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La loi antiterroriste utilisée pour réprimer la dissidence

La journaliste détenue Reeyot Alemu
La journaliste détenue Reeyot Alemu

CPJ

Les autorités éthiopiennes ont détenu au secret une chroniqueuse de journal pendant au moins huit jours en vertu de ce qui semble être la loi antiterroriste d'Éthiopie, rapportent le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), Reporters sans frontières (RSF) et le Comité des écrivains en prison du PEN International (WiPC). Reeyot Alemu, collaboratrice attitrée à l'hebdomadaire indépendant « Feteh », a été arrêtée le 21 juin. Elle est le deuxième reporter à être épinglée et détenue sans motif en moins d'une semaine.

Les autorités n'ont pas indiqué la raison de l'arrestation d'Alemu, mais un juriste local (qui requiert l'anonymat par crainte des représailles du gouvernement) a déclaré au CPJ qu'elle avait été transférée et placée en détention préventive pour 28 jours - période minimale de la détention préventive aux termes de la loi antiterroriste d'Éthiopie de 2009.

Les journalistes locaux ont dit croire que l'arrestation d'Alemu pourrait être liée à ses chroniques dans lesquelles elle critique le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (Ethiopian People's Revolutionary Democratic Front, EPRDF), au pouvoir. Sa chronique publiée le 17 juin dans le « Feteh » critiquait les méthodes de financement public utilisées par l'EPRDF pour le projet de barrage d'Abay, et dressait des parallèles entre le Premier ministre Meles Zenawi et le dirigeant libyen Muammar Kadhafi, dit le CPJ.

Un autre journaliste, Woubshet Taye, rédacteur adjoint de l'hebdomadaire « Awramba Times », est détenu depuis le 19 juin, également au centre fédéral d'investigation de la prison Maekelawi d'Addis Abeba, dit le CPJ.

La loi antiterroriste, qui ratisse large, criminalise tout reportage que les autorités estiment « encourager » ou « apporter un soutien moral » aux groupes et aux causes auxquels le gouvernement accole l'étiquette « terroriste ». Lorsque la loi a été promulguée en 2009, les membres de l'IFEX ont exprimé leur inquiétude et fait valoir qu'elle deviendrait un outil puissant pour réprimer l'opposition politique et la critique légitime de la politique gouvernementale.

D'après le CPJ, la loi rend difficile pour les journalistes éthiopiens de couvrir les activités des personnalités d'opposition et des rebelles d'Éthiopie sans risquer les poursuites judiciaires et une peine de 20 ans d'emprisonnement - même si l'Éthiopie reçoit des éloges et de l'aide pour sa participation aux mesures américaines de lutte contre le terrorisme dans le pays voisin, la Somalie.

« L'ironie, c'est que le gouvernement se targue de ses efforts pour combattre les groupes terroristes, mais nous [les reporters] devrons y penser à deux fois avant d'écrire quoi que ce soit sur la question », dit un journaliste local qui requiert aussi l'anonymat par crainte des représailles du gouvernement.

Récemment, le lendemain du jour où la Secrétaire d'État des États-Unis Hillary Clinton s'est rendue dans la capitale, Addis Abeba, le Parlement, que contrôle l'EPRDF, a désigné formellement cinq groupes comme entités terroristes : al-Qaïda; le groupe islamiste militant somalien al-Shabaab, partisan de la ligne dure; les groupes séparatistes éthiopiens du Front national de Libération de l'Ogaden (Ogaden National Liberation Front, ONLF) et du Front de Libération de l'Oromo (Oromo Liberation Front, OLF), ainsi que Ginbot 7, parti politique interdit lancé par le dirigeant d'opposition Berhanu Nega, basé aux États-Unis.

Le WiPC laisse entendre que l'arrestation de Taye pourrait être liée à la sympathie qu'il éprouverait pour Ginbot 7. Le journal « Awramba Times » assure une couverture politique en profondeur.

Human Rights Watch rapporte qu'en mars de cette année, plus de 100 Éthiopiens d'ethnie oromo ont été accusés d'appartenir à l'OLF et ont été détenus sans procès après des arrestations de masse. Les reportages sur les arrestations diffusés par le service en langue amharique de la Voix de l'Amérique ont été brouillés par le gouvernement, ce qui suscite encore davantage la crainte que les rafles soient de nature politique.

Dans une affaire ayant un lien avec ce qui précède, l'Association des journalistes de la presse libre d'Éthiopie (Ethiopian Free Press Journalists' Association, EFJA) a mis au jour des preuves qui démontrent que la Chine fournit aux autorités éthiopiennes de l'aide technologique, de la formation et une assistance technique pour leur permettre de brouiller les signaux de dizaines de radiodiffuseurs, dont la Voix de l'Amérique.

Selon le CPJ, le gouvernement éthiopien vise depuis longtemps les médias internationaux parce qu'ils assurent une couverture des activités des groupes terroristes. En 2009, le gouvernement éthiopien est allé jusqu'à accuser le radiodiffuseur Nation Television (NTV), basé au Kenya, de fournir une plateforme aux groupes terroristes de la Corne de l'Afrique parce qu'il avait diffusé un reportage sur l'OLF. En 2008, les autorités ont accusé Al Jazira de donner une « aide directe et indirecte à des organisations terroristes » après que la chaîne eut diffusé un reportage exclusif sur l'ONLF. En 2007, trois journalistes du « New York Times » ont été détenus pendant cinq jours parce qu'ils avaient réalisé un reportage sur l'ONLF.

Promulguée en juillet 2009, la loi antiterroriste contient une définition trop étendue de ce qui constitue des actes de terrorisme, qui pourrait servir à réprimer les protestations non violentes, et accorde à la police des pouvoirs très étendus de fouille, de saisie et d'arrestation. La loi prévoit en outre des peines d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à 20 ans, et prévoit la détention des personnes « soupçonnées de terrorisme » pendant une période qui peut aller jusqu'à quatre mois sans que des accusations ne soient portées.

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Le dissident saoudien @AliAlAhmed_en contacté par de faux journalistes via des emails frauduleux https://t.co/UpukKTT1lf