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De la peur, la liberté et la responsabilité des médias: L'histoire de réfugiés en Hongrie

IFEX parle avec Dalma Dojcsák de l’Union Hongroise des Libertés Civiles à propos de la liberté de la presse en Hongrie, des implications sociales du discours anti-immigrés du Premier ministre Viktor Orban et de la couverture médiatique de la crise des réfugiés.

Un migrant court avec un enfant avant d'être méchamment frappé d’un coup de pied par l’opératrice caméra Petra Laszlo et de tomber alors qu'il tente d'échapper à un point de rassemblement dans le village de Roszke en Hongrie, le 8 septembre 2015
Un migrant court avec un enfant avant d'être méchamment frappé d’un coup de pied par l’opératrice caméra Petra Laszlo et de tomber alors qu'il tente d'échapper à un point de rassemblement dans le village de Roszke en Hongrie, le 8 septembre 2015

REUTERS/Marko Djurica

C'est une scène difficile à ne pas voir.

Un groupe de réfugiés fuit les policiers hongrois dans un champ. Ils hurlent. Leur crainte est visible. Tout d'un coup, un opérateur de prise de vue « qui est en train de filmer les gens de près comme ils courent » donne un coup de pied à un homme portant son enfant.

Le père et le fils tombent à la terre; l'homme lance des cris de frustration.

La vidéo de l'incident, filmé par le journaliste allemand Stephan Richter, est devenue virale sur des canaux de médias sociaux en septembre, avec des gens partout dans le monde exprimant leur réprobation pour cette attaque.

L'opérateur de la caméra qui a donné des coups de pieds aux réfugiés était Petra László, de N1TV une chaine de télévision en ligne « ultranationaliste » liée au parti d'extrême droite Jobbik en Hongrie. Elle a été révoquée peu après l'incident. László dira plus tard aux journalistes qu'elle avait pris peur quand elle a vu le groupe de personnes courir vers elle et avait agi instinctivement. « Je ne suis pas une sans- cœur, une raciste, une opératrice caméra donnant des coups de pieds aux enfants », a écrit par la suite László dans une lettre au journal hongrois Magyar Nemzet.

Il serait simpliste de penser que les actions de László sont représentatives de tous les journalistes ou de l'ensemble du paysage médiatique en Hongrie.

Mais il serait également naïf de rejeter une telle réaction. En effet, l'incident soulève des questions très importantes sur le contexte dans lequel l'attaque est intervenue.

Après avoir regardé la vidéo moi-même, je me suis demandé comment le gouvernement du Premier ministre Viktor Orban - qui est tristement célèbre pour son discours anti-immigrés - influe sur les opinions de la société hongroise sur la crise actuelle des réfugiés.

Mais j'étais tout aussi intéressée par certains des facteurs plus subtils et structurels qui contribuent à un paysage médiatique où des cas pareils de haine sont susceptibles de se produire.

Pour prendre du recul sur toutes ces questions, j'ai parlé avec Dalma Dojcsák, une spécialiste de la liberté de la parole qui travaille avec l'organisation membre de l'IFEX l'Union Hongroise des Libertés Civiles.

Dojcsák est une avocate hongroise basée à Budapest. Elle est en charge des litiges stratégiques, de l'analyse juridique et de la communication dans des cas de la liberté d'expression et la liberté des médias. Elle est une étudiante en doctorat de l'Ecole doctorale de droit à l'Université ELTE à Budapest. Sa recherche porte sur le rôle des médias dans une société démocratique.

Les questions et réponses suivantes sont une combinaison des réponses orales et écrites.

Dalma Dojcsák, expert de la liberté du discours, HCLU
Dalma Dojcsák, expert de la liberté du discours, HCLU

Dalma Dojcsák


Caro Rolando: Pouvez-vous nous donner une idée du paysage de la liberté de la presse en Hongrie en ce moment?

Dalma Dojcsák: La liberté de la presse en Hongrie, je dirais, [a été] en baisse au cours des dernières années. Si vous regardez l'indice de la liberté du discours de Freedom House, par exemple, vous pouvez voir comment la presse en Hongrie est passée de la catégorie « libre » à « partiellement libre ». Je dirais qu'il n'y a que l'Internet seulement qui est encore le plus souvent sans pression gouvernementale.


