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Un journaliste est puni de trois ans de prison pour diffamation; d'autres sont censurés

Les efforts du gouvernement pour maîtriser l'environnement médiatique en Équateur se manifestent de manières brutales. Un journaliste équatorien a été condamné le 26 mars à trois ans de prison et à une amende de 10 000 $US pour avoir visé un officiel du gouvernement dans un éditorial, selon ce que rapportent la Société interaméricaine de la presse (SIP), le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et d'autres groupes membres de l'IFEX. Par ailleurs, ARTICLE 19 et Fundamedios font état de restrictions à la liberté d'expression dans un avant-projet de loi sur la réglementation des médias, actuellement à l'étude devant le Congrès. De plus, le rédacteur en chef d'un journal administré par l'État a été congédié pour avoir contesté l'ingérence de l'État dans la politique rédactionnelle, rapporte l'Institut pour la presse et la société (Instituto Prensa y Sociedad, IPYS).

Une poursuite criminelle en diffamation a été intentée en octobre dernier contre le journaliste Emilio Palacio, du journal « El Universo » de Guayaquil, par le président de la National Financial Corporation (CFN), Camilo Samán. La CFN est une agence du gouvernement qui accorde des prêts aux petites entreprises. L'éditorial, intitulé « Camilo, le matamore », couvrait une protestation devant le siège du journal après la publication d'une enquête concernant les retards que met l'agence à accorder des prêts.
Palacio est aussi une voix très critique du président Rafael Correa. Celui-ci a appuyé la sentence en disant que « la liberté d'expression n'existe pas pour proférer des mensonges ou des insultes, ni pour diffamer qui que ce soit », selon ce que rapporte le Comité mondial pour la liberté de la presse (WPFC). On a interjeté appel de la sentence.

D'après le WPFC, Catalina Botero, Rapporteure spéciale de l'Organisation des États américains (OEA) pour la liberté d'expression, a déclaré : « Dans tous les cas passés en revue ou qui ont fait l'objet d'une décision de la Cour interaméricaine des droits de l'homme, la protection de l'honneur ou de la réputation d'une personnalité publique ou d'un candidat à un poste électif au moyen de sanctions criminelles prises contre la personne qui s'exprime - par le recours aux lois sur la diffamation ou les insultes - est considérée comme disproportionnée et inutile dans une société démocratique. »

Botero a fait remarquer en outre que le recours aux lois criminelles « peut constituer une manière de censure indirecte à cause de l'effet peu rassurant que crée ce recours dans le débat sur les questions d'intérêt public ».

ARTICLE 19 et Fundamedios prient instamment le gouvernement équatorien de respecter la libre circulation de l'information, qui fait l'objet d'un avant-projet de loi actuellement à l'étude. Cet avant-projet contient des dispositions qui prévoient la censure préalable et des restrictions sur le contenu, ainsi que des dispositions qui imposent indirectement l'adhésion obligatoire à une association de journalisme, indique ARTICLE 19. L'Assemblée nationale examine l'avant-projet de loi en raison de l'opposition d'organisations nationales et internationales. Elle envisage toujours cependant des dispositions en vertu desquelles tous les médias seraient tenus d'adopter et d'enregistrer un code d'éthique devant une commission des communications - une entité qui serait habilitée à imposer des sanctions aux médias qui ne se conformeraient pas à ce code.

En février, Fundamedios a tenu une conférence de deux jours à Quito, en Équateur, afin d'explorer des systèmes d'éthique et d'autoréglementation des médias. ARTICLE 19 et Fundamedios ont prié l'Assemblée nationale de garantir l'indépendance de l'organisme destiné à superviser les médias. Reporters sans frontières (RSF) invite en outre l'Assemblée nationale à dépénaliser les délits de presse.

Il y a quelques mois, Ruben Montoya, directeur du journal « El Telégrafo », dirigé par l'État, ainsi que plusieurs journalistes, ont fait part de leur préoccupation en ce qui concerne « le plan du gouvernement de publier un journal de style populiste qui, d'après les critiques, constituerait un moyen de diffuser de la propagande sur le programme politique du gouvernement », selon ce que rapporte l'IPYS. En représailles, Montoya a été congédié de « El Telégrafo » le 25 mars. Un autre journaliste de ce même journal, qui avait fait état du départ de Montoya dans un éditorial, le remerciant pour son travail et passant des commentaires sur les restrictions imposées au journal, a lui aussi été congédié. Le 6 avril, 20 chroniqueurs et collaborateurs à « El Telégrafo » ont déclaré qu'ils n'écriraient plus pour le journal en signe de protestation contre la censure et les violations de la libre expression et de la liberté de la presse, selon ce qu'indiquent les dépêches.

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