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Un nombre record de groupes membres de l'IFEX demandent à Moubarak de respecter la libre expression tandis que se poursuivent les attaques contre les médias

Des soldats encerclent un journaliste après qu’il eut été attaqué par la foule le 3 février au Caire
Des soldats encerclent un journaliste après qu’il eut été attaqué par la foule le 3 février au Caire

REUTERS/Kyodo

Un journaliste qui avait été abattu par un tireur d'élite pendant qu'il filmait les manifestations au centre-ville du Caire est mort la semaine dernière, devenant ainsi le premier journaliste à perdre la vie lors des troubles survenus récemment en Égypte. Tandis que la police, les partisans du Président Hosni Moubarak et même l'armée s'en prennent avec violence aux témoins oculaires et aux journalistes qui couvrent l'action dans les rues, les membres de l'IFEX se rangent fermement avec leurs homologues égyptiens; 55 d'entre eux, un nombre record, se sont joints à d'autres groupes pour demander au gouvernement égyptien de respecter et de protéger la liberté d'expression et le droit à l'information.

Ahmad Mohamed Mahmoud, journaliste au journal « Al-Ta'awun », publié par la Fondation Al-Ahram, propriété de l'État, est mort le 4 février d'un projectile tiré le 29 janvier par un tireur d'élite, selon ce que rapportent le Réseau arabe d'information sur les droits de la personne (Arabic Network for Human Rights Information, ANHRI), le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et Reporters sans frontières (RSF). Le journaliste filmait les affrontements entre les forces de sécurité et les manifestants dans le quartier Qasr al-Aini, au centre du Caire, adjacent à la place Tahrir, centre nerveux des manifestations.

Les journalistes et les défenseurs des droits de la personne en Égypte, tant de l'étranger que du pays même, doivent faire face aux agressions, aux détentions et aux menaces des partisans et des officiels du régime du Président Hosni Moubarak, qui poursuivent leurs efforts pour empêcher la couverture des manifestations qui exigent le départ du dirigeant égyptien. Ce qui avait commencé comme une stratégie de censure de la part du gouvernement s'est rapidement détérioré pour se transformer en attaques virulentes contre les journalistes, un grand nombre d'entre elles étant menées par les forces armées. D'après Human Rights Watch, le nombre des personnes qui ont perdu la vie dans les troubles depuis le 28 janvier dépasse maintenant les 300.

« Les dictateurs et les tyrans du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord sont avertis que tous les canons et toutes les troupes de leurs arsenaux, que toutes les chambres de torture dans leurs donjons ne peuvent transformer les mensonges en vérités », a déclaré Bro Russell du Cartoonists Rights Network International (CRNI) dans un message de solidarité aux membres de l'IFEX en Égypte.

Les attaques contre les journalistes « ont pris de l'ampleur et atteint un niveau jamais vu dans l'histoire moderne de l'Égypte », dit le CPJ. « Nous sommes alarmés devant la perspective que ces témoins ne soient tassés en ce moment crucial de l'histoire de l'Égypte. » Pour lire d'autres messages d'appui de membres de l'IFEX, cliquer ici.

Depuis le 30 janvier, le CPJ a documenté au moins 140 attaques directes contre des journalistes et des entreprises de presse, notamment la détention du correspondant en chef d'Al Jazeera au Caire, Abdel Fatah Fayed. Celui-ci a depuis été remis en liberté.

Tandis que la plupart des arrestations l'ont été à court terme, on a fait état de torture en détention, et certains journalistes craignent de retourner au travail, rapporte Human Rights Watch.

Cependant, le populaire blogueur égyptien Karim Amer a été détenu au Caire le 7 février, rapporte le CPJ, et il n'a toujours pas refait surface. L'an dernier, Amer a terminé une peine de quatre ans de prison pour injure à l'islam et à Moubarak.

Par ailleurs, la police et l'armée ont épinglé 28 défenseurs des droits de la personne dans une rafle au réputé Centre juridique Hisham Moubarak, dont des recherchistes de Human Rights Watch et d'Amnistie Internationale, rapportent l'ANHRI et Human Rights Watch.

Daniel Williams, recherchiste pour Human Rights Watch, a raconté comment le raid « illustre la persistance des pratiques abusives en matière de sécurité sous une coterie militaire, qui prétend vouloir une transition pour échapper au passé.

« Mais dans ce cas comme dans bien d'autres… l'armée était bien en selle et responsable des arrestations arbitraires et parfois violentes, même si les passages à tabac et la torture ont été “externalisés” ou accordés en sous-traitance à d'autres agences ou à des fiers-à-bras », a-t-il dit.

Cette semaine, les autorités ont instauré de nouveaux obstacles bureaucratiques pour les journalistes qui couvrent les manifestations anti-Moubarak qui se déroulent place Tahrir, pour en faire une zone virtuellement interdite, l'armée confisquant les cartes de presse et intimant aux reporters d'obtenir du gouvernement de nouvelles accréditations de presse, selon ce que rapportent les membres.

L'ANHRI a documenté de nombreux cas qui donnent à penser que le gouvernement coordonnait les activités des partisans de Moubarak.

Par ailleurs, la télévision d'État égyptienne tente activement de fomenter de l'agitation en rapportant que les étrangers, en particulier les journalistes étrangers, sont des « espions israéliens » qui se sont infiltrés dans la ville et qui tentent de déstabiliser l'Égypte, rapportent l'ANHRI et le CPJ.

Plusieurs journalistes qui travaillent pour des médias appartenant à l'État ont remis leur démission ou refusent de travailler après avoir subi des pressions pour qu'ils aseptisent les nouvelles. D'après le CPJ, Shahira Amine, présentatrice sur la chaîne de télévision du Nil, propriété de l'État, est apparue sur une autre chaîne et a déclaré « Je refuse de jouer à l'hypocrisie. Je me sens libérée. »

Selon l'ANHRI, en dépit des affirmations du régime actuel, aucune réforme réelle des médias n'est intervenue, ni aucune protection des médias. « Les visages ont changé, mais les politiques contre la liberté d'expression et de la presse sont toujours intactes, et c'est cela que nous n'acceptons plus », dit l'ANHRI.

Entre-temps, l'Organisation égyptienne de défense des droits de la personne (Egyptian Organization for Human Rights, EOHR) a tissé des liens avec d'autres groupes de la société civile et constitué le « Comité égyptien pour la constatation des faits et la lutte contre la corruption » (Egyptian Committee for Fact Finding and Countering Corruption) afin de documenter et d'identifier les responsabilités des violations et de prendre les mesures nécessaires pour leur faire rendre compte de leurs crimes.

L'IFEX entend continuer de mettre à jour son site web à mesure que la situation évolue.

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