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JED dénonce les tentatives d'entraver la liberté d'expression lors de la crise politique qui secoue l'Assemblée Nationale

(JED/IFEX) - Ci-dessous, un communiqué de presse abrégé de JED daté du 20 mars 2009:

Après avoir constaté et enregistré plusieurs cas graves attentatoires à la liberté de la presse, corollaire de la liberté d'expression, depuis l'éclatement de la crise politique qui secoue l'Assemblée Nationale de la RD Congo, Journaliste en Danger (JED) exprime ses très vives inquiétudes et dénonce vigoureusement des forces occultes qui tendent non seulement à imposer un black out total sur le Président de l'Assemblée nationale, Vital Kamerhe, dans certains médias, particulièrement dans l'audiovisuel, mais surtout de confisquer au public son droit d'entendre tous les sons de cloche dans la crise ainsi créée.

Sans entrer dans le fonds de ce débat interne de Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP), ni dans la querelle juridique opposant les uns et les autres sur la légalité ou non des démissions en cascade imposées aux membres du bureau de l'Assemblée Nationale, JED constate avec regret qu'une main invisible cherche à tout prix à imposer le silence à des médias qui, mus par le professionnalisme, veulent faire entendre les deux sons de cloche en donnant la parole au président de l'Assemblée Nationale ou à ses supporters.

A titre d'illustration, et pour ne citer que les cas les plus troublants:

- Le 19 mars 2009, l'émission "Analyse" de la chaîne privée de télévision Antenne A, présentée chaque semaine par la journaliste Mamie Boanda, a été méchamment coupée 34 minutes après le début de l'émission, à partir du site de Météo d'où part le signal de la plupart des télévisions émettant à Kinshasa. Le signal a été remis tard dans la soirée. Interrogé sur les causes de la coupure du signal d'Antenne A, un technicien de Téléconsult, une entreprise privée ayant la gestion du site d'émission de la quasi-totalité des chaînes de télévision à Kinshasa, a affirmé à JED avoir reçu "l'ordre de couper le signal de Antenne A".

L'émission du jour ainsi censurée était justement consacrée à la crise qui prévaut à l'Assemblée nationale, avec pour invités du jour le syndicaliste Patient Muhemeri, le député de l'opposition Martin Mukonkole, et un cadre de l'AMP Benoit Yulama. Aussi, les téléspectateurs pouvaient réagir à l'émission en envoyant des SMS qui défilaient sur écran.

- Le 16 mars 2009, date de la rentrée parlementaire en RDC, contrairement aux habitudes et pour la première fois depuis le début de cette législature, la chaîne publique RTNC a boycotté la retransmission en direct des cérémonies solennelles de la rentrée à l'Assemblée Nationale et au Sénat. Bien plus, pendant toute la durée de ces cérémonies, la RTNC s'est évertuée dans une campagne de diabolisation du président de l'Assemblée Nationale en organisant une émission pamphlétaire contre ce dernier.

- Le même 16 mars, vers 23h00 (heure locale), la rédaction de la chaîne privée Télé 7 a rapporté à JED que le signal d'émission de leur chaîne a été interrompu, pendant 5 heures au moins, juste après la diffusion d'un entretien avec le président de l'Assemblée Nationale. Là aussi, il s'agissait d'une coupure délibérée effectuée par Téléconsult.

- Le 18 mars au matin, des policiers ont brutalement dispersé, sur l'avenue Ethiopie à Kinshasa/Kasa-Vubu, les vendeurs à la criée des journaux venus s'approvisionner, comme d'habitude, en différents journaux parus ce jour-là pour leurs ventes. Des vendeurs des journaux ont déclaré à JED que ces policiers leur reprochaient, justement, "la distribution des journaux reprenant le discours de la rentrée parlementaire prononcé par le président de l'Assemblée Nationale".

Interrogé par Radio Okapi, l'Inspecteur Provincial de la Police de Kinshasa, le Général Oleko, a déclaré que l'action de la police n'était pas liée à un problème politique. "S'ils ont été dispersés, je ne comprends pas. D'abord un, il n'y a pas qu'à cet endroit que l'on vend des journaux à Kinshasa, et deux, j'ai ici des journaux que j'ai acheté dans la rue, et dans le Kit, je vois ici, "les dernières convictions de Vital Kamerhe". Mais c'est quand même une aberration. Ça aurait été un problème si ça avait été constaté ailleurs aussi. Mais si c'est seulement là, c'est peut-être pour une autre raison. C'est peut-être qu'il y a eu obstruction de la chaussée, peut-être que le bourgmestre aurait donné l'ordre, ou peut-être qu'il y avait autre chose que je ne connais pas. D'ailleurs la police ne se mêle pas de la politique", a-t-il déclaré en substance selon la radio onusienne.

Pour autant, JED rappelle que le 16 mars, jour de la rentrée parlementaire, la police avait totalement bouclé le périmètre du siège du parlement afin d'empêcher aux citoyens, venus nombreux, d'assister aux cérémonies. JED rappelle également que la veille de cette rentrée, des défenseurs des droits de l'homme et un cameraman ont été arrêtés et gardés pendant deux jours dans les cachots des services spéciaux de la police pour avoir organisé une conférence de presse relative à la crise du parlement.

JED constate que ces actes d'harcèlement contre les médias ne se limitent pas à la capitale Kinshasa. En effet, le 20 mars, Dominique Kalonzo, journaliste à la radio Le Messager du Peuple, émettant à Uvira (deuxième ville de la province du Sud-Kivu, à l'est de la RDC), a été violemment pris à partie par le Colonel Chiwamo, commandant du 13ème bataillon intégré basé à Uvira. Le colonel lui reprochait d'avoir diffusé, sans son aval, une information sur une marche de soutien à Vital Kamerhe organisée le 13 mars 2009, et menaçait de fermer la radio. Contacté au téléphone par JED, le 20 mars, le colonel Chiwamo a reconnu avoir parlé au journaliste mais a minimisé l'incident. "Je lui ai parlé en ami", a conclu le colonel. Déjà le 14 mars, le journaliste avait été entendu sur procès verbal à l'antenne locale de l'ANR (Agence Nationale des Renseignements) sur la même affaire.

Au regard de tout ce qui précède, JED voudrait attirer l'attention du pouvoir en place, et plus particulièrement du gouvernement du premier ministre Adolphe Muzito, sur la grave dérive totalitaire qui tend à s'installer dans ce pays, près de trois ans après les élections, par la confiscation de la liberté de la parole. Pour JED, sans débat démocratique, qui suppose expression des idées et opinions divergentes sur toute question d'intérêt public et sur des médias libres, la démocratie tant claironnée est un leurre.

En conclusion, JED demande au gouvernement de sortir de sa torpeur, d'assurer le libre exercice de la liberté d'expression telle que garantie par les articles 23 à 27 de la constitution, et de mettre fin à toutes les tentatives d'instauration de la pensée unique.

Pour des informations complémentaires sur les arrestations des défenseurs des droits de la personne et du caméraman, cliquer ici: http://www.ifex.org/fr/content/view/full/101668

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