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Le signal de TV+ coupé pendant le scrutin

(JED/IFEX) - Journaliste en danger (JED), organisation indépendante de défense et de promotion de la liberté de la presse, basée à Kinshasa (RD Congo), et Réseau d'alertes de l'OMAC (Organisation des médias d'Afrique Centrale dont le Gabon est membre), a suivi avec intérêt le déroulement, dimanche 30 août 2009, du scrutin à un tour de l'élection présidentielle au Gabon; particulièrement concernant la possibilité pour les journalistes et les médias de faire leur travail en toute liberté et sécurité.

JED constate avec regret qu'avant et pendant le scrutin, des multiples restrictions ont été imposées aux médias nationaux et internationaux, et ont culminé par la coupure méchante du signal d'une chaîne de télévision privée (TV+), privant ainsi des milliers des gabonais de leur droit à l'information diffusée par cette chaîne.

JED considère que toutes les entraves constatées à la libre circulation de l'information ainsi que les manoeuvres diverses d'intimidations des journalistes sont des signaux négatifs qui indiquent que les autorités gabonaises n'ont pas voulu jouer la transparence lors de cette élection importante.

Alors que tout le monde sent monter la tension de l'attente des résultats de l'élection du dimanche, JED demande au gouvernement en place à Libreville, ce qui suit:
1. De desserrer l'étau autour des médias en levant sans plus attendre la mesure de suspension qui frappe la chaîne privée de télévision TV+;
2. De garantir aux médias, dans la capitale et dans les provinces du pays, leurs droits de diffuser et de commenter les résultats provisoires, et même définitifs, publiés par diverses sources;
3. D'assurer la protection physique des journalistes dans la couverture de toutes les activités et manifestations post-électorales, en cas de débordement.

Pour rappel, et selon plusieurs sources, le signal de TV+, une chaîne de télévision privée émettant sur satellite à partir de Libreville, capitale de la République du Gabon, et appartenant à M. André Mba Obame, ex-ministre de l'Intérieur et candidat à la présidentielle 2009, a été coupée, dimanche 30 août 2009 à 17 heures locales sur l'ensemble du pays sur ordre du Conseil National de la Communication (CNC). Ce dernier reproche à TV+ la diffusion, après la campagne électorale d'un film d'archive montrant le défunt président Omar Bongo dans une émission intitulée "Le Débat" lors des présidentielles de 2005.

Dans l'extrait incriminé, le président Bongo Ondimba répondant à une question de journaliste avait rejeté la possibilité de désigner un dauphin ou un successeur.

Pour justifier cette sanction, le Président du CNC Emmanuel Ondo Methogo, a déclaré, dimanche 30 août 2009, à la télévision publique RTG1, s'être personnellement rendu dans l'après-midi au siège de TV+ pour demander l'arrêt de la diffusion des images du président décédé.

Joint au téléphone par JED, M. Jean Yves Ntoutoume, secrétaire général adjoint de l'OMAC, a déclaré que le président du CNC a "joué au malin" en faisant semblant de venir avertir la TV+ de ne plus diffuser, le jour de vote, les images propagandistes du feu président Omar Bongo puisque moins de deux heures après son passage au siège de TV+, le signal de cette télévision a été coupé.

Selon plusieurs sources contactées par JED, l'émetteur de TV+ qui se trouve à la Cité de la Démocratie (ouest de Libreville), est, depuis lors, sous la surveillance de la Garde républicaine qui dépend du ministère de la Défense.

Concernant les restrictions imposées aux médias étrangers, "L'Express", hebdomadaire français, a vu la demande d'accréditation de son journaliste pour couvrir l'élection présidentielle gabonaise refusée par Mme Laure Olga Gondjout, Ministre gabonaise de la Communication. Cette décision serait motivée, selon certaines sources, par une vieille brouille opposant des autorités gabonaises à ce média depuis la publication, en novembre 2005, d'un article relatant les dessous de la campagne électorale du président disparu Omar Bongo Odimba.

Dans une lettre ouverte adressée, jeudi 27 août 2009, à Mme Gondjout, le journaliste Vincent Hugeux à qui a été refusée l'accréditation, a qualifié cette décision d'arbitraire en considérant qu'elle remettait en question la liberté d'expression et la transparence du processus électoral au Gabon.

Lors de son Conseil des ministres du mercredi 26 août 2009, le gouvernement gabonais avait adopté un ensemble de mesures visant, selon lui, à sécuriser et réglementer l'accès aux bureaux de vote. Parmi ces mesures figurait notamment la limitation de l'accès des journalistes dans les différents bureaux de vote. Le Conseil avait demandé à ces derniers de n'y accéder que de manière passagère et non d'une façon permanente. Seuls les médias publics étaient autorisés à communiquer de manière officielle les résultats à partir des données fournies par le ministère de l'Intérieur. Il en est de même des opérations de dépouillement auxquels les journalistes ne peuvent assister qu'en se tenant à l'extérieur des bureaux.

Eu égard de tout ce qui précède, JED condamne toutes les manœuvres contre la liberté de la presse orchestrées par le gouvernement gabonais, sous couvert du CNC et qui remettent en cause sa neutralité et sa crédibilité. A l'instar de plusieurs autres observateurs, JED considère qu'en violant délibérément la liberté de la presse, le gouvernement incite l'opinion, au minimum à douter de la crédibilité des résultats attendus de ce scrutin.
De quoi discutent les autres membres de l'IFEX

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