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L'autocensure et la propagande politique empêchent la liberté de la presse en RDC

Un journaliste non identifié à partir d'une station de télévision de l'opposition est arrêté et battu par la police, septembre 2011.
Un journaliste non identifié à partir d'une station de télévision de l'opposition est arrêté et battu par la police, septembre 2011.

Associated press/John Bompengo

À l'occasion de la célébration, lundi 22 juillet 2013, de la journée nationale dédiée à la presse, Journaliste en danger (JED) tient à attirer l'attention de l'opinion et des autorités congolaises sur la persistance, en République Démocratique du Congo, des obstacles et pesanteurs qui empêchent les médias congolais de jouer efficacement leur rôle de "chien de garde" dans une société démocratique.

Ces obstacles et ces pesanteurs ont pour noms : la peur de la prison qui enferme le journaliste dans l'autocensure ; et la recherche quotidienne de la survie qui réduit la profession journalistique en un simple exercice de communication et de propagande politique en faveur des pouvoirs politiques et d'argent.

Cette journée nationale de la presse est célébrée alors qu'au moins quatre journalistes croupissent dans des prisons et autres lieux de détention, et que des dizaines d'autres ont passé des plus ou moins longues périodes de détention au cours des derniers mois. A titre illustratif, on peut noter :

1. Simplexe Musangu, journaliste et directeur général de Radio Télévision ya Lisano, station émettant à Kolwezi, ville située à plus de 300 km de Lubumbashi, arrêté, samedi 13 juillet 2013, par des éléments de la Police, et transféré, lundi 15 juillet 2013 à la prison centrale de Dilala où il est encore détenu. Le journaliste y est détenu pour avoir diffusé un extrait de la déclaration des miliciens sécessionnistes "Bakata Katanga" qui avaient attaqué son média ;

2. Patrick Palata, directeur de Canal Congo Télévision (CCTV), arrêté le 6 janvier 2011, puis condamné à 20 ans de prison, le 8 avril 2012, par le Tribunal militaire de garnison de Matadi. Poursuivi pour "participation à un mouvement insurrectionnel", pour des contacts présumés avec le général Faustin Munene exilé au Congo Brazzaville depuis janvier 2011. Ce que le journaliste et ses avocats ont toujours nié. Malgré la détérioration de son état de santé, le journaliste reste détenu à la prison militaire de Ndolo en dépit de plusieurs demandes de grâce présidentielle introduites en sa faveur par des organisations de défense des journalistes ;

3. John Mpoyi, directeur technique de la Radio Lisanga Télévision (RLTV), une chaîne privée appartenant à M. Roger Lumbala, opposant au régime du président Joseph Kabila et passé dans la rébellion aux côtés de M23, et émettant à Mbuji-Mayi, chef-lieu de la province du Kasaï Oriental, a passé plus de 8 mois de détention à l'ANR/ Kinshasa, sans jugement, avant son transfert à la prison militaire de Ndolo. Mpoyi a été accusé d'être en contact avec M. Roger Lumbala et le colonel dissident des FARDC, John Cibangu, et pour "participation à l'organisation d'un mouvement insurrectionnel" dans la province du Kasaï Oriental. Arrêté à Mbuji-Mayi , Mpoyi a été transféré, mardi 21 août 2012, à l'ANR/ Kinshasa ;

4. Fortunat Kasongo, journaliste à la Radio Télévision Autonome du Sud Kasaï (RTAS), une station communautaire émettant à Miabi, un territoire situé à 30 kms de Mbuji-Mayi, chef-lieu de la province du Kasaï Oriental, a été détenu pendant plus de 8 mois, sans jugement et sans aucune visite de ses proches ou avocats, dans le cachot de l'ANR/ Kinshasa, avant d'être transféré à la prison militaire de Ndolo. Kasongo a été arrêté, mardi 14 août 2012 dans le territoire de Miabi, par un groupe d'éléments des Forces Armées de la RDC et de la Police, et transféré, une semaine plus tard, à l'ANR/ Kinshasa. Officiellement, le journaliste est poursuivi pour avoir "collaboré" avec John Cibangu, colonel qui a fait défection des Forces Armées de la RDC. Kasongo aurait reçu à son domicile, lundi 13 août 2012, le colonel Cibangu, recherché par la hiérarchie militaire pour avoir fait défection des rangs des FARDC dans le but d'organiser un mouvement insurrectionnel dans la province ;

