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Mobilisation des "Gilets jaunes" : RSF s'inquiète de la persistance d'un climat anti-médias et des violences contre les journalistes

Des journalistes sont interpellés par les manifestants
Des journalistes sont interpellés par les manifestants "Gilets Jaunes", à Bordeaux, France, 29 décembre 2018

MEHDI FEDOUACH/AFP/Getty Images

Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 2 janvier 2019.

L'acte VII du mouvement des "Gilets jaunes" a de nouveau donné lieu à de multiples agressions à l'encontre des journalistes, tant de la part des manifestants que des forces de l'ordre. En plus de ces violences, plusieurs rassemblements anti-médias ont eu lieu devant les studios de BFMTV et de France Télévision. Alors que la poursuite du mouvement est actuellement en discussion pour 2019, Reporters sans frontières (RSF) appelle à l'arrêt de ces violences.

Depuis le début de la mobilisation des "Gilets jaunes" mi-novembre 2018, les manifestations hostiles aux médias, les violences de la part de policiers et de manifestants à l'encontre des journalistes se sont multipliées. L'acte VII du mouvement n'a pas échappé à la règle, puisque, ce 29 décembre, plusieurs centaines de manifestants s'étaient rassemblés devant les studios de BFMTV et de France Télévision, scandant des slogans tels que "BFM fake news" et "journalistes collabos".

Plusieurs journalistes et photographes ont également subi des attaques verbales et physiques, tandis que d'autres ont vu leur matériel confisqué. A Rouen, Simon Louvet, un journaliste du site d'information régional 76actu a été pris à partie par les forces de l'ordre alors qu'il filmait une interpellation musclée. Sur son fil Twitter, il relate qu'un policier l'a "ciblé avec son flashball" et qu'une policière lui a mis "un coup de matraque sur la main gauche". Le groupe Publihebdos, dont fait partie le média, a fermement condamné dans un communiqué de presse "un acte de violence policière inacceptable". Thibaud Moritz, photographe pour Libération, affirme avoir été visé par un flashball alors qu'il couvrait la manifestation à Bordeaux. Jérémie Lusseau, photographe pour le studio Hans Lucas, témoigne lui aussi avoir été directement menacé par des policiers alors qu'il photographiait une violente arrestation : "le prochain, c'est toi, je vais démolir ta gueule et ton appareil", lui ont-ils déclaré.

Plus tôt dans la semaine, en Normandie, à un rond-point, deux jeunes journalistes ont également été empêchés de filmer par les forces de l'ordre qui ont saisi leur matériel. En le récupérant au commissariat voisin, les deux journalistes ont été témoins d'une interpellation musclée qu'ils ont également voulu filmer avant d'être contraints, sous la menace, d'effacer les images. Décidés à porter plainte, les deux journalistes ont dû essuyer un premier refus, le commissariat refusant de prendre leur plainte, avant qu'un second accepte finalement de l'enregistrer.

"RSF dénonce ces nouvelles agressions verbales et physiques à l'encontre des journalistes, tant de la part des manifestants que des forces de l'ordre, déclare RSF. Les journalistes se retrouvent pris en étau entre les violences de certains gilets jaunes et celles de policiers, alors qu'ils ne font qu'exercer leur mission d'information. Si le mouvement venait à se prolonger, les journalistes doivent pouvoir continuer à être témoins de cette mobilisation sans craindre pour leur sécurité."

Certains professionnels des médias ont également dû interrompre leurs reportages, forcés par des manifestants de quitter les lieux. C'est le cas de journalistes de CNEWS et de France Bleu Gironde, expulsés manu militari du cortège à Bordeaux par des "gilets jaunes".

Mécontents de la couverture du mouvement faite par certains médias, un groupe d'une vingtaine de manifestants sont même allés jusqu'à bloquer l'imprimerie du groupe Sipa Ouest France mercredi 26 décembre, au sud de Nantes. Réussissant ainsi à empêcher la sortie des camions de livraison des journaux, plus de 180 000 exemplaires de Ouest-France, Presse Océan et du Courrier de l'Ouest n'ont pu être distribués. La direction du groupe de presse a condamné "avec force cette action inédite qui porte gravement atteinte à la liberté de la presse et à la démocratie".

Les menaces ont aussi pris de l'ampleur sur les réseaux sociaux. Après avoir commis une erreur lors d'un duplex sur les Champs-Elysées, et malgré des excuses publiques, le journaliste de BFMTV Barthélémy Bolo a déposé plainte, car il est depuis visé par une campagne de harcèlement et reçoit insultes et menaces de mort.

La France est à la 33e place du Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières en 2018.

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