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Deux journalistes passés à tabac sur ordre d'un ministre du gouvernement

(JED/IFEX) - Ci-dessous, une lettre ouverte de JED au premier ministre congolais Antoine Gizenga:

Excellence Monsieur le Premier Ministre,

Concerne: bastonnade de deux journalistes par un ministre d'Etat

Journaliste en danger (JED), organisation indépendante et non partisane de défense et de promotion de la liberté de la presse en RD Congo et Réseau d'alerte de l'OMAC (Organisation des Médias d'Afrique Centrale), vient par la présente lettre élever une vive protestation contre le passage à tabac, lundi 22 octobre 2007, de deux journalistes de la chaîne de télévision privée Horizon 33 par des policiers sur ordre express de Monsieur Sylvain Ngabu, Ministre d'Etat en charge de l'enseignement supérieur et universitaire.

Selon des informations obtenues par JED, Heustache Namunanika et Didier Lofumbwa, respectivement journaliste et cameraman à Horizon 33, ont interviewé le ministre d'Etat Ngabu au sujet de sa mesure de suspension qu'il venait de prendre à l'endroit du Pr. Dieudonné Kalindye, Recteur a.i. de l'Université Ouverte CIDEP. Après avoir pris le point de vue de Monsieur Ngabu, les deux journalistes ont donné la parole au Pr. Kalindye qui a dénoncé une mesure arbitraire.

Après diffusion de cet élément réalisé conformément aux normes professionnelles du métier de journaliste, le ministre d'Etat Ngabu a invité, via son attaché de presse, les deux journalistes qui se sont présentés à son bureau. Le ministre a craché toute sa colère sur les deux journalistes leur reprochant d'avoir donné la parole au Pr. Kalindye. Le journaliste Namunanika a alors expliqué au ministre d'Etat que, s'agissant d'un différend, il était de son devoir déontologique de présenter les deux sons de cloches. Et si le ministre d'Etat trouvait à redire par rapport aux affirmations du Pr. Kalindye, le journaliste lui a professionnellement offert d'exercer son droit de réponse. Furieux, le ministre d'Etat a fait monter dans son bureau les policiers commis à sa garde et leur a ordonné de "corriger" les deux journalistes.

Devant le ministre d'Etat assis sur son fauteuil de bureau, les deux journalistes ont été copieusement battus avant d'être jetés, comme des malfrats, hors des installations du Ministère de l'Enseignement Supérieur et Universitaire. JED a pu constater que les deux journalistes avaient les habits déchirés et le cameraman a eu des contusions à l'oeil droit, des blessures sur son genou droit et au niveau du sternum.

Vous conviendrez avec JED, Monsieur le Premier Ministre, qu'un tel comportement dans le chef d'un ministre d'Etat est inacceptable et indigne d'un membre d'un gouvernement issu des premières élections libres et transparentes depuis plus de 40 ans pour lesquelles des congolais de partout ont payé parfois le prix fort. Cela dénote, dans le chef de M. Ngabu, un manque de considération non seulement pour la vie humaine mais aussi pour le travail des journalistes. Du passage à tabac des journalistes à un crime de sang, il n'y a qu'un pas. JED n'hésitera pas à (. . .) mettre ces actes sur le compte du ministre s'il arrivait un malheur aux deux journalistes.

Monsieur le Premier Ministre,

Votre ministre d'Etat - et de surcroît membre de votre parti politique, le Parti Lumumbiste Unifié (PALU) - s'est rendu coupable des faits répréhensibles suivants:
- Agression, coups et blessures;
- Incitation de la force publique à commettre un acte contraire à la loi;
- Utilisation abusive de la garde commise à sa sécurité eu égard à son rang;
- Violation du droit des journalistes à rechercher, à traiter et à diffuser en toute liberté et indépendance l'information.

Ces faits tels qu'énumérés ci-dessus ne peuvent pas laisser indifférent ni la justice ni le chef du gouvernement que vous êtes d'autant plus que vous-même, lors de votre discours d'entrée en fonction devant l'Assemblée Nationale et relayant en cela le Président de la République dans son discours d'investiture, avez juré, la main sur le coeur, de mener une lutte sans merci contre l'impunité qui gangrène notre pays.

Le moment est venu, Excellence Monsieur le Premier Ministre, de joindre votre parole à l'acte. Les actes posés par votre ministre dans son cabinet de travail risquent de jeter l'opprobre sur votre gouvernement si vous ne vous désolidarisez pas de lui. Votre silence, dans ce cas précis, sera de trop et ne pourra qu'être considéré que comme un soutien tacite à cette vision erronée du pouvoir et de la démocratie dans le chef du ministre d'Etat Ngabu.

Sauf votre respect, Monsieur le Premier Ministre, au moment où M. Ngabu s'apprête à aller représenter notre pays à l'Assemblée générale de l'UNESCO, JED vous demande de démontrer à la face du monde, par un acte fort, que les engagements de votre gouvernement pour la liberté d'expression en RD Congo ne sont pas que de la simple rhétorique. En effet, l'UNESCO où se rend M. Ngabu, a, entre autres tâches, celle de promouvoir à travers tous les Etats membres une information diversifiée, indépendante et professionnelle.

Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Premier Ministre, l'expression de notre Haute considération.

Fait à Kinshasa, le 23 octobre 2007

Tshivis Tshivuadi
Secrétaire général

D. M'Baya Tshimanga
Président

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