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Climat décidément dégradé pour la presse à Dijon

(RSF/IFEX) – le 20 mars 2012 – Reporters sans frontières apporte tout son soutien à la rédaction de La Gazette de la Côte d'Or, dont le procès en diffamation intenté par le député Bernard Depierre s'ouvre le 20 mars 2012 devant la 17e chambre du Tribunal de grande instance de Paris.

« Par un ironique retournement de situation, c'est aujourd'hui La Gazette qui se trouve sur le banc des accusés pour avoir dénoncé les pressions dont elle est victime de la part du député Depierre. C'est le monde à l'envers. Espérons au moins que le procès sera l'occasion d'évoquer au grand jour des pratiques récurrentes et inacceptables. Nous sommes véritablement inquiets quant au climat délétère qui se développe entre une partie du pouvoir politique et de la presse locale à Dijon comme dans quelques autres villes de France », a déclaré Reporters sans frontières.

Bernard Depierre accuse La Gazette de diffamation à son égard sur la base de cinq points des articles compilés le 1er décembre 2011 sous le titre « Qui est vraiment Bernard Depierre ? ». Le journaliste Jérémie Demay y revenait notamment sur des menaces qu'aurait proférées le député, notamment à l'encontre de son directeur de publication, Thomas Barbier. « Sur la forme, l'article incriminé n'outrepasse pas la liberté de ton que doit tolérer un personnage public », a estimé l'organisation.

Le procès qui s'ouvre aujourd'hui est la dernière étape d'un long contentieux entre le député (UMP) de la 1ère circonscription de Dijon et l'hebdomadaire gratuit La Gazette de la Côte d'Or, créé il y a neuf ans.

Plusieurs sources ont alerté Reporters sans frontières de pressions croissantes pesant sur le journal depuis septembre 2011, lorsque La Gazette a relaté le conflit opposant devant les prud'hommes Bernard Depierre et son ancienne attachée parlementaire, Stéphanie Marquand. Début octobre, le député interpelle agressivement Thomas Barbier, en public, en lui enjoignant de cesser de couvrir cette affaire « privée ». Devant le refus du patron de presse qui lui rappelle qu'il est l'un des élus les plus importants du département et donc un homme public, le député se fait menaçant : « Je vous interdis d'en parler. Si vous le faites, je m'occuperai personnellement de vous et de votre journal. »

Le 24 novembre 2011, ayant remarqué la présence à la session prud'hommale du journaliste Jérémie Demay, M. Depierre adresse à Thomas Barbier un SMS ainsi libellé : « Mon affaire de prud'hommes passe aujourd'hui. C'est privé, je compte sur vous. Cordialement, B. Depierre ». Un article paraît pourtant le lendemain. Le 26 novembre, après le match de basket Dijon/Pau, Bernard Depierre interpelle à nouveau violemment Thomas Barbier. Ce dernier se trouve dans l'obligation de solliciter l'intervention d'un vigile.

Là encore, l'incident est relaté dans La Gazette. Dans la semaine du 1er décembre, des milliers d'exemplaires du journal gratuit disparaissent simultanément de plusieurs présentoirs à Dijon.

« Nous commençons à être très inquiets de ces méthodes et autres pressions. Notre rédaction ne parvient plus à travailler de manière aussi sereine qu'auparavant », avait alors déclaré Thomas Barbier à Reporters sans frontières.

Contacté au téléphone par l'organisation, M. Depierre s'est refusé à tout commentaire. « Je ne souhaite rien ajouter maintenant que le dossier est entre les mains de la justice, a-t-il déclaré. Je regrette cette situation. Je n'attends aucune compensation outre la reconnaissance que j'ai été diffamé. »

Il y a un peu plus d'un an, Reporters sans frontières s'était déjà émue du climat délétère régnant sur la presse à Dijon. Dans le rapport qu'elle a récemment consacré à l'état de la liberté de la presse en France, l'organisation s'est inquiétée du fait que « certains journalistes ne sont pas les bienvenus » dans quelques municipalités telles qu'Orléans.

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