RÉGIONS:

SUBSCRIBE:

Sign up for weekly updates

LA RÉPRESSION DE LA LIBRE EXPRESSION SE POURSUIT TANDIS QUE LES MANIFESTATIONS SE MULTIPLIENT

Les autorités égyptiennes accentuent leur agression contre les radiodiffuseurs par satellite et les journalistes, dernière manoeuvre d'une série d'attaques contre la libre expression et la libre circulation de l'information dans un pays qui fut déjà au premier rang de la liberté de la presse au Moyen-Orient, disent les membres de l'IFEX.

La semaine dernière, les forces de sécurité ont procédé à une descente dans les locaux de la Cairo News Company, une importante société de location d'équipement et de services de satellite, qui dessert environ 40 chaînes transmises par satellite en Égypte, et elle a saisi cinq ensembles d'équipement de radiodiffusion.

« Le fait de confisquer des appareils de radiodiffusion est un acte répréhensible qui vise à embêter les chaînes par satellite pour les empêcher de retransmettre en direct les événements qui se déroulent en Égypte », dit le Réseau arabe d'information sur les droits de la personne (Arabic Network of Human Rights Information, HRInfo). « Le gouvernement égyptien est en train d'ériger un mur autour des citoyens égyptiens et de leur imposer un black-out de l'information. »

Déjà, trois chaînes de télévision par satellite - Al Hiwar, Al Baraka et Al Hikma - ont été interdites par le satellite « Nilesat », administré par l'État égyptien. Deux d'entre elles l'auraient été à la demande des États-Unis, selon ce que rapportent ARTICLE 19 et HRInfo.

Les interdictions et le raid coïncident avec le lancement d'une nouvelle charte pour la télévision par satellite, ce qui amène les gens penser que ces mesures constituent des représailles à la couverture critique offerte par les stations.

Les « Principes pour l'organisation de la radiodiffusion radiophonique et télévisuelle dans la région arabe », que les ministres arabes de l'Information ont approuvés en février, requièrent que les émissions de télévision transmises par satellite ne portent pas offense aux dirigeants arabes ni aux symboles nationaux et religieux, qu'ils ne portent atteinte ni « à la paix sociale, ni à l'unité nationale, ni à l'ordre public », ni ne remettent en question Dieu et les religions monothéistes. Les émissions doivent en outre se conformer aux valeurs religieuses et éthiques de la société arabe.

Les interdictions surviennent au moment où l'explosion des prix des aliments fait éclater des manifestations partout dans le pays, qui n'ont que peu ou pas de couverture exacte dans les médias grand public. Les journalistes et les blogueurs qui essaient de couvrir les manifestations sont détenus.

Les travailleurs de l'usine textile la plus importante du pays, située à Mahalla el-Kubra, ont tenté de déclencher une grève le 6 avril, et se sont heurtés à un déploiement massif des forces de sécurité, rapportent Human Rights Watch et le site web de défense de la libre expression Menassat.com. Des foules en colère sont descendues dans les rues pendant deux jours, protestant contre les bas salaires et les hausses de prix, tandis que des grèves de solidarité éclataient un peu partout à travers le pays - ce qui, selon certains observateurs, serait le signe d'une montée du mouvement pro-démocratie, naissant en Égypte.

À Mahalla, un passant de quinze ans a été tué, apparemment par la police, et plus de cent personnes ont été blessées, indique Human Rights Watch. D'après Menassat.com, des témoins oculaires affirment que la police arrêtait toute personne qui prenait des photos, surtout les journalistes, et qu'elle a confisqué leur équipement.

Le photographe pigiste américain James Buck et son interprète égyptien, Mohammed Saleh Ahmed Maree, ont été arrêtés et détenus le 10 avril, rapportent Human Rights Watch et Reporters sans frontières (RSF). Buck prenait des photos d'un groupe de 200 personnes environ qui s'étaient rassemblées à l'extérieur d'un poste de police à Mahalla pour exiger de savoir ce qui était advenu de leurs proches qui étaient détenus. Buck a été relâché et est de rentré aux États-Unis, d'où il fait pression pour obtenir la libération de Maree et de centaines d'autres détenus.

