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Gabon : RSF dénonce une "inquiétante érosion de la liberté de la presse"

Un vendeur des journaux à Libreville, Gabon, le 29 août 2016
Un vendeur des journaux à Libreville, Gabon, le 29 août 2016

MARCO LONGARI/AFP/Getty Images

Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 14 novembre 2018.

La Haute autorité de la communication (HAC) du Gabon a suspendu un journal pour trois mois et son rédacteur en chef pour six mois après la publication d'un article concernant la santé du président Ali Bongo. Reporters sans frontières (RSF) dénonce ces nouvelles sanctions, dernière illustration de la dégradation de la liberté de la presse observée dans ce pays.

Pour avoir publié un article intitulé "Le Gabon en (très dangereux) pilotage automatique" qui s'interrogeait sur les conséquences de l'absence du président gabonais Ali Bongo, soigné à l'étranger depuis trois semaines, le journal L'Aube a écopé d'une suspension de trois mois. Orca Boudiandza Mouelé, son rédacteur en chef, a quant à lui été interdit d'exercer pendant six mois, en totale contradiction avec les engagements internationaux du Gabon, en particulier avec l'article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui énonce le droit de toute personne de "rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce". Seule une autorité judiciaire indépendante aurait pu prononcer légitimement une telle restriction à l'exercice d'une liberté fondamentale.

Dans l'article incriminé, le journal s'interroge notamment sur l'absence du déclenchement de l'article 13 de la Constitution gabonaise qui prévoit les modalités d'application de la vacance du pouvoir. Dans sa décision, la HAC a jugé "hasardeuse" l'interprétation du droit par la publication. Le sujet de la vacance du pouvoir a pourtant été largement discuté dans la presse nationale et internationale tant la communication autour de l'état de santé du président Ali Bongo ne s'est pas montrée rassurante. Plusieurs médias étranger ont affirmé avoir eu la confirmation qu’Ali Bongo avait eu un "accident vasculaire cérébral".

Dans un communiqué, l'organisation patronale des médias (OPAM) du Gabon a dénoncé la "dérive autoritaire" de la HAC. En moins de six mois, trois journaux gabonais et une chaîne de télévision française ont fait l’objet de sanctions arbitraires. En août, RSF avait dénoncé la suspension de France 2 pour un an après la rediffusion d'un documentaire sur le président gabonais. La sanction avait été ramenée quelques jours plus tard à trois mois. Notre organisation avait également condamné la suspension du tri-hebdomadaire Echos du Nord, simplement accusé de ne pas avoir répondu à une convocation de l'organe de régulation.

"Nous appelons à la levée immédiate de ces nouvelles suspensions contre un journal et son rédacteur en chef, dernier acte d'une inquiétante érosion de la liberté de la presse observée ces dernier mois au Gabon, estime Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Depuis le mois de juin, l'entrée en fonction de la HAC s'est traduite par une multiplication des suspensions, notamment des médias qui critiquent le pouvoir, le président ou son entourage. Cette politique nuit non seulement à la liberté d'information mais également à l'image du Gabon".

La HAC est une autorité administrative indépendante créée par ordonnance le 23 février 2018 en remplacement du Conseil national de la communication (CNC) qui avait le statut d'organe constitutionnel. Elle est composée de neuf membres dont sept sont nommés par le pouvoir. Son président, Raphaël Ntoutoume Nkoghe est un ancien conseiller en communication d'Ali Bongo. Sur les réseaux sociaux, il continue à s'afficher aux côtés du chef de l'Etat.

Le Gabon occupe la 108e place dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2018 établi par RSF.

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