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Un journaliste en exil reste la cible des critiques du président équatorien ainsi que de menaces de violence

Emilio Palacio, chroniqueur d’un journal équatorien
Emilio Palacio, chroniqueur d’un journal équatorien

REUTERS/Joe Skipper

Le manque de patience du président Rafael Correa à l'égard des journalistes qui osent critiquer son administration n'est un secret pour personne. De façon répétée, il discrédite les journalistes et les médias, et utilise pour cela ses émissions régulières à la télévision pour joindre l'auditoire de ses partisans. Il intente également des poursuites judiciaires contre certains membres de la profession journalistique. La semaine dernière, Correa est descendu encore plus bas dans ses critiques quand il a semblé formuler des incitations à la violence contre un journaliste qui est fréquemment la cible de ses attaques. Au cours du segment de son émission intitulé « La libre expression nous appartient à tous », Correa a semblé oublier qu'il y a des limites à la libre expression lorsqu'elle se transforme en incitation à la violence.

Le 23 août, au cours de son émission habituelle du samedi « Enlace Ciudadano », le Président Correa a discrédité le journaliste Emilio Palacio et son travail, qualifiant le reporter de « psychopathe » et demandant à ses auditeurs s'ils n'avaient pas envie de « frapper un gars comme ça », selon ce que rapporte l'ONG locale Fundamedios. Correa parlait, au cours d'un segment de son émission consacré à la libre expression, d'un reportage écrit par Palacio en avril au sujet d'un voyage de Correa à New York – voyage que Correa dit n'avoir jamais effectué. Le président a poursuivi et a demandé à la presse de « faire preuve d'un peu de décence » et de regarder ailleurs pour trouver un modèle de journaliste honnête, affirmant que Palacio était malade et dangereux et qu'il y avait « tellement de haine en lui » qu'il « était prêt à inventer n'importe quoi ».

Palacio a quitté l'Équateur en 2011 pour cause de persécution politique, notamment d'une poursuite judiciaire intentée par le Président Correa contre lui et des cadres supérieurs du journal El Universo, Carlos, César et Nicolás Pérez. En juillet de cette année, Palacio et les cadres supérieurs ont été condamnés à trois ans d'emprisonnement et à 40 millions de dollars d'amende pour avoir publié sur Correa un article affirmant que celui-ci avait ordonné que l'on tire des coups de feu sur un hôpital lors d'une révolte de la police survenue en septembre 2010. En février 2012, Correa a gracié les quatre hommes, mais a maintenu qu'ils avaient mérité les peines qui leur avaient été infligées.

Dans les heures qui ont suivi la diffusion de l'émission de Correa, un de ses partisans présents sur Twitter, l'usager @Grangaz007, identifié comme étant Fausto Zapata, a offert 100 000 $ pour la tête de Palacio, tandis qu'un autre usager, Bruno Diaz, a doublé l'offre pour la porter à 200 000 $. Le directeur du Comité sur la Liberté de la presse et de l'information auprès de la Société interaméricaine de la presse, Claudio Paolillo, a déclaré qu'il était « scandaleux et extrêmement dangereux » qu'un président encourage des actes de violence contre un journaliste. Le Ministre de l'Intérieur de l'Équateur, Jose Serrano, a déclaré qu'une enquête avait été ouverte.

En plus des menaces sur Twitter, le journal El Telégrafo, administré par l'État, a publié le 25 août un éditorial dans lequel on accusait Palacio de mentir « constamment », de se livrer à la diffamation et d'inventer des histoires, selon ce que rapporte Fundamedios.

Heureusement, il y a de la distance entre Correa et le journaliste; Palacio vit actuellement en exil aux États-Unis. Il a indiqué dans sa chronique que, « en tant que journaliste, il faut être prêt à affronter la persécution et à subir des menaces », mais que même un reporter chevronné comme lui constatait que l'absence apparente chez le président de quelque préoccupation que ce soit pour sa sécurité, et le fait que des gens mettent sa tête à prix sur Twitter, lui avaient fait vivre une semaine hors de l'ordinaire.

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