Parmi les personnes arrêtées se trouvent le blogueur Esraa Abdel Fattah Ahmed, qui a lancé sur Facebook le groupe « 6 avril » qui compte plus de 65 000 membres; et Muhammad Al Sharkaoui, arrêté le 5 avril tandis qu'il distribuait des feuilles volantes pressant les résidents du Caire de faire grève. Sharkaoui a été libéré le 21 avril. Sharkaoui dirige la maison d'éditions « Malameh », au Caire, qui a reçu le 16 avril la visite de l'unité de la police des moeurs après avoir publié un album de bandes dessinées intitulé « Metro ». Des exemplaires du livre ont été saisis au motif qu'ils portaient attente à la « décence publique », dit HRInfo.

« Ces arrestations sont abusives », dit RSF. « Le gouvernement ignore qui est à l'origine de ce mouvement car il est né sur Internet. Du coup, il réprime quiconque est susceptible d'avoir lancé l'appel à la grève, et les blogueurs sont en première ligne. »

Les journalistes, blogueurs et militants ont critiqué furieusement la façon dont les manifestations de Mahalla ont été couvertes par les médias officiels, qui « ont présenté les citoyens de Mahalla comme des saboteurs, ce qui excusait la violence de la répression policière ». Quelques journalistes ont déclaré que des officiers de la police attendaient dans des lits d'hôpital l'arrivée des photographes pour se présenter en victimes de la violence de la foule, rapporte Menassat.com

Les autorités égyptiennes ont constamment recours aux poursuites judiciaires pour réprimer la libre expression en Égypte. Ibrahim Issa, rédacteur en chef du journal d'opposition « Al-Dustour », a été condamné le mois dernier à six mois de prison pour avoir posé des questions sur l'état de santé du président Hosni Moubarak, qui célèbre son 80e anniversaire le 4 mai - date d'un autre mouvement prévu de grève nationale. Le mois prochain, Issa fait appel de sa sentence et attend, avec trois autres rédacteurs, un autre procès séparé le 3 mai pour avoir diffamé Moubarak et d'autres hauts dignitaires.

HRInfo, l'Organisation égyptienne de défense des droits de la personne (Egyptian Organization for Human Rights) et l'Institut du Caire pour les études sur les droits de la personne (Cairo Institute for Human Rights Studies), qui sont membres de l'IFEX, prévoient la tenue au Caire le 17 mai, d'une manifestation de solidarité avec le Syndicat des journalistes égyptiens (Egyptian Journalists' Syndicate), avant le retour de Issa en cour, prévu le lendemain.

Consulter les sites suivants :

Radiodiffuseurs par satellite :
- ARTICLE 19 : http://tinyurl.com/54wm98
- « Communiqué de l'IFEX » : http://tinyurl.com/3vzjzn
- HRInfo : http://www.hrinfo.net/en/reports/2008/pr0419.shtml
À propos des manifestations de Mahalla et des journalistes arrêtés :
- RSF : http://www.rsf.org/article.php3?id_article=26548
- Human Rights Watch : http://tinyurl.com/6yv2rd
- HRInfo : http://www.hrinfo.net/en/reports/2008/pr0416.shtml
- Menassat.com : http://tinyurl.com/4mfh24
- JamesKarlBuck.com : http://jameskarlbuck.com/
- Free Maree : http://tinyurl.com/5qo7bn
Page de l'IFEX sur l'Égypte : http://www.ifex.org/en/content/view/full/1446/

(Photo de la manifestation de Mahalla prise par James Buck)

(22 avril 2008)

Dernier Tweet :

Belarussian Association of Journalists calls on authorities to find and punish attackers of writer Siarhei Chaly. C… https://t.co/3SCb9KEQsu