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Un crieur de journaux est tué en plein jour, symptôme de l'impunité en Colombie

La ville de Caicedonia, où le crieur de journaux José Darío Arenas a été tué
La ville de Caicedonia, où le crieur de journaux José Darío Arenas a été tué

Alejandro Serrano Durán/flickr

En Colombie, où la loi sur la prescription sur les crimes contre les journalistes a entraîné en 2013 l'expiration du délai de poursuites dans les meurtres de quatre journalistes, qui sont donc restés non résolus, l'assassinat récent du crieur de journaux José Darío Arenas en plein jour a soulevé l'indignation et suscité des appels à l'action de la part des membres locaux, régionaux et internationaux de l'IFEX.

Selon la Fondation pour la liberté de la presse (FLIP), vers 8 heures le matin du 28 septembre 2013, Arenas, seul crieur de journaux de Caicedonia, dans la province de Valle del Cauca, qui vendait le journal EXTRA del Quindío, commençait sa journée de travail, comme à l'habitude, par la lecture à haute voix des principales manchettes des nouvelles de la région.

Ce jour-là, la grande nouvelle concernait les plaintes de parents des détenus de la prison de Caicedonia, qui affirmaient avoir été maltraités par les gardiens relevant de l'Institut national des pénitenciers et des prisons (Instituto Nacional Penitenciario y Carcelario, INPEC). Après avoir vendu quelques exemplaires, des hommes se sont approchés d'Arenas et ont ouvert le feu sur lui, à plusieurs reprises, l'abattant en pleine rue.

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) rapporte que la nouvelle à la une ce jour-là était écrite par Andrés Mauricio Osorio, mais que l'idée de l'histoire venait d'Arenas lui-même, qui avait collaboré avec Osorio pour trouver les sources et prendre les photos accompagnant l'article. Osorio a aussi déclaré au CPJ que Arenas collaborait régulièrement au journal en plus d'être crieur, parce que le journal n'avait pas de reporter permanent à Caicedonia.

Certaines sources dans la région, qui ont requis l'anonymat, ont affirmé que l'une des principales théories pour expliquer cet assassinat concerne la nouvelle à la une. La Société Interaméricaine de la presse (SIP) rapporte qu'une source émanant du journal EXTRA del Quindío avait déclaré que Arenas avait reçu des menaces anonymes le prévenant de ne pas publier cette nouvelle.

L'histoire mentionnait José Daniel Ocampo, un crieur qui travaillait dans l'enceinte de la prison, qui aurait dit avoir eu connaissance de certaines incidences d'inconduite de la part des gardiens. La FLIP a rapporté que peu après le meurtre d'Arenas, Ocampo a reçu un appel téléphonique anonyme lui disant : "...et de un".

Selon Reporters sans frontières (RSF), la lenteur des poursuites judiciaires en Colombie est en partie la cause de l'expiration de la période de prescription dans un très grand nombre de ces affaires, ce qui favorise un niveau élevé d'impunité dans le pays. Le groupe rapporte que le jour où Arenas a été tué était aussi le 20e anniversaire du meurtre du radiojournaliste Manuel José Martínez Espinosa. Ce meurtre s'ajoute à la longue liste des crimes commis contre les journalistes dans le pays et qui demeurent non résolus.

Le meurtre d'Arenas et la menace proférée contre une de ses sources soulèvent l'inquiétude pour la sécurité des reporters qui ont travaillé à l'article sur la prison de Caidedonia. C'est pour cette raison que la FLIP non seulement appelle à une enquête exhaustive et sans délai sur ce meurtre, mais aussi à la mise en place de mécanismes de sécurité afin de protéger les autres reporters et leurs sources.

Et RSF d'ajouter : "Le meurtre de ce crieur de journaux rappelle cruellement qu'en Colombie tous les acteurs de l'information risquent leur vie, qu'ils soient journalistes, collaborateurs de médias ou encore diffuseurs communautaires".

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