CR: Comment est-elle influencée par la législation, voire pas du tout?

DD: Il y avait de nouvelles lois sur les médias introduites en 2010 lorsque le gouvernement de M. Orban a été élu. Et ces nouvelles lois sur les médias ont été durement critiquées, sur le plan national et international. Il a été dit que ces lois restreignaient la liberté de la presse. En raison de ces vives critiques, certains amendements ont été apportés à ces lois sur les médias. Mais je dirais que ces amendements n'étaient pas assez. Ces dispositions [qui] sont restées dans le texte se traduirait par l'autocensure chez les journalistes.


CR: Quels types de dispositions diriez-vous qu'elles encouragent spécifiquement l'autocensure chez les journalistes?

DD: L'autorité de régulation des médias a de vastes pouvoirs sur tous les types de médias en Hongrie: les médias électroniques, la presse en ligne et hors ligne. Elle a également le pouvoir d'imposer de lourdes amendes aux médias. Bien que ce genre d'amendes soit rarement imposé, la simple possibilité d'être condamné à payer une amende peut entraîner un effet dissuasif pour les médias.


CR: Comment les médias en Hongrie restent à flot financièrement?



DD: Si un média veut rester en vie fondamentalement, il doit recevoir une sorte de fonds de publicité du gouvernement d'une façon ou d'une autre. Que ce soit du gouvernement lui-même ou de l'état, ou de grandes entreprises appartenant à l'Etat ou des entreprises qui appartiennent à des hommes d'affaires qui sont très proches du gouvernement. Et je voudrais dire que très peu de médias peuvent dire qu'ils sont financièrement indépendants du gouvernement.


CR: Parlez-nous un peu des médias de service public en Hongrie ?

DD: En partie à cause de la législation de 2010 sur les médias, les médias de service public sont très dépendants du gouvernement, à la fois financièrement et en termes d'engagement du personnel. Au cours des dernières années, nous pouvons voir comment les médias de service public sont devenus essentiellement des porte-voix du gouvernement et comment [ils] ont même publié de faux films [et] ont diffusé des informations qui n'étaient pas vraies et il était évident que ces informations n'étaient pas vraies. Je pense que cela est une raison pour laquelle un certain nombre de gens refusent de regarder ou d'écouter les médias de service public. La télévision de service public atteint environ 5-10% de l'ensemble de la population, en dépit du fait que beaucoup d'argent est englouti pour elle.


CR: Pouvez-vous partager des exemples de médias diffusant de fausses informations?

DD: En 2012, une manifestation anti-gouvernementale a eu lieu devant l'Opéra House à Budapest. Des milliers de personnes y ont assisté - j'y étais aussi. [Dojcsák nous a envoyé une séquence vidéo diffusée cette nuit par les médias de service public: http://m.cdn.blog.hu/re/republikon/image/TV.jpg] Le journaliste a cherché intentionnellement une rue vide avec seulement quelques personnes pour parler de la manifestation. En ce qui concerne la crise récente des réfugiés, les médias de service public ont diffusé la propagande contre le réfugié conformément au programme du gouvernement Orban. Après que le mur de la frontière a été construit, la télévision publique a rapporté que les enfants ont été jetés par-dessus le mur par leurs parents. Cette information n'a jamais été prouvée par aucun autre media ou source. En outre, la chaîne de télévision publique « a trouvé » des téléphones mobiles à proximité de la frontière qui auraient été laissés par les réfugiés et qui contenaient des photos et des vidéos prises dans la zone de guerre. La conclusion présentée dans le programme était que les propriétaires des prétendus téléphones mobiles sont des terroristes venant en Europe.


CR: Comment les médias privés marchent dans ce paysage médiatique?

DD: Il y a les chaînes commerciales de télévision et de radio. Mais ils sont soit apolitique, dans la mesure où elles ne diffusent pas vraiment des informations politiques, soit sympathiques au gouvernement. Et il n'y a que de petites chaînes de télévision et de radio qui sont tant soit peu critiques vis-à-vis du gouvernement.


CR: Comment le petit marché pour les médias privés affecte la qualité du journalisme en Hongrie?



