin où il a souligné qu'il n'avait en aucun cas voulu minimiser le cas de Li Wangyang. Reporters sans frontières s'inquiète d'une éventuelle influence du gouvernement chinois, qui porterait atteinte à l'indépendance de la presse hongkongaise.

Par ailleurs, le 13 juin, le Bureau d'État pour la radio, le film et la télévision, a annoncé, dans une note aux autorités provinciales de communication audiovisuelle, une campagne nationale de trois mois contre le chantage et la publication d'articles commandités au sein des médias.

La note sur la campagne, coordonnée par le Département central de la propagande, mentionne le besoin de "créer un climat favorable à l'ouverture du 18e congrès national du parti", qui devra avoir lieu en automne 2012. Reporters sans frontières craint que cette campagne puisse avoir une influence sur le journalisme d'investigation, bien que cela ne soit pas son objectif direct.

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