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Le rédacteur en chef d'un hebdomadaire arrêté pour une enquête mettant en cause les pratiques d'une entreprise, deux autres journalistes recherchés pour la même raison et un journaliste libéré

(RSF/IFEX) - Reporters sans frontières a appris avec consternation l'arrestation, le 22 août 2008, d'Amare Aregawi, rédacteur en chef de l'hebdomadaire privé à grand tirage "Reporter", et son transfert illégal dans une prison à 750 km de la capitale, pour une affaire de prétendue "diffamation" contre une entreprise de brassage de bière.

"Le gouvernement éthiopien rappelle si souvent la presse à la loi qu'il est incompréhensible qu'il tolère que celle-ci soit ouvertement bafouée par le ministère public. De plus, la détention injustifiée d'Amare Aregawi montre toute l'inéquité d'une législation qui permet l'incarcération des journalistes dans les affaires de diffamation. Son journal a osé mettre en cause les pratiques d'une puissante entreprise. Son rédacteur en chef, après le journaliste auteur de l'article, paye aujourd'hui de sa liberté le courage d'avoir bien fait son métier et d'avoir servi l'intérêt public. Il doit être libéré au plus vite", a déclaré l'organisation.

Amare Aregawi a été arrêté à son bureau du siège de la société Media and Communication Center, propriétaire des célèbres hebdomadaires en amharique "Reporter" et en anglais "The Reporter", à Addis-Abeba, le 22 août en fin de journée, par une unité de la police régionale d'Amhara. Des journalistes présents au moment de l'arrestation ont déclaré à Reporters sans frontières que la police était également à la recherche du journaliste Teshome Neku et du rédacteur en chef adjoint, Eshete Assefa, absents à ce moment-là.

Amare Aregawi, ancien directeur de la télévision publique après la chute de la dictature du "Derg", a d'abord été conduit au quartier général de la police d'Addis-Abeba, avant d'être transféré à Gondar (Nord), une ville à 750 km de la capitale où se trouve le siège de la brasserie Dashen, qui a récemment porté plainte pour "diffamation" contre le journal.

Après trois jours de détention, le journaliste a comparu devant un tribunal de Gondar. Selon une source au sein du journal interrogée par Reporters sans frontières, il a refusé la libération sous caution proposée par le juge et acceptée par le procureur, estimant que sa détention à Gondar était illégale. La loi sur la presse éthiopienne, adoptée en juillet 2008, prévoit en effet que les affaires de diffamation soient jugées dans la juridiction où le délit a été commis. "Reporter" étant un journal dûment enregistré à Addis-Abeba, rien ne justifie le transfert du rédacteur en chef dans un endroit si reculé du pays.

Les poursuites ont été engagées après la publication, en juillet 2008, d'un article signé par Teshome Neku, un jeune journaliste de "Reporter", donnant la parole à deux employés de la brasserie Dashen estimant qu'ils avaient été licenciés abusivement. Quelques jours après la publication de l'article, le journaliste avait été arrêté et conduit à Gondar, puis libéré sous caution après trois jours de détention. Le juge devant lequel il avait comparu avait expliqué au procureur que le journaliste devait être poursuivi devant un tribunal d'Addis-Abeba, où l'hebdomadaire est légalement enregistré.

Le 20 juillet, "Reporter" avait publié un nouvel article sur les licenciements abusifs de salariés de la brasserie, donnant notamment la parole à deux responsables de la Confédération des associations d'employés éthiopiens (CEEA). Ils dénonçaient la dissolution du syndicat de la brasserie par la direction et le licenciement de son responsable. Dans cet article, les deux syndicalistes condamnaient également la formation d'un nouveau syndicat contrôlé par la direction et certaines pratiques illégales des patrons de la brasserie.

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