5. La détention, pendant vingt jours, au Centre Pénitentiaire et de Rééducation de Kinshasa (CPRK, ex-prison de Makala) de Joachim Diana, directeur du journal La Colombe. Diana a été arrêté en exécution d'un jugement rendu le 31 décembre 2012 par le tribunal de paix de Kinshasa/ Gombe. Cette juridiction a condamné le journaliste à six mois de prison et au paiement des dommages et intérêts de 20. 000 dollars américains pour "imputations dommageables" à l'endroit d'une firme chinoise installée à Kinshasa ;

6. Guy Kassongo, Directeur du journal Échos du sud a été arrêté, le 20 mai 2013, par des agents de l'ANR suite à la publication par son journal d'un article intitulé : "Recherché activement à Manono et introuvable à l'Assemblée nationale : Zoé Kabila porté disparu". Dans cet article, le journaliste a dénoncé l'absence du député Zoé Kabila à Manono, son fief électoral ;

7. La condamnation à 4 mois de prison avec sursis, et au payement de 3000 dollars de dommages -intérêts de Nicaise Kibel Bel'Oka, directeur de Les Coulisses, un journal privé paraissant à Béni, troisième ville de la province du Nord-Kivu (Est de la RDC), par le Tribunal de Paix de Beni. Le journaliste a été visé par une plainte en "diffamation" déposée par M. Crispin Youmba Lomami, sous-directeur à la Direction Générale des Douanes et Accises (DGDA/Béni) qui a exigé au journaliste 100. 000 dollars de dommages et intérêts ;

8. La détention pendant 52 jours successivement à l'auditorat militaire et à la prison centrale de Munzenze de Goma de Blaise Bahisha, journaliste et directeur de la "Radio Sauti ya Rutshuru". Bahisha a été arrêté, mercredi 17 avril 2013 à Goma où il s'était rendu après avoir été menacé de mort par des éléments du M23 qui contrôlent le territoire de Rutshuru. Le journaliste a été accusé "d'espionnage et de participation à un mouvement insurrectionnel" par la police des renseignements de Goma. Une ordonnance de mise en liberté provisoire au profit du journaliste a été signée, mercredi 5 juin 2013, par l'auditeur supérieur près de la Cour militaire du Nord-Kivu ;

9. La détention à la prison centrale de Makala de Charly Kasongo, directeur du journal L'Intelligent paraissant à Kinshasa, capitale de la RDC. Le journaliste a été arrêté mercredi 29 mai 2013 et placé en détention dans les installations du quartier général de la police judiciaire, avant d'être acheminé à la prison centrale de Makala (CPRK) dans la soirée du vendredi 31 mai 2013. Le journaliste a été inculpé pour "diffamation" à l'encontre du ministre de l'Emploi, du travail et de la prévoyance sociale, M. Modeste Bahati Lukwebo. Kasongo a été libéré, mercredi 5 juin 2013, après une semaine de prison. Il a obtenu cette libération moyennant paiement d'une caution de 500 dollars américains ;

10. L'incarcération de Chirac Katalya et de Kasaï Pili Pili, journalistes respectivement à la Radio Ngoma et à la Radio Liberté Beni, stations privées émettant à Beni, ville située à environ 350 kms de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu (Est de la RDC). Les deux journalistes ont été détenus pendant huit jours pour le premier et six jours pour le second au motif de la diffamation contre le maire de la ville de Beni, Nyonyi Masumbuko, ainsi que le commandant secteur des Forces Armées de la RDC (FARDC), le colonel Lisambanza. Les deux journalistes ont été libérés, jeudi 13 juin 2013. La veille de leur libération, les responsables des médias de Beni ont rencontré le maire de la ville de Beni et l'officier des FARDC à qui ils ont présenté des excuses et sollicité la libération de leurs confrères.

Pour JED, derrière les chiffres sur la multiplication des cas de répression contre la liberté de la presse, se cache aussi la réalité d'une profession en voie de faillite qui a cessé d'être conforme à son idéal pour se transformer en plate-forme pour règlement des comptes, clientélisme politique et manipulation d'opinion en tous genres. En lieu et place des débats intelligents sur des questions brûlantes d'actualité et d'intérêt pour le public.

Alors que la communauté internationale a célébré, le 03 mai 2013, la journée internationale de la liberté de la presse sous le thème : "Parler sans crainte. Assurer la liberté d'expression dans tous les médias", JED considère cet appel comme une interpellation pour la presse congolaise et pour les journalistes congolais. Un appel et une interpellation qui sonnent comme un défi. Un défi qui appelle la presse congolaise et les journalistes congolais à briser les chaînes de la censure et de l'autocensure pour pouvoir être un réel pouvoir et jouer le rôle de contre-pouvoir qu'ils doivent être dans une démocratie digne de ce nom.

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