RÉGIONS:

SUBSCRIBE:

Sign up for weekly updates

Risque de censure à priori : conseil national rappelle les radios à l'ordre en Haïti

Dans cette photo du 26 mars 2012, des pêcheurs écoutent les nouvelles sur la radio à Port-au-Prince, Haïti
Dans cette photo du 26 mars 2012, des pêcheurs écoutent les nouvelles sur la radio à Port-au-Prince, Haïti

AP Photo/Dieu Nalio Chery

Le Conseil national des télécommunications d'Haïti (CONATEL) a publié le 8 avril 2014 un communiqué officiel dénonçant “certaines” radios diffusant “de manière systématique de fausses informations susceptibles de troubler l'ordre public, de déstabiliser les institutions de la République et de porter atteinte à l'intégrité de nombre de citoyens.” A travers ce texte, le CONATEL rappelle la situation de monopole des services de télécommunications de l'île par l'État et les sanctions applicables pour tout manquement aux conditions de diffusion de l'information.

Alarmée par un tel rappel à l'ordre et les menaces que ce communiqué représente pour la liberté de la presse, Reporters sans frontières craint des répercussions néfastes sur l'exercice du travail des journalistes en Haïti. “Nous sommes inquiet du climat politique actuel, qui met en évidence un désir de museler les médias critiques. Ce discours répressif ne peut avoir pour effet qu'une réaction contre-productive d'autocensure pour les journalistes. Le ministre de l'Intérieur Monsieur Réginald Delva doit prendre des dispositions pour faire revenir le CONATEL sur ces propos inquiétants”, a déclaré Camille Soulier, responsable du bureau Amériques de Reporters sans frontières.

Les critères de légalité définis par un décret du CONATEL datent de 1977 et imposent le respect de l'ordre public, de la sécurité nationale et des relations internationales, de la morale et des bonnes mœurs. Le communiqué du CONATEL précise que toute information causant un trouble à “la vie normale de la société” sera dûment sanctionné et se conclut sur une série de mesures que le CONATEL peut appliquer en cas de manquement à ces principes légaux, y compris des pénalités pécuniaires et retrait de licence.

Si le communiqué ne désigne aucun média en particulier, il a eu pour effet immédiat la mise en demeure de Radio Télé Zénith par le CONATEL, qui l'accuse de diffamation contre les autorités. Des accusations récusées, le 11 avril 2014, par le directeur du média, Rony Colin, qui a reçu le soutien de l'association SOS Journalistes. Le ministre de l'Intérieur, Réginald Delva, a pris ses distances vis-à-vis de ce communiqué en rappelant l'importance de la liberté de l'information dans toute démocratie. Il a promis de s'entretenir rapidement avec les dirigeants du CONATEL à ce sujet.

Haïti occupe le 47e rang sur 180 pays dans l'édition 2014 du classement mondial pour la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières en février dernier. Une position assez enviable menacée aujourd'hui par augmentation des intimidations envers les professionnels de l'information ces deux derniers mois. Au moins huit journalistes ont dénoncé des menaces à leur encontre auprès de Reporters sans frontières. Aussi, le 3 avril 2014 marquait les 14 ans de l'assassinat, à ce jour impuni, de Jean-Léopold Dominique, directeur de Radio Haïti Inter. Reporters sans frontières avait appelé à ce que l'enquête avance enfin lorsque neuf personnes ont été inculpées fin janvier dernier.

Dernier Tweet :

"nous sommes dans un monde qui, moralement, nous oblige à aider les esclaves qui sont...exclus du reste du monde" https://t.co/AzywTq7fXi