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« Dimanche sanglant » : les forces de sécurité ouvrent le feu sur les manifestants; un journaliste et un blogueur sont assassinés

Au moins 25 manifestants chrétiens, dont au moins un journaliste, ont été tués par l’armée et par une foule déchaînée par les médias gouvernementaux
Au moins 25 manifestants chrétiens, dont au moins un journaliste, ont été tués par l’armée et par une foule déchaînée par les médias gouvernementaux

Mohamed Abd El Ghany / REUTERS

Les répercussions se font toujours sentir après le « Dimanche sanglant d'Égypte » au Caire, quand des éléments des forces armées et des foules déchaînées par les stations de télévision favorables au gouvernement ont tué au moins 25 manifestants, dont un journaliste et un blogueur, selon ce que rapportent les membres de l'IFEX. Ceux-ci attirent l'attention sur des frustrations plus profondes concernant l'insécurité en Égypte, la société civile appelant le gouvernement de transition à restaurer la primauté du droit et à abandonner le pouvoir tandis que le pays s'apprête à tenir des élections le 28 novembre.

La violence a éclaté dans le secteur Maspero du Caire lors d'un rassemblement tenu par des chrétiens coptes qui protestaient contre l'incendie récent d'une église et la réponse négligente du gouvernement de transition à cet incident. Le 9 octobre, des civils se sont fait tirer dessus et ont été renversés par les chars d'assaut de l'armée qui ont foncé sur la foule des manifestants, selon ce que rapportent le Réseau arabe d'information sur les droits de la personne (Arabic Network for Human Rights Information, ANHRI), l'Institut du Caire pour les études sur les droits de la personne (Cairo Institute for Human Rights Studies, CIHRS), l'Organisation égyptienne de défense des droits de la personne (Egyptian Organization for Human Rights, EOHR) et d'autres.

L'ANHRI, le CIHRS et le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) affirment que lors de ces manifestations, les médias favorables au gouvernement ont répandu de fausses nouvelles, rapportant notamment que des manifestants chrétiens tuaient des soldats à coups de pierre. Les radiodiffuseurs ont alors appelé leurs auditeurs et leurs téléspectateurs à se porter à la défense de l'armée.

« On peut établir un lien direct entre l'incitation ouverte des médias d'État à s'en prendre aux manifestants et les événements à Maspero - sans parler des affrontements sectaires qui ont suivi entre les manifestants et les résidents des environs », peut-on lire dans une déclaration conjointe signée par le CIHRS, l'ANHRI et d'autres groupes de défense des droits. « La télévision officielle d'État a jeté le professionnalisme par-dessus bord », ont-ils noté.

D'après un compte rendu de première main de l'écrivaine et manifestante copte Yasmine El-Rashidi, affectée par le groupe Index on Censorship, une foule de musulmans est descendue sur la scène armée de pierres, de gourdins et de cocktails Molotov et a participé au carnage.

Le cameraman Wael Yunna (aussi connu sous le nom de Wael Mikhail), qui couvrait les manifestations pour la station chrétienne Dogma TV, a été atteint d'un projectile à la tête, indique le CPJ. Le blogueur et activiste Mina Daniel compte également parmi les morts, rapporte l'Institut international de la presse (IIP).

Le jour des manifestations, les forces de sécurité sont descendues simultanément, à 19 heures, sur les radiodiffuseurs « Al-Hurra » et « 25 TV ». À « 25 TV », elles ont enfoncé les portes et défoncé les fenêtres, elles ont fouillé les installations et effrayé les journalistes pour obtenir des séquences montrant des manifestants, selon ce qu'a déclaré à l'ANHRI un présentateur de 25 TV. Reporters sans frontières (RSF) indique que les employés des deux stations ont été mis en joue.

Tandis que les émissions des stations étaient interrompues à 1 heure du matin, les raids ont été captés en direct. On peut voir ci-dessous l'attaque contre Al-Hurrah.



Les forces de sécurité ont coupé le courant, le téléphone et les communications par Internet du journal « Al-Shorouk », qui couvrait la mort des manifestations, selon ce que rapportent le CPJ et RSF.

Dans sa déclaration, l'ANHRI a violemment dénoncé la direction du gouvernement de transition, actuellement en charge de l'armée, de même que la loi d'urgence sur laquelle il s'appuie. « Le Conseil militaire doit écourter la phase de transition et transmettre rapidement le pouvoir à une autorité civile élue le plus tôt possible, parce que toutes les politiques du Conseil militaire ont échoué pendant cette phase critique », dit l'ANHRI.

Dans une série de recommandations, l'EOHR invite également le gouvernement à rédiger une nouvelle ébauche de loi sur les manifestations, qui « garantit le droit des citoyens de se rassembler de manière pacifique ».

Par ailleurs, un autre blogueur qui fait la grève de la faim depuis près de 60 jours serait à l'article de la mort, rapportent RSF et l'IIP. La condamnation en avril de Maikel Nabil Sanad à trois ans de prison pour « insulte à l'armée », a été cassée le 12 octobre par un tribunal militaire d'appel. Un nouveau procès est cependant en cours, lequel est boycotté par l'intéressé, indique l'IIP. RSF s'est joint aux membres égyptiens pour exiger la remise en liberté de Sanad, étant donné que son seul « crime » a été d'écrire un blogue sur lequel il disait que l'armée n'était pas du côté du peuple, opinion qui aujourd'hui apparaît prophétique compte tenu des actions de l'armée ces derniers mois.

Autre sujet de préoccupation, étant donné surtout les épreuves vécues par Sanad : RSF rapporte que plusieurs officiers de l'armée ont porté plainte au début octobre devant un tribunal militaire contre la blogueuse et activiste Asmaa Mahfouz et le militant Nour Ayman Nour.

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