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"Un recul de vingt ans" pour la liberté de la presse, déclare RSF

(RSF/IFEX) - Reporters sans frontières exprime sa très vive inquiétude face au tour de vis donné par le gouvernement de Laurent Gbagbo sur le secteur des médias. La direction du Conseil national de la presse (CNP, organe de régulation de la presse écrite) a été limogée, l'autorisation d'émettre de la radio Onuci FM a été retirée, les conditions de sécurité de nombreux journalistes restent très précaires.

"Le gouvernement de Laurent Gbagbo vient de procéder à un véritable accaparement du Conseil national de la presse, un organe pourtant reconnu pour son sérieux et son impartialité. Il s'agit d'une décision arbitraire et politique destinée à reprendre la main sur cette institution. Étant donné la couleur politique des personnes qui viennent d'être cooptées par le camp Gbagbo pour assurer la direction du CNP, nous pouvons craindre que cette institution soit entièrement détournée de sa mission de régulation, et qu'à l'avenir elle sanctionne durement les médias et journalistes d'opposition mais protège en revanche la presse dite bleue, proche de Laurent Gbagbo", a déclaré Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters sans frontières.

"Une telle manœuvre risque de renvoyer la Côte d'Ivoire vingt ans en arrière en ce qui concerne la liberté de la presse", a-t-il ajouté.

Eugène Dié Kacou, président du CNP, et l'ensemble du conseil d'administration de cet organe de régulation ont été limogés par un décret présidentiel signé le 4 février 2011 par Laurent Gbagbo. Eugène Dié Kacou est remplacé par Débi Dally, ancien directeur de l'Agence ivoirienne de presse (AIP). Ce dernier avait suspendu des journalistes de l'AIP pour avoir couvert la marche sur la Radio-Télévision Ivoirienne (RTI), organisée par le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le 16 décembre 2010.

Plusieurs journalistes militants ou reconnus comme sympathisants du Front populaire ivoirien (FPI, parti de Laurent Gbagbo) font leur entrée au CNP. C'est le cas, par exemple, de César Etou, rédacteur en chef de "Notre Voie", ou de N'Goran Aliali, directeur de publication du journal "Le Quotidien", un titre financé par Stéphane Kipré, le gendre de Laurent Gbagbo. Armand Bohoui, collaborateur au cabinet de Simone Gbagbo et ancien journaliste de "Notre Voie", a également fait son entrée dans ce conseil.

Eugène Dié Kacou avait pourtant été nommé, en 2009, pour un mandat irrévocable de trois ans. Les autorités ivoiriennes n'ont pas fourni de justification officielle à son limogeage, mais elles accusent ouvertement le CNP de complaisance avec la presse d'opposition.

Le ministre de la Communication de Laurent Gbagbo, Ouattara Gnonzié, a donné le ton en déclarant à Radio France Internationale (RFI) que "la fin de la tolérance était une mesure d'autodéfense" et que les appels à la sédition ou à l'insurrection seront désormais "durement sanctionnés".

Sans même avertir la direction locale de Canal + Côte d'Ivoire, le ministre Ouattara Gnonzié a ordonné la réquisition, pour une durée de trois mois, à partir du 8 février 2011, des équipements appartenant à Canal + entreposés dans le centre émetteur de la commune d'Abobo à Abidjan.

Par ailleurs, l'autorisation d'émettre de la radio de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire, Onuci FM, a été retirée, le 9 février. "Les fréquences assignées à l'Onuci dans le cadre de l'exécution de son mandat en Côte d'Ivoire sont retirées", a fait savoir le Conseil national de la communication audiovisuelle (CNCA), dans un communiqué lu à la télévision publique RTI.

Enfin, Reporters sans frontières réitère son inquiétude pour les deux journalistes de la chaîne Télévision Notre Patrie (TVNP, proches de l'ex-rébellion des Forces nouvelles) toujours détenus à la brigade de recherche de la gendarmerie, à Abidjan, depuis leur arrestation, le 28 janvier dernier. Abou Sanogo et Gnahoré Charly sont accusés de "rébellion" et d'"atteinte à la sûreté nationale". Selon les informations de RSF, les deux hommes ont été frappés à coups de crosse et maltraités lors de leur arrestation sur la base aérienne d'Abidjan, avant leur transfert à la brigade de recherche. Des cigarettes avaient notamment été éteintes sur leurs corps.

Les chaînes étrangères d'information TV5 et France 24 sont toujours suspendues en Côte d'Ivoire.

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