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Un reporter dont le nom est mentionné dans un document coulé par WikiLeaks s'enfuit tandis que s'abat la répression contre la dissidence

Un journaliste éthiopien a dû fuir le pays au début du mois après que son nom eut été mentionné dans un câble diplomatique coulé par WikiLeaks. C'est la première fois qu'un câble ayant fait l'objet d'une fuite a des répercussions directes pour un journaliste, indique le Comité pour la protection des journalistes (CPJ). Cette affaire s'inscrit dans le cadre de la répression grandissante de la dissidence en Éthiopie, selon ce qu'affirment le CPJ et d'autres groupes membres de l'IFEX.

Argaw Ashine, correspondant local du groupe de presse kenyan « Nation Media Group », a déclaré au CPJ qu'il était contraint de fuir après avoir été interrogé trois fois en septembre à propos de l'identité d'une source gouvernementale mentionnée dans un câble américain de 2009. WikiLeaks a publié récemment, sans les expurger, la totalité de ses archives qui contiennent 251 000 câbles, lesquels désignaient nommément des sources que les organisations de médias partenaires ont expurgées.

« La menace que nous cherchions à éviter en expurgeant les câbles originaux de WikiLeaks est maintenant bien réelle. Une citation dans l'un ou l'autre de ces câbles peut facilement donner aux gouvernements répressifs le prétexte parfait pour persécuter ou punir des journalistes et des activistes », dit le directeur général de CPJ, Joel Simon. « WikiLeaks doit assumer la responsabilité de ses actes et faire tout en son pouvoir pour atténuer le risque pour les journalistes identifiés dans ses câbles. WikiLeaks doit instaurer des systèmes pour faire en sorte que de telles divulgations ne se reproduisent pas. »

WikiLeaks a répliqué que le CPJ faisait une déclaration trompeuse, car Ashine n'était pas identifié comme étant l'informateur de l'ambassade des États-Unis, et qu'« aucune source journalistique n'était nommée ».

« Bien qu'il soit terrible pour un journaliste de juger nécessaire de quitter son pays pendant un certain temps, il n'est pas bon non plus pour le CPJ de déformer les faits à des fins de marketing », fait valoir WikiLeaks.

Le câble de 2009 coulé disait que Ashine avait reçu d'une source officielle non identifiée que le gouvernement allait viser six journalistes du « Addis Neger », le principal journal indépendant du pays, connu pour son attitude critique à l'égard du gouvernement. Ce journal a fermé ses portes vers la fin de cette année-là, alléguant la crainte d'arrestations et de poursuites en vertu d'une loi antiterroriste aux pouvoirs tentaculaires, dit le CPJ.

Les officiels éthiopiens nient que Ashine ait subi des pressions pour l'inciter à désigner une source, et nient obstinément tout plan de censure du journal « Addis Neger », selon ce qu'indiquent les dépêches.

Toutefois, dit le CPJ, le 8 septembre les interrogateurs de la police ont dit à Ashine qu'il avait 24 heures pour révéler sa source au gouvernement éthiopien, sinon il devrait en subir les conséquences.

« Ce n'était pas une menace faite à la légère », dit le CPJ. « Au moins six journalistes ont été détenus récemment en vertu de la loi antiterroriste du pays, particulièrement draconienne. Ils risquent 20 ans de prison. »

Parmi ces journalistes arrêtés le 14 septembre se trouve l'éditeur Eskinder Nega, accusé de participation à un complot terroriste.

Une autre personne arrêtée, Sileshi Hagos, couvrait les histoires concernant le groupe politique « Ginbot 7 » avant que celui-ci ne soit interdit comme organisation terroriste.

Les arrestations de mercredi font suite à des dizaines d'autres arrestations et détentions effectuées ces dernières semaines en lien avec le terrorisme, notamment celles de deux journalistes suédois retenus sans jugement pendant plus de deux mois.

Selon Amnistie Internationale, 100 membres de l'opposition en Éthiopie et cinq journalistes ont été arrêtés depuis mars, tous sous des inculpations de terrorisme.

« La récente vague d'arrestations indique une extension de la répression contre la dissidence de la part des autorités éthiopiennes », dit Human Rights Watch. Les détentions ne sont qu'« un dernier rappel qu'il est très dangereux de critiquer le gouvernement en Éthiopie ».

« Les gens en ont soupé à cause de la situation sociale, économique et politique, et ils suivent aussi de près ce qui se passe en Afrique du Nord et dans les pays arabes... et les gens disent : “À quand notre tour ? Quand allons-nous descendre dans la rue ?” », a dit à l'AP un officiel d'un parti d'opposition éthiopien, Negasso Gidada.

« Cette position est tellement forte dans le pays, chez les gens, que bientôt cela va exploser, et le gouvernement a peur de ça, et en arrêtant des membres et les dirigeants des partis politiques, le gouvernement pense prendre des précautions contre tout cela », dit-il.

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