DD: le journalisme de haute qualité, le journalisme fondé sur des faits, le journalisme politique sont assez rares en Hongrie. Et ces histoires qui sont par définition des enquêtes ne sont pas si souvent publiées. Il y a quelques petits sites qui se concentrent vraiment sur le journalisme d'investigation. Mais ils sont pour la plupart sans but lucratif et les grosses histoires sont assez rares sur ces sites.


CR: Pouvez-vous nous donner un exemple de ce qui arrive à un média quand il tente de s’exprimer indépendamment du gouvernement hongrois?

DD: Il y a RTL Klub « la plus grande chaîne de télévision commerciale hongroise » qui n'était pas vraiment intéressé par les nouvelles politiques, ils sont plus dans le divertissement. Le gouvernement voulait qu'ils changent leur ligne éditoriale en faveur du gouvernement. Ils ont refusé de le faire. Par conséquent, en 2014, le gouvernement a introduit La Taxe sur la Publicité et qui consistait en des termes différents pour différents niveaux de revenu. Seule RTL Klub est curieusement tombée dans le niveau de revenu le plus élevé de cette taxe. Et cela signifiait que RTL Klub paierait 50% de ses revenus comme un impôt.

C'était comme faire du chantage à la chaine pour qu'elle soit gentille avec le gouvernement. Et ils se sont levés et ont commencé à diffuser de très critiques reportages sur le gouvernement alors que la chaine n'avait jamais été politique auparavant.


CR: En dehors de critiquer ouvertement le gouvernement, comment RTL Klub a-t-elle encore réagit à la taxe de publicité?

DD: La chaine s'est tournée vers la Commission Européenne et elle a fait valoir que cette taxe était contre la loi de la concurrence de l'Union européenne. Et la législation sur la concurrence est très importante dans l'espace européen. Il était bien évident que cette taxe en Hongrie a violé la loi de la concurrence et elle favoriserait les concurrents de RTL Klub sur le marché. Ainsi, après un an, le gouvernement a retiré la taxe de la fiscalité. Telle est la situation maintenant et RTL Klub est lentement entrain de retourner à son apolitisme.

Le Premier ministre Viktor Orban de Hongrie réagit lorsqu’ il arrive à un sommet extraordinaire des leaders de l’Union européenne sur la crise des migrants à Bruxelles, le 23 septembre 2015
Le Premier ministre Viktor Orban de Hongrie réagit lorsqu’ il arrive à un sommet extraordinaire des leaders de l’Union européenne sur la crise des migrants à Bruxelles, le 23 septembre 2015

REUTERS/Francois Lenoir


CR: En termes de pourquoi cette taxe a été imposée en premier lieu - si RTL Klub ne faisait pas de politique, pourquoi le gouvernement s’en était-il préoccupé?



DD: Parce que vous devez être amis au gouvernement pour être laissé tranquille. La neutralité seule ne suffit pas. Et il est très clairement dit par le gouvernement hongrois qu'il y a nous d'un côté, et tout le monde de l'autre. Et vous devez être l'un d'entre nous pour être bien considéré et tous ceux qui ne sont pas avec eux sont leurs ennemis. Et voilà comment le gouvernement et le ministre premier parlent, par exemple, des homosexuels, des réfugiés, des migrants. Et il y a cette rhétorique de la guerre tout le temps disant que ce sont eux qui veulent nous envahir, qui veulent notre pays, qui veulent notre argent, qui veulent tout ce que nous avons. Il y a cette peur constante qui est générée dans cette société et cette psychose de guerre constante disant que nous sommes en guerre avec tout le monde.


CR: Comment la mentalité du gouvernement du « nous et eux » affecte- t- elle la façon dont les médias hongrois couvrent la crise actuelle des réfugiés?

DD: Beaucoup de gens ont peur, et sont devenus paranoïaques. Et nous observons la même chose dans les médias. Certains médias sont également dans cet état de peur.


Par exemple, comme je l'ai dit auparavant, voyez l'opératrice caméra qui a attaqué les réfugiés quand elle effectuait un reportage sur eux. Et plus tard, elle a dit qu'elle avait vraiment peur d'eux. Et c'est pourquoi elle a donné des coups de pied et frappé des enfants. Si vous êtes une personne qui ne connaît pas vraiment le monde, et n'a pas vraiment voyagé beaucoup, comme beaucoup de Hongrois, il est très facile de croire que des gens qui sont différents de vous constituent une menace pour vous. Mais je pense que c'est notre gouvernement qui est pour beaucoup responsable de cette situation qui met les gens dans cette psychose.


