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La chasse aux journalistes est ouverte; des manifestants sont massacrés

Des soldats guinéens ont massacré des manifestants lors d'un rassemblement de l'opposition
Des soldats guinéens ont massacré des manifestants lors d'un rassemblement de l'opposition

Reuters via cbc.ca

Des journalistes ont été agressés après avoir été témoins d'un massacre de manifestants par des soldats guinéens lors d'une manifestation de l'opposition le 28 septembre à Conakry, rapportent la Fondation pour les médias en Afrique de l'Ouest (MFWA) et d'autres membres de l'IFEX. Deux journalistes sont passés dans la clandestinité après avoir appris que des soldats les recherchaient activement parce qu'ils avaient rapporté ces homicides à la communauté internationale.

Un rassemblement de masse avait été organisé par une coalition de partis politiques et par des groupes de la société civile pour protester contre la décision du capitaine Mousa Dadis Camara, chef de la junte au pouvoir, de se porter candidat à l'élection présidentielle de l'an prochain, dit la MFWA. Camara est arrivé au pouvoir en décembre dernier à la faveur d'un coup d'État sans effusion de sang après la mort de Lansana Conté, qui dirigeait la Guinée depuis de nombreuses années. L'Union africaine menace d'appliquer des sanctions si Camara ne reste pas en dehors de la lutte électorale du 31 janvier.

Environ 50 000 personnes se sont rassemblées dans un stade de football pour protester, rapportent les dépêches; certains scandaient « Nous voulons une vraie démocratie ». La troupe a ouvert le feu, poignardé et agressé des hommes et des femmes; plus de 1 000 personnes ont été blessées par balles ou ont subi diverses blessures; des femmes ont été violées par des soldats en pleine rue et agressées à coups de revolver, indique Human Rights Watch. Un groupe guinéen de défense des droits a déclaré à la presse internationale que 157 personnes ont été tuées. Mais les dépêches soulignent qu'il est impossible d'établir un bilan exact des morts, l'armée ayant retiré les cadavres du stade. Des journalistes ont été passés à tabac tandis que leur équipement était détruit, selon ce que rapportent des membres de l'IFEX.

Le correspondant à Conakry de l'Agence France-Presse et de Radio France Internationale, Mouctar Bah, et Amadou Diallo, correspondant de la BBC, qui ont été contraints de s'agenouiller parmi les cadavres dans des mares de sang, ont reçu l'ordre de soldats, à la pointe du fusil, de ne rien dire de ce qu'ils avaient vu, rapporte Reporters sans frontières (RSF). Bah et Diallo ont été informés par des amis que les soldats les recherchaient parce qu'on estimait qu'ils avaient « trahi » l'armée.

Selon la MFWA, le jour du rassemblement, deux autres journalistes, Ibrahima Diallo, reporter de la station de radio « Liberté FM », et Mamadou Mansaré, reporter à « Familia FM », ont été tabassés par des soldats.

Zakaria Camara, de « Sabari FM », Abou Bakr, rédacteur au journal « Le Lynx », et deux autres journalistes du « Lynx », Thierno Hassane Diallo et Nimatoulaye Diallo, ont aussi été agressés, selon ce que rapporte la MFWA. Le journaliste Mouctar Diallo a été arrêté. Un autre reporter de « Familia FM », Diallo Saidou, est détenu actuellement dans l'un des camps militaires du pays, rapporte la MFWA.

Puis, le 6 octobre, un certain nombre de journalistes ont été menacés de mort par les troupes des Bérets rouges déployés au camp de villégiature présidentiel Bellevue à Conakry, rapporte la MFWA. Un membre des Bérets rouges a déclaré : « nous allons vous tuer tous très bientôt. Nous allons descendre dans vos bureaux et tout mettre à l'envers parce que c'est vous qui répandez de fausses nouvelles sur nous. Vous allez tous mourir et le monde entier parlera des médias guinéens. »

Les forces de sécurité de Guinée ont tiré sur les manifestants à de nombreuses reprises. En 2007, plus de 130 manifestants ont été tués lors d'une grève nationale organisée pour dénoncer la détérioration des conditions économiques, dit Human Rights Watch. Par ailleurs, le chef de la junte refuse d'être tenu responsable de ce dernier massacre. « Ce qui s'est passé est incontestable », a déclaré Camara dans une entrevue accordée à Radio France Internationale. « Mais à qui en attribuer la responsabilité ? » Il a déclaré qu'il se trouvait dans son bureau au moment du massacre et qu'il n'acceptait pas d'en assumer la responsabilité.

Manifestants, membres de l'opposition et journalistes sont détenus dans des camps militaires, rapporte Human Rights Watch : « l'étendue de l'impunité dont jouissent les forces de sécurité guinéennes était parfaitement visible cette semaine. Les autorités guinéennes doivent libérer immédiatement les gens qui sont enfermés ou les inculper, et ouvrir une enquête en profondeur sur la violence afin de trouver et d'extirper les personnes responsables. »

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