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RAPPORT CAPSULE: Le CPJ s'inquiète des agressions contre la presse et demande au Président de garantir la liberté de la presse

(CPJ/IFEX) - Ci-dessous, une lettre du CPJ au président Joseph Kabila datée du 27 juin 2007:

Le 27 juin 2007

Son Excellence Joseph Kabila
Président de la République Démocratique du Congo
a/s Ambassade de la RDC aux Etats-Unis
1800 New Hampshire Ave. NW
Washington, D.C. 20009

Par télécopie: (202) 234-2609

Monsieur le Président,

Nous vous écrivons afin de vous faire part de notre inquiétude, concernant une série d'inquiétantes agressions sur l'ensemble du territorial national, à l'encontre des médias. En effet, depuis la prise de pouvoir de votre gouvernement le 24 février dernier, pas moins de huit médias ont été attaqués par les forces de sécurité gouvernementales suite à leurs reportages, et un journaliste a été tué dans un climat d'insécurité grandissante, selon les informations recueillies par le CPJ. Ces événements contredisent la déclaration du Ministre de l'Information Toussaint Tshilombo, faite lors de la Journée mondiale de la liberté de la presse, selon laquelle cette même liberté serait respectée en RDC.

Les agressions contre la presse sont manifestes à travers tout le pays. Dans la capitale Kinshasa, les autorités ont fermé avec force trois médias proches de l'opposition, et incarcéré un directeur de journal pendant cinq jours. Le 21 mars, Canal Congo TV, Canal Kin TV et Radio Liberté Kinshasa, médias appartenant au leader de l'opposition Jean-Pierre Bemba, ont été retirés de l'antenne sans aucune explication et leurs locaux saccagés puis occupés pendant un mois, selon des bulletins d'actualité et des rapports de l'organisation de défense de la liberté de la presse Journaliste en Danger (JED). Toujours à Kinshasa, le directeur de publication du bihebdomadaire La Tolérance, Jean-Pierre Lutete, a également été arrêté le 6 mai et détenu pendant cinq jours pour des charges d'extorsion jamais étayées.

Le climat d'hostilité envers les médias s'est même étendu aux zones qui jouissaient d'une relative stabilité. A Mbuji-Mayi, dans la province du Kasaï Oriental, au centre sud du pays, la station privée Radiotélévision Debout Kasaï a été réduite au silence pendant une semaine sur les ordres du gouverneur Ngoyi Kasanji et de la Haute Autorité des Médias (HAM) de la RDC, à la suite d'un appel anonyme critiquant le gouverneur lors d'une émission interactive. Cet ordre a été exécuté en dépit d'un communiqué du Ministère de l'Information déclarant l'autorité de la HAM nulle sous le nouveau gouvernement.

Presque deux semaines plus tard, JED et des journalistes locaux dénonçaient une descente policière musclée dans une réunion de la section locale de l'Union Nationale de la Presse Congolaise. Les journalistes s'étaient réunis pour discuter de la récente fermeture de la Radiotélévision Debout Kasaï. Plusieurs journalistes ont été blessés durant l'assaut.

A Luebo, ville du Kasaï Occidental, les autorités ont fermé en début mars la station communautaire Radio ODL, pendant un mois et demi, après que le chef de la police locale, Oscar Malongi ait accusé la station de diffuser des "messages de haine", selon des bulletins d'information et des journalistes sur place. Le 9 juin, des agents de l'Agence Nationale de Renseignements (ANR) du Congo à Tshikapa ont contraint la station privée Radio Canal Satellite à la fermeture. Le directeur adjoint local de l'ANR, Gustave Amuri, a plus tard accusé la station d'émettre "sans documents de l'ANR" et de "diffusion en mauvais français".

A Butembo, ville du nord-est de la province du Nord Kivu, la police a également forcé les stations de la Radio Télévision Nationale Congolaise (RTNC), média public, et de la Radiotélévision Graben, un média privé, à cesser d'émettre le 7 mars, suite à la diffusion de propos critiquant la réponse du maire local à une grève paralysant toute la ville.

Dans la province du Sud Kivu, Minyanya Wasso, un journaliste de la Radio Liberté, un média privé de la ville de Kamituga, a été emprisonné le 27 mars pendant deux jours, sous les chefs d'inculpation de sédition et de mépris de l'autorité publique. Wasso, animateur d'un programme d'éducation civique, avait cité dans son émission un article de la constitution contre le travail forcé. Le journaliste avait fait la déclaration en réponse à un communiqué convoquant la population à participer aux projets communautaires obligatoires, selon le quotidien privé Le Potentiel et JED.

Nous sommes également inquiets de l'insécurité grandissante pour les journalistes, confirmée par l'assassinat le 13 juin de Serge Maheshe, un rédacteur de la Radio Okapi, un média parrainé par les Nations Unies, dans la ville frontalière de Bukavu, au Sud Kivu. Maheshe a été abattu alors qu'il se préparait à monter à bord d'un véhicule des Nations Unies avec deux amis. Le CPJ enquête actuellement pour déterminer si le meurtre est lié à ses activités professionnelles; nous exhortons les autorités à poursuivre toutes les pistes possibles concernant le mobile du crime.

Six jours après le meurtre de Maheshe, un autre rédacteur de Radio Okapi, Basile Bakumbane a du fuir sa station de Kananga, ville du Kasaï Occidental, pour Kinshasa, après avoir reçu plusieurs menaces liées à un reportage du 7 juin concernant le limogeage d'un gouverneur local, a-t-il ensuite déclaré au CPJ. Enfin, à Kinshasa, une journaliste de la RTNC, Anne-Marie Kalanga, a été blessée par balle dans les jambes le 17 juin, après que des hommes armés portant des uniformes de policiers aient tenté de forcer le passage dans sa maison, selon des bulletins d'information.

Nous vous demandons d'user de toute votre influence afin d'assurer que les autorités, aussi bien nationales que provinciales, mènent sans délai des investigations entières, transparentes sur ces attaques. Les récentes agressions et d'autres, documentées par le CPJ, nous ont amené en mai à nommer la RDC l'un des pays les plus rétrogrades au monde en matière de liberté de la presse ( http://www.cpj.org/protests/07ltrs/africa/drc27jun07pl.html ).

Les droits fondamentaux de la liberté de la presse et de la liberté d'expression sont garantis par les articles 27 et 28 de la Constitution du gouvernement de Transition. Nous exhortons votre administration ainsi que vous même, à faire tout ce qui en votre pouvoir pour assurer que ces garanties fondamentales et démocratiques soient maintenues.

Nous vous remercions de l'attention que vous portez sur cet important sujet. Dans l'attente de votre réponse.

Sincèrement,

Joël Simon
Directeur Exécutif

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