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Multiplication des violences contre les journalistes depuis le lancement de la campagne électorale

(RSF/JED/IFEX) – Le 4 novembre 2011 - A un peu plus de trois semaines de l'élection présidentielle, prévue le 28 novembre prochain, Reporters sans frontières et Journaliste en danger (JED), son organisation partenaire en République démocratique du Congo, ont écrit au Vice-Premier ministre congolais et ministre de l'Intérieur, sécurité, décentralisation et aménagement du territoire, Adolphe Lumanu Mulenda Bwana N'Sefu. Préoccupées par la multiplication des violences à l'encontre des hommes de médias congolais depuis le lancement officiel de la campagne électorale, les deux organisations lui demandent de tout mettre en œuvre pour que les journalistes puissent faire leur travail d'information sans être pris pour cibles.

Voici le texte de la lettre :

Monsieur Adolphe Lumanu Mulenda Bwana N'Sefu
Vice-Premier ministre
Ministre de l'Intérieur, sécurité, décentralisation et aménagement du territoire
Kinshasa – République démocratique du Congo

Paris et Kinshasa, le 4 novembre 2011

Objet : Campagne électorale et violences à l'encontre des journalistes congolais

Monsieur le Vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur,

Reporters sans frontières, organisation internationale de défense de la liberté de la presse, et Journaliste en danger (JED), son organisation partenaire en République démocratique du Congo, souhaitent vous exprimer leur profonde inquiétude face à la multiplication des violences à l'encontre des journalistes et des médias congolais survenue ces derniers jours.

Tout au long de l'année déjà, à l'approche de l'élection présidentielle, l'atmosphère a été peu favorable à un travail serein des médias. Depuis le mois d'août notamment, et plus encore depuis le lancement officiel de la campagne électorale fin octobre, les atteintes directes et indirectes contre les médias et les professionnels de l'information se sont multipliées. Nous craignons que la situation devienne rapidement incontrôlable et que les journalistes ne parviennent plus à faire leur travail en toute sécurité et liberté.

Odon Mwamba, reporter pour le journal privé La Grogne, a été arrêté par la police de Lubumbashi, le 23 octobre 2011, puis retenu pendant 72 heures pour "imputation dommageable" au sujet d'un article non paru relatant les possibles relations de l'abbé Twité avec une fille de la région. Il devrait être présenté au parquet prochainement.

Le 24 octobre, la chaîne de télévision privée Congo Media Channel (CMC TV), propriété de M. Kudura Kasongo, membre de l'opposition, a été expulsée de ses locaux dans la commune de la Gombe, à Kinshasa, par des forces de police qui ont jeté leur matériel par la fenêtre au prétexte que le propriétaire ne désirait plus de locataires dans l'immeuble. CMC TV a cependant été le seul locataire expulsé.

Deux jours plus tard, deux journalistes stagiaires de Radio Okapi, Mireille Kanzoka et Tania Mulenda, ont été interpellées en marge d'une manifestation d'un parti politique de l'opposition qu'elles couvraient dans la commune de Kasa-Vubu. Elles ont subi fouille, confiscation de matériel et menaces avant d'être relâchées.

Le 28 octobre, Serge Kayeye, cameraman pour Radio Mont Carmel Télévision, a été interpellé par des agents de police à Dibindi alors qu'il effectuait un reportage sur la campagne électorale. Il n'a été relâché qu'au bout de quelques heures après avoir vu sa caméra confisquée.

Le même jour, lors d'une manifestation organisée à Kinshasa par les journalistes de CMC TV pour exprimer leur mécontentement face à l'expulsion dont ils ont été victimes, Guy-Roger Tshitenge, journaliste de la chaîne, a été interpellé et détenu pendant trois heures avant d'être relâché. Sa collègue Nathalie Kalombo a, quant à elle, été passée à tabac par la police venue réprimer violemment la manifestation.

Le 29 octobre, Pierre Tshishiku, cameraman de la Radio Lisanga Television a été interpellé par la police à Muya alors qu'il filmait des manifestations du parti d'opposition Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Il est à l'heure actuelle toujours en détention.

A Uvira, un animateur de radio est actuellement contraint à la clandestinité depuis qu'un membre d'un parti d'opposition a tenu des propos à l'antenne qui ont déplu aux autorités locales. Le journaliste craint d'être arrêté.

Le 31 octobre, dans le Rutshuru, un jeune journaliste de la radio communautaire Ushirika (Racou FM), a été enlevé par des hommes armés, vraisemblablement parce qu'il portait sur lui des photos de candidats de l'opposition à la députation nationale. Il n'a toujours pas été libéré.

Enfin, nous sommes préoccupés par le comportement de certains militants et sympathisants politiques qui, au lieu d'utiliser leur droit de réponse lorsqu'ils sont mécontents du traitement réservé à leur candidat, ont pris l'habitude, notamment dans l'est du pays, de se rendre directement au domicile des journalistes ou dans les rédactions. Cette pratique trouble l'organisation et le bon fonctionnement de la profession et tend également à instaurer un climat de peur au sein des reporters qui craignent des dérapages, des menaces et des attaques physiques. Ces actes doivent absolument être dénoncés publiquement par les autorités congolaises.

Certaines violations sont le fait des forces de l'ordre directement sous votre contrôle et d'autres non, mais nous estimons que, dans les deux cas, il est de votre devoir, en tant que ministre de l'Intérieur, de veiller au respect des journalistes.

C'est pourquoi Reporters sans frontières et Journaliste en danger vous demandent de tout mettre en œuvre pour que cessent les intimidations que subissent les journalistes de la part des forces de police mais également de simples citoyens. A seulement trois semaines de l'élection présidentielle et alors que la campagne bat son plein, les candidats de tous horizons politiques vont continuer d'exprimer leurs positions et d'apparaître dans le paysage médiatique. Il est donc essentiel que les journalistes puissent faire leur travail d'information sans être pris pour cibles. La campagne électorale et le scrutin présidentiel doivent se dérouler de la manière la plus modérée mais également la plus respectueuse de la liberté d'expression possible.

Dans l'espoir que vous tiendrez compte de notre requête, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur, l'expression de notre haute considération.

Jean-François Julliard
Secrétaire général de Reporters sans frontières

Donat M'Baya Tshimanga
Président de Journaliste en danger

Reporters sans frontières
Journaliste en danger
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