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Un journaliste risque la peine de mort au prononcé du verdict

Lennart Kjörling

Un verdict est prévu le vendredi 11 mai dans le procès du journaliste éthiopien Eskinder Nega et d'autres activistes accusés d'incitation au terrorisme, selon ce que rapportent le Centre américain du PEN International et d'autres groupes membres de l'IFEX, avec lesquels Nega a collaboré. S'il est reconnu coupable, Nega risque la peine de mort.

Nega a été arrêté en septembre 2011 en raison d'un article dans lequel il remettait en question l'arrestation de journalistes et de l'acteur Debebe Eshetu aux termes de la législation anti-terroriste extrêmement étendue du pays, législation en vertu de laquelle il est lui-même traduit devant les tribunaux. Ces lois criminalisent tout reportage dont on estime qu'il « encourage » ou « apporte un soutien moral » à des groupes et à des causes que le gouvernement considère comme « terroristes ».

Nega a été accusé d'affiliation avec le parti politique Ginbot 7, interdit, et d'avoir reçu d'Érythrée des armes et des explosifs afin de perpétrer des actes terroristes en Éthiopie.

Il compte parmi cinq journalistes - dont deux reporters suédois - incarcérés en vertu des lois antiterroristes dont le gouvernement éthiopien, préoccupé par les manifestations du Printemps arabe de l'an dernier, se sert de plus en plus pour étouffer le journalisme indépendant, d'après le Centre américain du PEN International et le Comité pour la protection des journalistes (CPJ). Environ 150 journalistes éthiopiens vivent en exil - plus que de tout autre pays du monde, dit le CPJ.

Nega et sa femme Serkalim Fasil, aussi journaliste, sont restés dans la capitale, Addis Abeba. En 2005, ils ont été incarcérés ensemble à la prison de Kaliti pour trahison à cause de leur couverture d'une élection parlementaire contestée. Le fils du couple, aujourd'hui âgé de 7 ans, est d'ailleurs né en prison.

Après que les manifestations eurent commencé à se répandre à travers le monde arabe, Fasil a déclaré au « New York Times » que la police avait commencé à menacer son mari. Elle a ajouté que la police avait prévenu que s'il continuait à couvrir les manifestations et la politique de l'opposition en Éthiopie, il se trouverait à contrevenir à la loi et pourrait être passible de la peine de mort. « Avec ce genre de menace, vous ne pouvez travailler comme journaliste », dit-elle.

Mais Nega - qui a déjà été emprisonné au moins six fois sous le Premier ministre Meles Zenawi en raison de son travail de journaliste - a continué à écrire. Son attitude de défi en faveur des droits de la personne en Éthiopie lui a valu unprix prestigieux de la liberté de la presse de la part du Centre américain du PEN International. Le PEN a déclaré que la récompense contituait autant une reconnaissance de son travail passé qu'une tentative pour faire pression sur le gouvernement éthiopien afin qu'il cesse ses poursuites contre les journalistes.

Trente-deux groupes membres de l'IFEX se sont aussi prononcés contre l'emprisonnement par l'Éthiopie des journalistes et d'autres critiques sur des charges de terrorisme, et ont demandé leur remise en liberté immédiate.

L'Institut international de la presse (IIP) a demandé pour sa part à vingt de ses Héros de la Liberté de la presse - journalistes courageux de renommée mondiale - de condamner son emprisonnement.

Les autorités semblent maintenant resserrer leur emprise sur les médias locaux. Encore la semaine dernière, Temesgen Desalegn, un autre éditeur local, a été condamné à 2 000 birrs (114 $US) d'amende pour les « reportages biaisés » sur le procès publiés dans son journal, rapporte l'IIP.

Les membres de l'IFEX font valoir que les gouvernements occidentaux sont peu susceptibles de faire pression sur Zenawi sur la question des violations des droits de la personne en Éthiopie, partenaire stratégique de l'Ouest dans la lutte contre le terrorisme et l'instabilité dans la Corne de l'Afrique.

« Mais pouvez-vous vraiment être couronné “champion du développement” si vous enfermez tous ceux qui vous critiquent ? », demande Tom Rhodes, correspondant africain du CPJ. « Les Éthiopiens et la communauté internationale ne pourront jamais déterminer vraiment si le premier ministre est un “défenseur de l'État de développement” si seuls les béni-oui-oui et les partisans aveugles sont autorisés à parler de ses réalisations. »

Joignez-vous à l'appel en faveur de la libération de Nega en signant la pétition du PEN.

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