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Du symbole à la rue, une campagne misant sur la créativité en Asie centrale

Cette semaine, les caricaturistes et les rédacteurs souhaitent mettre en évidence différents enjeux liés à la libre expression en Asie centrale en participant à des concours de rédaction et de caricature lancés par les membres de l'IFEX et leurs partenaires dans la région, dans le cadre de la Journée mondiale de la liberté de la presse.

Ce troisième concours annuel s'inscrit dans une stratégie de revendication menée par des organisations de défense de la liberté d'expression au Kazakhstan, au Kirghizistan et au Tadjikistan, et qui vise à ranimer l'art en déclin de la caricature politique.

« Les caricatures politiques jouent un rôle clé dans le débat public, mais elles ont disparu des pages des journaux de l'Asie centrale au cours des dernières années, les éditeurs et caricaturistes craignant de subir, en les publiant, diverses représailles sous forme d'intimidation et de harcèlement », affirme Tamara Kaleyeva, directrice exécutive d'Adil Soz, un membre de l'IFEX basé au Kazakhstan. « Nous avons lancé cette campagne pour célébrer la caricature politique et son rôle dans l'arène politique. »

Plusieurs organisations de défense de la liberté d'expression, tels Adil Soz, l'Association publique des journalistes du Kirghizistan, l'Association nationale des médias indépendants du Tadjikistan et le Centre de ressources médiatiques de Batken au Kirghizistan, ont collaboré en vue d'accorder une portée régionale à la campagne d'écriture d'essais et de caricature. Au niveau régional, les jurys sont formés de panels dont les membres ont été nommés. Les oeuvres des gagnants sont publiées dans des calendriers et journaux à grand tirage.

Ces groupes ont également eu recours à d'autres tactiques imaginatives pour sensibiliser les médias et le public aux enjeux qui concernent la liberté d'expression dans leurs pays respectifs, et pour créer un sentiment de solidarité entre les communautés médiatiques. L'année dernière, ils ont planté des cactus afin d'illustrer par un geste symbolique l'état de détérioration dans lequel se trouve la liberté d'expression. L'année précédente, Adil Soz et ses partenaires au Kazakhstan ont planté des chênes au nom de la « solidarité des journalistes » dans le but de faire comprendre aux journalistes qu'il est nécessaire de s'unir pour promouvoir le droit à la liberté d'expression.

En Asie centrale, les protestations publiques et les manifestations sont les formes les moins courantes d'activisme. Les organisations de la société civile ne manifestent presque jamais dans les rues, de peur de subir certaines répercussions associées aux formes directes d'activisme.

Or, Adil Soz et ses partenaires locaux au Kazakhstan ont prouvé récemment qu'ils sont prêts et qu'ils ont le courage de se servir de tactiques de revendication plus directes.

Le 10 mars 2009, des défenseurs de la liberté d'expression ont manifesté devant la cour municipale de la capitale, Almaty, pour protester contre l'amende exorbitante de 300 000 000 tenge (soit environ 1 989 700 $ USD) imposée au journaliste Almas Kusherbayev pour diffamation morale. L'amende dont écope le journaliste est la plus élevée jamais imposée à un journaliste ou à un organe médiatique au Kazakhstan. M. Kusherbayev a reçu l'amende à la suite d'une plainte déposée par un membre du parlement après que M. Kusherbayev ait publié un article sur les causes expliquant l'augmentation du prix des grains au pays.

La décision brave et peu orthodoxe d'organiser la manifestation a été le fruit d'une rencontre entre éditeurs de journaux et organisations de défense de la liberté d'expression, incluant Adil Soz, qui se disaient préoccupés par la hausse du nombre de poursuites en diffamation morale intentées contre des journalistes, et qui croient nécessaire et urgent d'agir plus directement.

Sachant que leur militantisme ouvert pourrait leur mériter une peine d'emprisonnement, et faisant fi de l'avis de leurs conseillers juridiques, les membres d'Adil Soz se sont prononcés en faveur des droits de cette journaliste tout en étant entourés de membres armés des forces nationales de sécurité. L'organisation a également attiré l'attention de la communauté internationale sur ce cas en publiant une alerte par le biais du Réseau des alertes de l'IFEX.

La couverture médiatique concertée, combinée à la mobilisation efficace par les organisateurs des principales parties intéressées, notamment les organismes intergouvernementaux, les politiciens et tous les grands médias, ont fait en sorte que les forces armées n'ont pas pu agir contre les manifestants, aidant ainsi à faire de cet événement une réussite.

En plus de sensibiliser le public à cet enjeu au Kazakhstan à l'échelle locale, régionale et internationale, la campagne a également joué un rôle de renforcement de la solidarité entre journalistes autour du droit à la liberté d'expression.

Les organisateurs se sont collectivement exprimés à propos de leur détermination à changer les choses par le biais de manifestations, « … Nous sommes sans doute des perdants aux yeux de la loi officielle, mais nous gagnerons à plus long terme, car nous avons franchi la barrière qui nous faisait craindre la justice et la vraie liberté. Plus rien ne peut nous arrêter. »

Lire l'alerte d'Adil Soz au sujet du cas Kusherbayev (en anglais) : http://www.ifex.org/kazakhstan/2009/02/04/taszhargan_newspaper_and_journalist/


Par Zaynah Khanbhai, coordonnatrice du Programme d'extension de l'IFEX.

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