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Une commission américaine de défense des droits de la personne ordonne une suspension de sentence contre « El Universo »

« Correa à la presse : Que la sentence soit exécutée ! »
« Correa à la presse : Que la sentence soit exécutée ! »

La Commission interaméricaine des droits de l'homme (IACHR) a demandé au Président de l'Équateur Rafael Correa de suspendre la sentence dans une affaire de diffamation criminelle contre le journal « El Universo » jusqu'à la tenue le mois prochain d'une audition entre les deux parties, rapportent le Comité des écrivains en prison du PEN International (WiPC) et les dépêches.

L'IACHR a émis l'injonction d'usage en attendant l'audition le 28 mars dans les bureaux de l'IACHR à Washington, où les deux parties vont présenter leurs arguments dans cette affaire. La commission rendra ensuite une décision.

Alembert Vera, avocat de Correa, a déclaré à la chaîne Dow Jones Newswires que la décision de l'IACHR n'a aucune valeur juridique parce que le plus haut tribunal de l'Équateur n'avait pas encore communiqué sa décision aux parties, et que certaines formalités n'avaient toujours pas été remplies.

« Il n'y a pas de sentence. Il n'y a pas de décision à suspendre. La Commission des droits de l'homme a avancé des critères, rompant avec les principes de respect envers les États, la compétence nationale et l'indépendance judiciaire », a déclaré Vera.

L'un des trois propriétaires de « El Universo » condamnés dans cette affaire, Nicolas Pérez Barriga, a déclaré dans un communiqué de presse que la décision de la Commission constitue « un jalon dans notre bataille pour la liberté de la presse et une justice égale devant la loi en Équateur », parce que le jugement avait achevé d'épuiser les recours légaux de « El Universo » en Équateur.

« Nous avons hâte de présenter les faits de cette affaire devant un organisme judiciaire indépendant et impartial, dont les membres viennent de l'ensemble des Amériques. Nous sommes convaincus que cette révision mettra à nu la corruption judiciaire et l'absence d'application régulière de la loi, qui menacent non seulement la liberté de la presse de l'Équateur, mais aussi sa démocratie », a-t-il ajouté.

La Fondation andine pour l'observation et l'étude des médias (Fundamedios) et d'autres groupes membres de l'IFEX qualifient cette affaire de tentative cynique de la part de Correa pour ruiner le principal journal d'opposition du pays dans le cadre d'une campagne concertée destinée à étouffer la liberté de parole et à faire taire les voix critiques.

En mars dernier, Correa a intenté des poursuites judiciaires contre les propriétaires du quotidien de Guayaquil - les frères Nicolas, Carlos et César Pérez Barriga - et son rédacteur en chef, Emilio Palacio. Les quatre hommes ont été reconnus coupables en juillet et condamnés à trois ans de prison et à des amendes totalisant 40 millions $US.

Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), le jugement du 16 février est survenu après une audition chaotique de 15 heures à laquelle ont assisté Correa et une vingtaine environ des ministres de son cabinet et des adjoints. Sur son compte Twitter (@mashirafael), Correa a appelé ses partisans à se rendre au palais de justice dans l'attente du jugement.

Les partisans du gouvernement se sont rassemblés rapidement à l'extérieur de l'immeuble, où ils ont brandi des drapeaux du pays, brûlé des exemplaires de journaux, crié des slogans hostiles à « El Universo » et en sont venus aux mains avec un groupe de défenseurs de « El Universo ». D'après le CPJ, plusieurs journalistes ont été bousculés dans l'échauffourée.

La décision a été maintenue, en dépit de nombre d'allégations selon lesquelles Correa aurait subverti le système judiciaire - notamment en permettant à son procureur, Gutemberg Vera, de rédiger le verdict original, selon ce que rapporte Fundamedios.

Trois jours à peine avant la décision finale, une juge d'une instance inférieure, Monica Encalada, avait rendu publique une vidéo et une déclaration sous serment affirmant que Vera avait rédigé la première version du jugement et qu'il avait offert environ 75 000 $US à un autre juge de l'affaire pour qu'il tranche en faveur de Correa.

D'après les dépêches, Vera a nié les accusations, et Encalada a fui le pays et est arrivée à Bogota, en Colombie, le 22 février.

Lors d'une pause pendant l'audience, Correa a déclaré à des reporters que « si cette procédure judiciaire se termine bien, cela déclenchera en Équateur et à travers toutes nos Amériques une vague de poursuites du même genre; cela représentera un grand pas en avant pour la libération de nos Amériques de l'un des pouvoirs les plus grands et les plus impunis : les médias corrompus ».

Correa a dit n'avoir d'autre choix que d'intenter des poursuites afin de se défendre contre de fausses accusations parues dans une chronique de Palacio publiée par « El Universo » il y a un an.

À plusieurs reprises, la chronique appelait Correa« le Dictateur » et affirmait qu'il avait ordonné aux troupes de tirer « sans sommation sur un hôpital rempli de civils et de gens innocents » lors d'une révolte de la police survenue en septembre 2010 à propos des projets du gouvernement de réduire les avantages sociaux des policiers.

Trois des quatre défendeurs ont quitté l'Équateur avant le verdict, disant craindre pour leur sécurité, rapporte le CPJ. Palacio a demandé l'asile politique aux États-Unis au début du mois. César et Nicolas se trouvent actuellement à Miami et tentent d'obtenir un appui international en leur faveur.

Le Président du Panama Ricardo Martinelli a annoncé sur son compte Twitter (@rmartinelli) qu'il avait accordé l'asile politique à Carlos, qui se trouve actuellement à l'ambassade du Panama dans la capitale de l'Équateur, Quito.

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Two years ago, a Colombian court finally sentenced the first assailant in the case of journalist Jineth Bedoya. But… https://t.co/JTEGWFFTef