CR: Qu’est-ce que le gouvernement dit concrètement pour rendre les gens paranoïaques vis-à-vis des immigrants ou de réfugiés?

DD: Il y a eu cette campagne onéreuse du gouvernement au travers des panneaux d'affichage ainsi que dans les médias. Nous avons eu ces énormes panneaux d'affichage dans tout le pays disant, en hongrois, « si vous venez en Hongrie, vous ne pouvez pas prendre nos emplois ». Ou « Si vous venez en Hongrie, vous devez respecter nos lois ». Ou encore « Si vous venez en Hongrie, vous devez respecter nos valeurs ». Et bien d'autres trucs de ce genre. Il était évident que ce n'était pas pour les réfugiés parce qu'ils ne parlent pas le hongrois. Donc, c'était pour les populations locales pour leur faire croire que ces réfugiés ou immigrants sont ici pour violer nos lois et prendre nos emplois.


CR: Est-ce que le gouvernement utilise-t-il d’autres méthodes pour inoculer la crainte des immigrants ou des réfugiés?



DD : Nous avons également eu cette chose appelée consultation nationale qui est la méthode préférée du gouvernement quand il veut implanter des idées dans la population. Il fait ces questionnaires qui sont envoyés aux familles et dans les résidences. Et il y a cet autre questionnaire d'une page qui a des questions et réponses toutes faites. Par exemple, « pensez-vous que le gouvernement devrait offrir des avantages sociaux aux immigrés? ». Et les réponses sont comme « non, je ne pense pas. Je pense que le gouvernement devrait protéger ou soutenir les familles hongroises ». L'autre réponse est « non, je ne pense pas que ... ». Donc, il y a fondamentalement une réponse « non » et une autre option « non ». Donc, vous ne pouvez pas répondre « oui, je voudrais que les gens ne fassent pas telle ou telle chose, ne dorment pas dans les rues de mon pays ». Il n'y a pas d'option comme ça. Vous pouvez retourner ces questions mais, fondamentalement, personne ne les retourne. Vous ne voyez jamais les chiffres à ce sujet. Et après cela, ils annonceront que « 90% des personnes qui ont retourné ces questionnaires disent que nous ne devrions pas soutenir les immigrants ». Et puis, on vous demande de fonder votre argumentation sur ces chiffres.


CR: Est-ce que ce genre de messages apparaît-t-il dans les médias contrôlés par le gouvernement? Si oui, comment?

DD: Les médias de service public produisent ces programmes qui montrent des réfugiés et des profils de Facebook et peut-être les mêmes personnes étaient sur l'image mais vous ne pouvez pas vraiment le dire avec certitude. Et les profils de Facebook ont été liés à des gens qui étaient des terroristes en Syrie, par exemple. Mais certains journalistes ont enquêté sur ces histoires et ils ont découvert que certaines personnes qui ont été montrées avec des armes sur leurs profils Facebook étaient en fait des combattants kurdes anti-terroristes. Ils luttaient contre ISIS, mais ils ont été présentés comme des membres d'ISIS par les médias publics.


CR: Quel effet pensez-vous que ce genre de messages fait sur la population en général?



DD: Imaginez que vous êtes, je ne sais pas, une grand-mère dans un village hongrois. En regardant ces programmes vous vous dites « Oh mon Dieu, des terroristes sont entrain d'inonder mon pays » alors que ce sont des populations kurdes qui ont combattu contre ISIS, mais ont quitté leur pays parce que sans doute beaucoup de leurs amis et membres de familles ont été tués. Et ces personnes qui fuient des terroristes sont présentées comme des terroristes dans les médias hongrois. C'est vraiment dégoûtant et déprimant à la fois. Vous savez, cela remonte à la surface de mauvais souvenirs historiques, notamment en Europe Centrale, comment le gouvernement incite fondamentalement à la violence et à la haine contre des groupes minoritaires. Et je pense que ceci est vraiment très dangereux.


CR: Quels types de mauvais souvenirs historiques concrètement cette situation actuelle remontent en vous ?

