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Deux jours d'interrogatoire d'un journaliste à la DST

(RSF/IFEX) - Ci-dessous, un communiqué de presse de RSF daté du 7 décembre 2007:

Deux jours d'interrogatoire d'un journaliste à la DST: éléments sur une garde à vue inédite

Certes, Guillaume Dasquié est désormais libre. Dans la soirée du 6 décembre 2007, au terme de près de deux jours d'une garde à vue des plus inhabituelles, ce journaliste spécialisé dans les dossiers impliquant la raison d'Etat a pu regagner son domicile et rejoindre sa famille. Mais les heures passées dans les locaux de la Direction de la surveillance du territoire (DST), au cours desquelles il a été menacé d'être placé en détention provisoire, resteront longtemps dans sa mémoire.

"Le recours à la pression psychologique et au chantage à la détention pour forcer un journaliste à révéler ses sources est scandaleux. Comme il l'indique lui-même avec pertinence, cela revient à contourner l'article 109 du Code de procédure pénale, qui prévoit que tout professionnel des médias interrogé sur l'origine de ses informations a le droit le plus strict de garder le silence. Nous condamnons ces pratiques choquantes. Les journalistes ne sauraient être assimilés à des délinquants et ne sont pas responsables des fuites dans l'administration", a déclaré Reporters sans frontières.

Une fois sa liberté recouvrée, Guillaume Dasquié s'est confié à l'organisation. Récit d'une garde-à-vue particulière.

Le 5 décembre 2007, vers 8 heures du matin, six inspecteurs de la DST se présentent au domicile parisien du journaliste cofondateur du site Géopolitique.com ( http://www.geopolitique.com ), pour procéder à sa perquisition. Celle-ci dure cinq heures. Dès le début de cette dernière, qui ne peut légalement excéder 48 heures, le journaliste est placé en garde à vue. A la mi-journée, le journaliste est conduit à la DST. Commence alors un compte-à-rebours au cours duquel des pressions ont été exercées sur le journaliste pour qu'il révèle ses sources. En vain.

Au siège de la DST, les questions succèdent aux questions. Guillaume Dasquié comprend vite que les inspecteurs recherchent une chose: l'origine de la fuite ayant permis au journaliste d'entrer en possession de documents confidentiels reproduits dans un article du quotidien Le Monde du 17 avril 2007, ainsi que dans un autre publié en juin sur le site Géopolitique.com, intitulé "La note de la DGSE sur les ressources d'Oussama bin Laden".

Mais l'on sort rapidement du cadre habituel de la garde-à-vue. Guillaume Dasquié a confié à Reporters sans frontières que le substitut du procureur, Alexandre Plantevin, s'est rendu dans les locaux de la DST pour s'entretenir à huis-clos avec lui. Comme il ne plie pas, pensant qu'il s'agit d'un bluff, il est temps d'augmenter la pression d'un cran. A partir du deuxième jour, c'est le sous-directeur de la DST lui-même, Gilles Gray, qui prend en main l'affaire et supervise l'interrogatoire du journaliste récalcitrant.

Celui-ci est alors menacé d'être placé en détention provisoire s'il ne révèle pas sa source principale. Mais Guillaume Dasquié résiste et celle-ci reste inconnue des inspecteurs. A 16 heures, le rythme s'accélère. Une réunion téléphonique hors procédure s'organise. Elle associe Gilles Gray et le substitut du procureur. Guillaume Dasquié se voit confirmer le marché qu'on lui a proposé et qu'il a détaillé à Reporters sans frontières: soit il donne des noms, soit il sera placé en détention provisoire, ce que le substitut, appelé pour la circonstance, lui confirme. "Tous ces entretiens visaient à contourner l'article 109 du Code de procédure pénale. En contrepartie de quoi on me permettrait de rester libre. Mais j'ai réussi à protéger ma source principale. Son nom n'est pas sorti", a affirmé le journaliste à Reporters sans frontières.

Dans la soirée, Guillaume Dasquié a finalement été présenté à un magistrat qui lui a signifié sa mise en examen et son placement sous contrôle judiciaire. Il a pu retrouver ses proches et attend désormais sa convocation devant le juge antiterroriste chargé de l'information judiciaire, Philippe Coirre. Mais il lui est désormais interdit d'entrer en contact avec des membres de la DGSE, ce qui compromet gravement sa capacité à poursuivre son travail de journaliste spécialisé sur la raison d'Etat.

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