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Un défenseur des droits de la personne fait face à la peur et à l'intimidation en Égypte

En tant qu'avocat et directeur exécutif du Réseau arabe d'information sur les droits de l'homme (Arabic Network for Human Rights Information, HRinfo), Gamal Eid fait souvent campagne pour réclamer justice au nom de blogueurs et de journalistes emprisonnés. Il le fait notamment au nom de la journaliste d'Al Jazeera Huwaida Taha, qui en appelle d'un jugement la condamnant à six mois de prison, une peine que lui a valu le tournage d'un documentaire sur la torture en Égypte. Puis, en mai, Eid fut lui-même menacé d'une peine d'emprisonnement de cinq ans après qu'un juge eut déposé une poursuite contre lui, sous un fallacieux prétexte d'extorsion. Pour le site Web de HRinfo, lequel héberge des informations sur 141 membres dans 18 pays de la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord, ainsi que le site arabe de l'IFEX, la fermeture semblait inévitable. Eid s'est entretenu avec Kristina Stockwood, coordinatrice du programme d'extension de l'IFEX, au sujet de cette affaire, de la liberté d'expression dans la région en général et des raisons qui poussent HRinfo à ne jamais abandonner la partie.


Q: Récemment, vous craigniez de devoir passer cinq années en prison et que HRinfo soit fermé après qu'un juge eut lancé des poursuites contre vous. Qu'arriverait-il si cela se produisait ?

La peur est toujours présente – les causes imaginaires du juge suivent leur cours. Nous souffrons également du biais dont font preuve les accusateurs publics. Quel que soit le résultat final, HRinfo poursuivra son travail. Plusieurs de mes collègues sont prêts et disposés à gérer le réseau et à assurer la suite de ses activités. HRinfo ne sera pas fermé, à moins que la police ne nous y oblige. Or, même dans ce cas, nous trouverions une façon de sauver notre site et les quelque 15 000 documents qu'il contient.

Q: Quel est l'aspect le plus difficile de votre travail ?

C'est de répondre aux attentes des victimes d'atteintes à la liberté d'expression qui désirent obtenir de l'aide de la part de HRinfo. Face aux graves atteintes qui se poursuivent et à l'incapacité à réagir de l'accusation publique, plusieurs victimes sombrent dans le désespoir. Il nous faudrait obtenir quelques victoires pour retrouver un certain optimisme.

Les blogueurs de l'Égypte et du monde arabe font désormais face à un harcèlement généralisé qui en a incité plus d'un à cesser d'écrire, tandis que d'autres ont si peur des autorités qu'ils nous ont demandé, ainsi qu'à d'autres organisations, de cesser d'intervenir. Nous tentons maintenant de trouver des façons de protéger ces individus avant que leur situation ne se dégrade davantage.

Pourquoi la situation en Égypte s'est-elle dégradée, alors qu'elle semblait s'améliorer au cours des dernières années ?

Le gouvernement tente de « normaliser » la situation en détruisant le peu de liberté que le mouvement démocratique et la presse indépendante égyptienne ont réussi à obtenir. Ce même gouvernement se venge en punissant les institutions symboliques qui ont su étendre, grâce à leur persévérance, la marge de la démocratie au cours des quelques dernières années. Les parties visées par les autorités sont, entre autres, certains juges, blogueurs et médias indépendants.

Les atteintes que l'on constate actuellement en Égypte sont aussi liées à l'impunité. Voilà pourquoi la situation des activistes démocrates devient vite intenable. Puisque la liberté d'opinion et d'expression est une pierre d'assise de la démocratie, les individus qui oeuvrent dans le journalisme et les médias sont toujours les premières victimes de la répression.

Au chapitre des atteintes à la liberté d'expression et d'opinion, les pires pays du monde arabe sont la Syrie, l'Égypte, l'Arabie Saoudite et la Tunisie. La Tunisie affiche d'ailleurs l'un des pires scores dans cette catégorie, puisqu'elle diffuse dans la région des informations trompeuses et des opinions préconçues par le biais des médias en se faisant passer pour un pays démocratique aux valeurs libérales. L'état des droits de la personne en Égypte a un impact certain sur ces autres pays arabes, en raison de l'influence qu'exerce ce pays dans la région. Les nouvelles, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, voyagent rapidement dans la plupart des pays – c'est pourquoi la presse et les organisations de défense des droits de la personne sont si importantes. La résistance et la lutte qu'elles mènent devraient leur permettre d'aider à leur tour les activistes des autres pays arabes.

Q: Vous avez récemment suivi des procès en Syrie. Croyez-vous que le fait d'avoir assisté au procès du dissident et journaliste Michel Kilo a influencé la décision du juge de lui imposer une peine plus légère que celle imposée à d'autres activistes ?

Il est aisé pour les autorités syriennes de mettre en doute ou de contester l'objectivité des activistes européens et américains, puisqu'il suffit à ces autorités de qualifier de conspiration toute intervention qui vise la Syrie. Or, lorsque les critiques proviennent d'activistes et de journalistes égyptiens, l'effet est plus marqué et il devient alors beaucoup plus difficile pour les autorités de contester ou d'écarter les critiques. C'était très évident lorsque j'assistais au procès en compagnie de collègues et que le tribunal a décidé d'annuler l'audience de Kilo le 7 mai [le 13 mai, Kilo a été condamné à trois ans de pénitencier pour avoir « affaibli le sentiment national » en signant une déclaration en mai 2006 réclamant l'amélioration des relations entre la Syrie et le Liban.]

Q: Si des groupes régionaux devaient se réunir pour lancer une seule grande campagne, quelle serait cette campagne ? Quelles tactiques ces groupes utiliseraient-ils ?

Pour les groupes de la région, il est essentiel de collaborer davantage car cela les aiderait à influencer l'opinion publique arabe et à dénoncer les régimes non démocratiques. Une telle collaboration n'irait pas à l'encontre du rôle des organisations internationales, qui influencent les gouvernements occidentaux, qui à leur tour peuvent exercer des pressions sur les gouvernements arabes.

La mission principale des groupes régionaux devrait être de mettre un terme à l'impunité qui mine la liberté de la presse, et de défendre le droit qu'ont les journalistes de critiquer et de s'exprimer sans crainte de représailles. Ensuite, il faudrait se concentrer sur les lois répressives et les façons de changer ces dernières. Ces organisations ont le devoir de faire campagne pour défendre les journalistes, écrivains et blogueurs, que ce soit par le truchement de manifestations ou de sit-ins devant les ambassades, par l'envoi de lettres à des prisonniers d'opinion, par le dévoilement de l'état réel de l'environnement dans ces pays, ainsi que par la dénonciation des mensonges que les autorités aimeraient nous faire croire.

Liens :

HRinfo (disponible en arabe et en anglais) : http://www.hrinfo.net/

Service d'information arabe de l'IFEX (http://www.hrinfo.net/ifex/)

Alerte de HRinfo sur le blocage des sites Web de HRinfo, de l'IFEX et autres : http://www.ifex.org/en/content/view/full/83328/

Causes de dissidents syriens : http://www.ifex.org/en/content/view/full/83396/

Le Groupe d'observation de la Tunisie de l'IFEX (français): http://ifex.org/tunisia/tmg/

Évaluation de Freedom House de la liberté de la presse dans la région du Moyen-
Orient et de l'Afrique du Nord : http://www.freedomhouse.org/uploads/press_release/MENA_FTP_07.pdf

Rapport de la FIJ sur la crise qui touche la liberté de la presse au Moyen-Orient :
http://www.ifj.org/default.asp?Index=4967&Language=EN

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