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Journée mondiale de la liberté de la presse: la presse reste exposée aux menaces, aux pressions et à la censure qui minent sa crédibilité

(JED/IFEX) - Kinshasa, le 2 mai 2009 - Comme c'est de tradition chaque année, le monde entier célèbre, ce 3 mai 2009, la journée mondiale dédiée à la liberté de la presse. Pour cette année, le thème choisi est: "Médias, dialogue et compréhension mutuelle".

Dans son message à l'occasion de cette journée mondiale, le directeur général de l'Unesco, M. Koïchiro Matsuura, veut attirer l'attention de la communauté internationale sur "la capacité des médias de favoriser le dialogue, la compréhension mutuelle et la réconciliation". En effet, selon le patron de l'UNESCO, "dans le monde contemporain où les forces de la mondialisation accélèrent l'interaction entre les peuples, l'une des principales difficultés consiste à dépasser les différences culturelles pour communiquer". Dans cette quête difficile de communication et de dialogue, l'UNESCO estime qu'"en leur qualité d'arbitres, les médias doivent jouer le rôle important qui consiste à encourager et à faciliter cette communication et à offrir à toutes les parties constitutives de la société un espace de débat qui leur soit ouvert à toutes".

La thématique de 2009 pose clairement le problème du rôle des médias dans la construction de l'Etat de droit, le renforcement de la démocratie, et l'affermissement de la paix. "Le moyen d'encourager le plus durablement possible la presse à oeuvrer en faveur de la paix est d'affermir les principes et les pratiques qui caractérisent les médias libres et professionnels", estime M. Matsuura qui ajoute que "seule une presse dynamique, indépendante, pluraliste, ouverte et équitable, libre de toute pression éditoriale mais aussi de la censure et de l'influence de ses propriétaires ou de groupes d'intérêt, peut contribuer au dialogue et à la réconciliation entre parties antagonistes".

La RD Congo connait, dans plusieurs de ses provinces, des conflits ou des relents de conflits ethniques existent encore et constituent jusqu'à ce jour des volcans qui peuvent entrer en ébullition à tout moment. Qu'il s'agisse des Kivu, de la province orientale (plus particulièrement de l'Ituri), des deux Kasaï, de la province du Katanga et celle de l'Equateur, les différences culturelles, symboles de la richesse nationale, sont attisés et souvent exacerbés par des hommes politiques pour assouvir leurs ambitions.

Face à une paix aussi fragile que celle de la RD Congo aujourd'hui, les médias, dont un bon nombre est contrôlé directement ou indirectement par des hommes politiques, peinent à être des vecteurs de paix. Si, aujourd'hui, la RD Congo commémore la journée mondiale de la liberté de la presse sans un seul journaliste en prison, il ne demeure pas moins vrai que la presse congolaise reste exposée aux menaces, aux pressions diverses et aux censures et autocensures dues, notamment, à "la tentation du pouvoir et de l'argent" qui posent dès lors la question de crédibilité pour une presse aussi fragilisée.

A titre illustratif, JED a enregistré au cours du premier trimestre de cette année 2009, au moins 7 cas de journalistes incarcérés; 9 professionnels des médias menacés; les pressions diverses exercés sur les médias; 5 cas de censures. Soit un total de 31 cas de violation de la liberté de la presse allant des emprisonnements des journalistes, aux coupures des signaux des médias et à l'interdiction de certaines chaînes de radiotélévision.

Le constat est aussi que, depuis 1990, plus encore depuis les dernières élections générales de 2006, l'homme politique, toute tendance confondue, investie dans le secteur des médias en RD Congo. Quand il ne crée pas lui-même une radio, une télévision ou un journal, il en contrôle la ligne éditoriale grâce à son argent déversé à certains médias sous diverses formes. L'homme politique vient dans les médias non pas par passion de l'information ou pour faire de l'argent mais bien pour que ces derniers l'accompagnent dans son ambition politique. D'où, le phénomène "un ministre, un journal" décrié depuis les années de la Conférence souveraine et qui prend des proportions inquiétantes. Que l'homme politique investisse dans les médias au nom du libéralisme économique, cela se comprend. Mais qu'il gère au quotidien la ligne éditoriale du média cela pose un véritable problème, démocratique, éthique et déontologique.

La manne publicitaire, évaluée à 3 millions de dollars US par an par les principaux annonceurs (toute publicité confondue), n'obéit plus aux règles professionnelles de la publicité. Elle est devenue une source occulte de financement de certains médias basée sur le clientélisme . . . politique. Des manchettes apparemment d'information sont, en fait, de la publicité clandestine grassement payées par des officines politiques ou des chefs d'entreprises. Des émissions de prestige présentées par des "consortium" de médias audiovisuels sont en réalité payées par "les invités".

Des hommes politiques ou d'affaires recrutent au sein des rédactions des journalistes rémunérés régulièrement qui sont chargés de veiller à ce que rien de compromettant pour eux ne soit diffusé. Pour nouer les deux bouts du mois, des journalistes, tout en ayant des responsabilités au sein de leurs rédactions, travaillent en même temps comme attachés de presse ou conseillers en communication dans des cabinets politiques devenant ainsi juges et parties. Là aussi se pose le problème de crédibilité étant donné l'incompatibilité entre la qualité de journaliste actif chargé de faire l'information et celle de l'attaché de presse ou conseiller en communication qui gère l'image . . . de son patron. L'éthique exige que l'on prenne congé de sa rédaction le temps du mandat d'attaché de presse ou conseiller en communication.

Ce mélange de genres non seulement porte un coup à la crédibilité des médias et des journalistes mais surtout remplit nos médias beaucoup plus d'informations promotionnelles des individus, qu'ils ne livrent de véritables d'informations d'actualité. Des questions essentielles concernant le vécu quotidien des populations comme le coût de la vie, le chômage, la qualité de l'eau, l'électricité, la santé, le transport public, l'éducation, la multiplicité des taxes, etc. ne trouvent pas assez de place dans les médias. Quand ces questions sont abordées, elles le sont du point de vue de ceux qui paient et non du point de vue de la population. D'où, cette overdose des nouvelles venant des gouvernants face à ce qui ressemble faussement au silence de la population.

Face à ces nouvelles menaces à la liberté de la presse, JED fait les recommandations suivantes:

1. Au Gouvernement, de mettre en application, sans atermoiement, l'aide publique destinée aux médias, selon les règles d'équité et de transparence, afin de lutter, tant soit peu à la paupérisation des médias privés qui en fait des proies faciles à la manipulation et à la corruption

2. A l'instance de régulation des médias (HAM), d'ordonner la levée de la main-mise des certaines forces politiques sur les médias, et principalement sur les médias publiques, pour en faire des espaces de liberté accessibles à tous et de débat démocratiques

3. Aux organisations professionnelles des médias, d'interdire formellement aux professionnels des médias le cumul du métier de journaliste, reporter ou directeur d'information de leurs médias avec celui de publiciste, attaché de presse ou Conseiller politique ou en communication dans des cabinets politiques ou les Entreprises publiques.

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