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JED sujet à des menaces de plus en plus fréquentes et graves

(RSF/IFEX) - Reporters sans frontières exprime son exaspération et son inquiétude devant la multiplication des menaces pesant sur son organisation partenaire en République démocratique du Congo (RDC), Journaliste en danger (JED), dont les responsables sont contraints de vivre dans un climat d'insécurité permanent.

"Au-delà de rendre la vie impossible à une poignée de journalistes courageux, ces menaces répétées sont également le signe qu'il est dangereux de défendre la liberté de la presse dans la RDC d'aujourd'hui. C'est pourquoi nous demandons notamment au gouvernement congolais de ne pas envenimer une situation déjà éprouvante, après que le ministre de la Presse et de l'Information, Toussaint Tshilombo, eut proféré, le 31 juillet 2007, des menaces publiques à l'encontre de JED", a déclaré l'organisation.

Bien que les menaces de mort et les injures anonymes soient fréquentes, depuis deux ans, les responsables de JED ont reçu au moins deux avertissements sérieux, les poussant à quitter momentanément le pays.

Fin juin 2007, pour avoir critiqué le procès expéditif ouvert après l'assassinat du secrétaire de la rédaction de Bukavu de la station onusienne Radio Okapi, Serge Maheshe, le secrétaire général de JED, Tshivis Tshivuadi, a été mis en garde, par téléphone, contre la possibilité de voir "une roquette tomber sur [sa] maison". Début juillet, le journaliste, ainsi que Donat M'Baya Tshimanga, directeur exécutif de l'association, ont été prévenus par une source fiable que les activités de JED dans l'affaire Maheshe provoquaient le mécontentement de certains "caciques" non identifiés au sein du pouvoir. Cette source leur a conseillé de "faire profil bas" et de "quitter momentanément le pays".

Le 31 juillet, interviewé sur la chaîne privée Antenne A, le ministre de la Presse et de l'Information a qualifié JED "d'association antipatriotique", invitée à "faire très attention". Ajoutant qu'il "pense et assume" cette affirmation, Toussaint Tshilombo a ajouté que "lorsque nous [le gouvernement] constatons qu'on commence à outrepasser certaines limites, nous sommes en mesure de faire retirer la personnalité juridique de certaines associations, surtout des associations anti-patrie qui s'évertuent à faire ridiculiser notre pays à l'extérieur comme à l'intérieur". Le ministre a conclu : "Cette pratique doit prendre fin et je suis ferme sur ça. Ça doit prendre fin." Donat M'Baya Tshimanga et Tshivis Tshivuadi ont quitté Kinshasa pendant quelques semaines.

Le 20 août, la direction de JED a reçu un fax anonyme, provenant du numéro suivant : +243 234 11 65, ordonnant "pour la première et la dernière fois" à Tshivis Tshivuadi et Donat M'Baya Tshimanga de ne plus "plonger [leur] doigt dans le dossier" du journaliste assassiné Franck Ngyke. "Votre temps viendra et nous saurons quoi faire de vous deux", avertissait le message. Le 2 septembre, Reporters sans frontières et JED ont reçu un e-mail signé par un certain "Militaire général", revendiquant les menaces et affirmant que l'organisation congolaise détenait des documents "négatifs sur la personnalité de l'État" qu'un inconnu leur aurait envoyés d'Afrique du Sud, ce qui est faux.

Entre 2005 et 2006, les responsables de JED avaient déjà vécu des périodes particulièrement pénibles. Le 4 avril 2005, la direction avait découvert un e-mail adressé à Tshivis Tshivuadi, signé par un certain "commandant Mbonge Munene" (littéralement "vent violent"), envoyé depuis l'adresse [email protected] Le journaliste, ainsi que Donat M'Baya Tshimanga, étaient violemment mis en garde pour avoir "trahi la nation" par des "campagnes mensongères" et la préparation de "troubles dans le pays" pour lesquels ils allaient "rendre des comptes dans le sang". L'auteur du message entendait "sonner l'heure de la repentance" et promettait aux deux journalistes d'être "égorgés", ainsi que leurs "enfants et leurs petits-enfants", car "les traîtres ne méritent que la mort et le pourrissement de leurs cadavres". "Vous êtes déjà morts. A bon entendeur, salut", prévenait-il enfin.

Quelques mois plus tard, le 10 décembre, au lendemain de la publication de leur rapport annuel, les quatre principaux responsables de JED avaient reçu un SMS anonyme, prévenant qu'ils allaient "disparaître un à un" s'ils n'annonçaient pas l'arrêt de leurs activités. Le message leur fixait un ultimatum de dix jours, au terme desquels l'auteur des menaces prévenait qu'"ils" allaient "agir, même sur [leurs] proches". Le numéro de téléphone de l'auteur des menaces était identifiable, mais aucune enquête sérieuse n'a été menée par les autorités.

En février 2006, quelques jours après la publication de leur rapport d'enquête sur l'assassinat, le 3 novembre 2005 à Kinshasa, du journaliste du quotidien privé "La Référence Plus" Franck Ngyke et de son épouse, Hélène Mpaka, Donat M'Baya Tshimanga et Tshivis Tshivuadi avaient été menacés par des appels téléphoniques et des SMS anonymes. Dans un mélange de lingala et de français, les deux journalistes étaient qualifiés d'"ennemis à vie" qui allaient "payer très cher" pour leurs travaux.

Fin février, Donat M'Baya Tshimanga et Tshivis Tshivuadi avaient dû mettre leurs familles en sécurité et se réfugier à l'étranger pendant quelques semaines. Le 9 mars, en leur présence, une délégation de Reporters sans frontières avait demandé au président Joseph Kabila de prendre des mesures pour leur permettre de travailler sereinement. Ce dernier avait alors assuré que JED avait "la protection du Président".

Face à ces menaces, la direction de JED a, par deux fois, saisi le procureur de la République. Aucune suite n'a été donnée à leurs plaintes.

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