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Des manoeuvres politiques sont utilisées par le gouvernement congolais pour museler l'information

Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 17 novembre 2014.

Afin de faire taire des radios dissidentes du Grand Nord, le gouvernement congolais piétinne ses propres règlements tout en faisant preuve d'approximations, ce qui facilite le comportement arbitraire de l'agence nationale de renseignement contre ces médias.

Sur les ondes de la Radio Télévision Nationale Congolaise (RTNC), ce vendredi 14 novembre 2014, un communiqué du ministre de l'Information, Lambert Mendé, a annoncé la fermeture de cinq radios de la région de Beni (à 400 km au nord de Goma, au Nord Kivu), ainsi que l'annulation de leur récépissé les autorisant à émettre. Les radios RTGB (Radio Télévision Graben Beni), RALIB (Radio Liberté Beni), RTR (Radio Télévision Rwanzururu), Radio Ngoma FM et Radio Furu sont accusées d'appui au terrorisme et de connivence avec les rebelles de ADF/ NALU. Toutes ces radios appartiennent à des personnalités non alignées sur la mouvance présidentielle et donnent, dans leurs émissions, aussi bien la parole aux membres de la majorité présidentielle qu'à ceux de l'opposition.

"Cette interdiction, émanant des plus hauts niveaux de l'exécutif congolais, fait montre d'un niveau d'approximation préoccupant, tant sur le fond que sur la forme, déclare Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières. Il est difficile de ne pas y voir une tentative politicienne de museler les radios d'opposition. Nous demandons au ministère de revenir sur ces fermetures qui entravent le droit des citoyens congolais à une information pluraliste".

Plusieurs points de cette mesure sont en effet contestables. Sur le plan juridique, il ne revient pas au ministère d'annoncer des fermetures de radios. Toute fermeture d'un média pour des raisons de contenu doit faire l'objet d'une procédure auprès du Conseil supérieur de l'audiovisuel et de la communication (CSAC) qui a pour mandat de réguler les médias. Cette procédure doit garantir un droit de réponse des organes concernés, ce qui n'a évidemment pas été le cas. Les médias doivent par la suite être notifiés par écrit de la décision et non par une simple diffusion radiophonique. « Nous n'avons jamais été formellement notifié. Un Etat travaille avec des textes et on ne peut pas fermer une radio par un communiqué. C'est de la politique pure et simple. Puisque nous ne plaisons pas au pouvoir, nos radios ont été fermées », explique à RSF Jina Ivoha, directeur de la Radio Liberté Beni.

Selon plusieurs témoignages, les directeurs des médias concernés ont fait l'objet de menaces de la part du maire de Beni, Bwanakawa Nyonyi Jean Edmond, ainsi que d'agents de l'ANR.

De plus, la déclaration lue sur les ondes de la RTNC brille par son approximation. La radio Ngoma FM, par exemple, fait partie des radios qui devraient fermer alors que celle-ci a déjà cessé d'émettre depuis près de six mois par manque de moyens, c'est-à-dire bien avant la recrudescence des exactions commises par les AFD/NALU depuis les deux derniers mois dans la région de Béni.

Fermetures et confusions

Le communiqué mentionne également une radio qui n'existe pas, la "Radio Furu". Il y a bien une radio localisée dans le quartier de Furu à Butembo, à 54 km au Nord de Beni : la Radio Espoir FM. Celle-ci continue d'émettre car, selon Léon Tsongo, un des dirigeants de cette radio : "Le ministre de l'information a fermé la Radio "Furu" de Beni et non la Radio Espoir FM de Butembo, donc nous ne nous sentons pas concernés".

Les services de renseignements n'ont pas tardé à tenter de mettre en oeuvre les interdictions, bien qu'un fort élément de confusion soit à noter.

En effet, le 15 novembre, les agents de l'ANR sont venus fermer la Radio Liberté Butembo, la confondant avec la Radio Liberté Beni citée dans le communiqué du ministre. Les autorités ont néanmoins persisté dans leur harcèlement : le 17 novembre au matin, les agents de l'ANR sont retournés à la radio, ont interrompu les émissions et confisqué le matériel. Selon le directeur de Radio Liberté Butembo, Ulrich Muyeye, le gouvernement reproche à la radio d'avoir diffusé la réaction d'un politicien de l'opposition qui répondait à un discours du gouverneur de la province du Nord Kivu sur les massacres qui ont ensanglanté la ville de Beni. Après une médiation du maire de Butembo, la radio a pu rouvrir dans la soirée et son matériel lui a été rendu.

Le vendredi 14 novembre, Germaine Mwanza et El Katé Maganiryo, deux journalistes de Radio Graben Kasindi, située à 80 km de Beni près de la frontière ougandaise, ont été arrêtés par l'ANR et écroués pendant 48h dans le cachot de l'agence de renseignement. Dans la foulée, la Radio Graben Kasindi a été fermée, en toute illégalité, probablement victime d'une confusion avec la Radio Graben Béni, incriminée par le communiqué du ministre. Bien que libérés, les deux journalistes ont été forcés de rester à Beni et n'ont donc pas pu reprendre le travail.

La région de Beni a été le cadre d'atroces massacres au cours des deux derniers mois, attribués aux ADF/NALU, dans lesquels, selon la société civile du Nord Kivu, 120 personnes ont trouvé la mort depuis le 2 octobre 2014.

L'argument sécuritaire est régulièrement utilisé dans l'est de la RDC pour justifier le musèlement des médias.

La République démocratique du Congo figure à la 151e place sur 180 dans le Classement 2014 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

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