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Des journalistes risquent la prison à vie en vertu d'accusations bidon de terrorisme

L'écrivain et journaliste emprisonné Eskinder Nega, avec sa femme, la journaliste Serkalem Fasil
L'écrivain et journaliste emprisonné Eskinder Nega, avec sa femme, la journaliste Serkalem Fasil

Serkalem Fasil

Un journaliste en Éthiopie et un autre au Burundi risquent de passer le reste de leurs jours derrière les barreaux après des verdicts choquants dans des affaires sans lien entre elles, mais qui ont été jugées sur la base d'accusations presque identiques de lutte contre le terrorisme, selon ce qu'indiquent les membres de l'IFEX.

Aujourd'hui même, le journaliste éthiopien bien connu Eskinder Nega a été reconnu coupable dans un procès que 10 groupes qualifient à l'unisson de « criminalisation de la dissidence non violente en Éthiopie ». Et la semaine dernière, un journaliste de la radio au Burundi, Hassan Ruvakuki, a été condamné à la prison à vie, dit Reporters sans frontières (RSF).

Le 27 juin, la Haute cour d'Addis Abeba a trouvé Nega coupable de « participation à une organisation terroriste » et d'avoir « planifié, préparé, conspiré, incité et tenté de commettre un acte terroriste », peut-on lire dans une déclaration conjointe des 10 groupes, parmi lesquels se trouvent cinq membres de l'IFEX - le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), Human Rights Watch, l'Institut international de la presse (IIP), le Centre américain du PEN International et l'Association Mondiale des Journaux et des Éditeurs de Médias d'Information (WAN-IFRA).

Nega a été reconnu coupable en compagnie de 24 autres personnes, dont huit seulement ont comparu devant le tribunal, notamment le politicien d'opposition Andulalem Arage. Ils doivent connaître leur sentence le 13 juillet et sont tous passibles de la prison à vie.

D'après la Fédération internationale des journalistes (FIJ), lorsqu'il a annoncé sa décision, le juge Endeshaw Adane a déclaré : « La liberté de parole peut être limitée lorsqu'elle sert à miner la sécurité et non pas à servir l'intérêt public ». ARTICLE 19 rapporte que Nega et Arage « étaient accusés d'utiliser dans les médias des exemples tirés des soulèvements du printemps arabe afin de promouvoir en Éthiopie des protestations hostiles au gouvernement. »

Nega a été jeté en prison en septembre 2011 peu après avoir critiqué le recours par le gouvernement aux lois anti-terroristes pour emprisonner les journalistes locaux et deux journalistes suédois, qui avaient été arrêtés tandis qu'ils couvraient les activités des rebelles.

Les membres de l'IFEX rapportent que Nega est le cinquième journaliste à être incarcéré en Éthiopie au cours des six derniers mois pour des crimes liés au terrorisme. Nega « est depuis longtemps une épine au pied du gouvernement éthiopien », font observer les 10 groupes dans leur déclaration conjointe.

Après les élections de 2005, lui et sa femme, la journaliste Serkalem Fasil, ont été emprisonnés pendant 17 mois, pendant lesquels leur fils est né en prison. Leur maison d'édition a été fermée et Nega a depuis été interdit de pratiquer le journalisme, mais a continué à écrire pour des médias en ligne. Nega a remporté en avril le prestigieux Prix PEN/Barbara-Goldsmith de 2012 pour la Liberté d'écrire.

Hassan Ruvakuki
Hassan Ruvakuki

RSF

Dans une autre affaire distincte le 20 juin au Burundi, la Haute cour de la ville de Cankuzo, dans l'est du pays a condamné Ruvakuki à la prison à vie après l'avoir trouvé coupable de « participation à des actes de terrorisme », en même temps que 13 autres prévenus, selon RSF et d'autres groupes membres de l'IFEX. Ruvakuki est reporter à Bonesha FM et au service en swahili de Radio France Internationale (RFI), chaîne financée par le gouvernement français, ce qui explique pourquoi RSF et RFI ont entrepris conjointement une mission d'observation du procès dans cette affaire.

Les charges contre Ruvakuki avaient trait à un attentat terroriste commis en septembre 2011 près de la frontière de la Tanzanie, rapporte ARTICLE 19. En novembre 2011, le journaliste s'est rendu dans une zone contrôlée par des rebelles près de la frontière du Burundi et de la Tanzanie, où il a interviewé Pierre Claver Kabirigi, un ancien officier de la police qui affirmait être le chef d'un nouveau groupe rebelle. Selon le CPJ, Ruvakuki a été arrêté à son retour et interrogé « sur ses liens allégués avec le groupe rebelle ».

Selon Gabriel Baglo, de la FIJ, le journaliste ne faisait que son travail et « ne s'est jamais livré à des actions illégales visant à mettre en danger la vie de citoyens burundais... Il ne doit pas être condamné sur la foi de ces accusations de terrorisme fabriquées de toutes pièces. »

On dit que le droit de Ruvakuki à un procès libre a été violé. « Les juges étaient tendancieux et incompétents, ses droits à une défense pleine et entière ont été violés et la sentence avait été décidée à l'avance sur la base d'arguments fallacieux. Tout donne à penser qu'il s'agissait de représailles politiques », disent RSF et RFI, qui font remarquer que la sentence survient « au moment même où une loi conçue pour protéger les journalistes de l'incarcération est sur le point d'être adoptée ».

Les deux groupes constatent en outre le moment malencontreux où survient cette condamnation, indiquant que « le Burundi s'apprête à célébrer le 50e anniversaire de son indépendance le 1er juillet, mais la fête annoncée par les autorités est déjà gâchée ».

Dernier Tweet :

He reported threats against his life. This week, he became the ninth journalist killed in Mexico this year… https://t.co/q1X9qT2yVF