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La société est réduite au silence par la structure répressive de l'État; les médias indépendants sont bâillonnés à l'approche des élections

Le résultat de l'élection présidentielle en Éthiopie la semaine dernière n'a créé aucune surprise, le parti, déjà au pouvoir, du premier ministre Meles Zenawi ayant remporté à peu près chacun des sièges. Le harcèlement et l'intimidation des électeurs et des journalistes, ainsi que l'absence de médias libres et indépendants se sont profilés derrière cette belle victoire, selon ce que rapportent Human Rights Watch et l'Institut international de la presse (IIP).

Pendant le mois qui a précédé le jour du scrutin, le 23 mai, des officiels et des milices sont passés de maison en maison pour dire aux citoyens de voter pour le parti au pouvoir, sinon ils risquaient de perdre leur maison ou leur emploi. L'État a ensuite émis des codes de conduite pour les médias, ce qui a empêché les journalistes indépendants, locaux et étrangers, de s'adresser à qui que ce soit pendant la campagne électorale, y compris aux électeurs. Mais « les journalistes du gouvernement, eux, transmettaient en direct de l'intérieur des bureaux de vote », dit un journaliste local. Le Président Zenawi a créé, dit Human Rights Watch, un « appareil de contrôle insidieux » afin de conserver le pouvoir.

Après les dernières élections parlementaires de 2005, le gouvernement a brutalement réprimé les protestations qui ont suivi, faisant près de 200 morts, et arrêté des dizaines de milliers de personnes, dont des dirigeants de l'opposition, des journalistes et des activistes de la société civile.

Depuis, le gouvernement dirige le pays d'une main de fer, et fait appel à plusieurs stratégies pour faire taire la dissidence, restreindre les médias et la société indépendante, dit Human Rights Watch dans son rapport de mars 2010 intitulé « One Hundred Ways of Putting Pressure: Violations of Free Expression and Association in Ethiopia » (Cent façons d'exercer des pressions : Les violations de la liberté d'expression et d'association en Éthiopie). Les Éthiopiens ne peuvent parler librement et contester le gouvernement sans crainte de représaillles, dit le rapport.

Le harcèlement poussant les gens à voter pour le parti au pouvoir à l'élection de ce mois-ci était des plus intenses à l'endroit des gens vivant dans des logements qui appartiennent au gouvernement, et des résidents des quartiers pauvres. « L'intimidation des gens pour les pousser à s'inscrire et à voter pour le parti au pouvoir est omniprésente », a déclaré à Human Rights Watch un résident d'Addis Abeba, la capitale. « Si l'administration locale est contre vous, elle ne vous lâche jamais. Ils peuvent venir et vous embarquer à tout moment. »

Les reportages nous apprennent que les membres du parti gouvernemental scandaient des slogans contre Human Rights Watch lors d'un rassemblement la semaine dernière à Addis Abeba.

Les autorités ne négligent aucun effort pour éliminer les voix critiques. D'après l'IIP, deux membres de l'opposition ont été abattus par la police après l'élection. Les médias électroniques sont dirigés entièrement par l'État et l'autocensure est la norme chez les journalistes. En décembre 2009, le plus prestigieux journal indépendant a été fermé. Récemment, le gouvernement a entrepris de brouiller les émissions sur ondes courtes de la Voix de l'Amérique, et un grand nombre de publications fermées en 2005 sont toujours muettes.

Par ailleurs, les journalistes locaux continuent d'être arrêtés, harcelés et intimidés. Depuis 2005, plusieurs journalistes étrangers ont été détenus ou expulsés du pays pour avoir couvert des sujets délicats. Aussi, une loi antiterroriste aux contours vagues sert-elle à menacer de poursuites les défenseurs des droits et les journalistes. En 2009, plusieurs journalistes éthiopiens ont fui le pays; davantage d'activistes de la société civile et de journalistes sont partis ces derniers mois.

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