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Les autorités mettent virtuellement le Tibet sous verrou

Les Tibétains qui vivent dans le nord-ouest de la Chine ont marqué un nouvel an traditionnel tendu par des prières, les vibrations des gongs et une défiance contenue dans le sillage des immolations et des protestations contre le contrôle chinois
Les Tibétains qui vivent dans le nord-ouest de la Chine ont marqué un nouvel an traditionnel tendu par des prières, les vibrations des gongs et une défiance contenue dans le sillage des immolations et des protestations contre le contrôle chinois

Carlos Barria/REUTERS

En réponse au nombre croissant des Tibétains qui s'immolent par le feu, la Chine a imposé un black-out des médias sur le Tibet et les provinces du Sichuan et de Qinghai, selon ce qu'indiquent Reporters sans frontières (RSF), le Centre américain du PEN International et la Fédération internationale des journalistes (FIJ).

D'après RSF, au moins 15 moines se sont immolés par le feu au cours de la dernière année en signe de protestation contre le régime chinois et la répression religieuse - « pourtant, peu d'informations là-dessus ou à propos des récentes manifestations qui se sont déroulées au Tibet, sont parvenues jusqu'à nous ». Et cela, la plus importante explosion de mécontentement à survenir chez les Tibétains depuis les émeutes de 2008 dans la capitale du Tibet, Lhassa.

Les membres de l'IFEX affirment que les organisations de médias étrangères sont empêchées de couvrir les événements. Le Centre américain du PEN International (PEN American Center) rapporte qu'en janvier, les autorités ont empêché une équipe de CNN de se rendre dans le district de Seda, dans la province du Sichuan, qui se trouve être l'épicentre de violents affrontements avec la police qui ont entraîné la mort d'au moins deux Tibétains. Les autorités invoquent régulièrement des excuses comme le mauvais temps ou la mauvaise qualité des routes pour restreindre l'accès, dit RSF.

D'autres journalistes étrangers rapportent être suivis par des inconnus, être interrogés pendant des heures et escortés par la police jusqu'à l'aéroport, forcés d'effacer les images de leurs appareils et se voient confisquer leur recherche et leurs textes.

Selon la réglementation entrée en vigueur à la veille des Jeux Olympiques de Beijing en 2008, les journalistes étrangers sont libres d'interviewer les gens en Chine une fois qu'ils ont obtenu leur consentement.

« Toutefois, ayant observé le nombre croissant des cas de journalistes étrangers bloqués et empêchés de couvrir des histoires d'un grand intérêt public, nous avons tout lieu de croire que les autorités chinoises n'ont plus l'intention de respecter ces promesses », dit le bureau Asie-Pacifique de la FIJ.

Les journalistes locaux sont visés eux aussi. RSF rapporte par exemple que plus de 20 officers de police se sont rendus le 15 février au domicile de Gagkye Drubpa Kyab, journaliste et enseignant, dans le district de Serthar au Sichuan, et ont procédé à son arrestation. Il est toujours détenu.

Les imprimeries en langue tibétaine sont fermées, ajoute le Centre américain du PEN International.

Par ailleurs, le gouvernement a orchestré une « véritable campagne de désinformation », dit RSF. Il se sert des médias favorables au gouvernement pour minimiser les troubles et accuse la communauté internationale d'ingérence.

Dans l'affaire du district de Seda, les autorités chinoises imputent aux séparatistes Tibétains l'incitation à la violence et soutiennent que les officiers de sécurité ont tiré pour se défendre après que la « populace » eut fait irruption dans les postes de police et fait voler en éclats les fenêtes des magasins, selon ce qu'affirment les dépêches.

L'autre champ de bataille est l'Internet, « victime secondaire de la répression », dit RSF. « Les liaisons sont inrerrompues, l'accès est bloqué et le contenu lié aux troubles est retiré. »

Plus tôt en février, les autorités ont perturbé le service de l'Internet et de la téléphonie mobile dans un secteur de plus de 50 kilomètres autour du district de Seda, selon ce que rapporte le Centre américain du PEN International.

Les forums de discussion et les blogues en langue tibétaine, comme Sangdhor.com et Rangdrol.net, ainsi que les sites web d'organisations de médias en exil, sont bloqués depuis le début du mois, rapporte RSF.

En outre, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) rapporte que les mentions en ligne des protestations et des immolations de Tibétains disparaissent en Chine, comme le documente le China Media Project de l'Université de Hong Kong.

Selon RSF, les journalistes citoyens et les réseaux communautaires locaux, qui ont pris la place des canaux médiatiques traditionnels, sont particulièrement visés. Le journaliste d'enquête Liu Zhiming, qui a affiché le 23 janvier sur le site du média social chinois Sina Weibo un message à propos d'une manifestation, a vu son compte effacé.

L'immolation par le feu pourrait gagner en popularité comme forme de dissidence et se répandre au-delà du clergé tibétain. Les dépêches récentes donnent à penser que les immolations les plus récentes survenues dans le district de Seda concernent trois personnes laïques, fort probablement des bergers.

« Il y a beaucoup de frustration dans les zones tibétaines », a déclaré au « New York Times » Robert Barnett, directeur du Programme d'études modernes sur le Tibet à l'Université Columbia de New York. « Les gens disent qu'on ne les écoute pas; le gouvernement n'a pas répondu de manière constructive aux protestations en 2008 et n'a pas répondu de manière constructive de toute l'année, pendant laquelle nous avons assisté aux immolations par le feu. »

Le Tibet coupé du reste du monde (RSF)

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