DD: [Des souvenirs de] l'Holocauste, et après, comment les Roms ont été traités en Hongrie et comment, fondamentalement, une minorité a été traitée. Par exemple, après la Seconde Guerre mondiale, la minorité allemande en Hongrie a été traitée comme les Juifs ont été traités par les Allemands. Et ils ont été déportés. Et puis les Roms, qui sont le plus grand groupe minoritaire en Hongrie, sont victimes de discrimination. Et il y avait des massacres visant des Roms il y a quelques années en Hongrie lorsque ce groupe terroriste a pourchassé les Roms et les a tués dans leurs maisons, y compris les enfants. C'était une terreur effroyable. Et maintenant, notre gouvernement fait quelque chose de très similaire. Ils incitent contre un groupe de personnes qui n'ont même pas l'intention de rester dans notre pays. Les réfugiés et les immigrants passent par notre pays pour entrer dans l'Union Européenne et aller en Autriche ou en Allemagne.


CR: Pourquoi pensez-vous que le gouvernement emploie ce genre de discours?

DD: Je crois que le gouvernement fait cela pour tirer des bénéfices politiques de cette histoire. Et pour obtenir des gens qui sont tétaniser par la peur, à croire en un gouvernement fort qui peut restreindre nos droits pour les protéger.


CR: Y a-t-il des médias ou de sources gouvernementales qui encouragent les gens à la violence?

DD: Non par le gouvernement directement mais il y a quelques thuriféraires : le parti d'extrême-droite et les médias d'extrême-droite. La plupart publient sur Internet des choses disant explicitement que « oui, nous devrions les expulser de notre pays, nous devrions les pourchasser ». Des groupes d'extrême-droite avaient émis des idées demandant d'organiser des patrouilles à la frontière. J'avais vu sur Facebook des appels invitant les gens à nettoyer la station de chemin de fer parce que les réfugiés y demeuraient.


CR: Pensez-vous qu'il y a un travail à faire pour censurer ces types de déclarations ou de publications?



DD: Je crois que la censure ne serait pas la bonne réponse à ce problème. Je crois que développer un discours contraire est le seul moyen d'intensifier la lutte contre ces idées violentes. Aussi, la clé est la diffusion des informations véridiques. Je pense qu'il est tout simplement impossible de censurer des idées sur Internet.


CR: Y a-t-il déjà eu des efforts pour censurer ou restreindre les discours de haine en Hongrie?

DD: Il y a une nouvelle loi qui permet aux tribunaux de bloquer les URL sur Internet si le contenu qui y est publié est illégal ou viole une disposition quelconque du code pénal. Cette loi a été essentiellement conçue et adoptée par le Parlement pour lutter contre le site de l'extrême-droite qui est basé aux Etats-Unis. Mais je pense qu'elle n'a été utilisée qu'une seule fois contre une page sur ce site qui était consacrée à la négation de l'Holocauste. Ceci est un crime en Hongrie. Mais, fondamentalement, cette loi est inutile car il faut environ un an pour parvenir à une décision finale du tribunal pour bloquer une page ou un site. Et puis lorsque vous bloquez cette page, il faut juste cinq minutes de travail pour construire une nouvelle page avec le même contenu incriminé.


CR: Qu'en est-il pour les journalistes et les travailleurs des droits humains qui tentent de documenter les expériences des réfugiés en Hongrie?



Parfois, les camps de réfugiés sont ouverts et les gens qui y vivent peuvent aller et revenir. Mais certains camps sont fermés et les réfugiés ne sont pas autorisés à sortir. Mais aucun de ces camps n'est ouvert aux journalistes qui veulent y entrer.

Nous, en tant qu'organisation, avons écrit au ministre de l'Intérieur au sujet de cette situation. Nous lui avons écrit que « nous avons été informés que les journalistes ne sont pas autorisés à entrer dans les camps ». Il nous a informés que « oui, cela est vrai » pour protéger les droits des personnes (les réfugiés) qui vivent dans ces camps parce que leur droit à la vie privée et leur vie de famille doivent être garanties. Si les journalistes pouvaient entrer et s'entretenir avec eux, ces droits seraient violés. Bien sûr, nous avons fait valoir que les journalistes doivent respecter ces droits et obtenir l'aval des réfugiés pour parler avec eux. Mais la réponse à cette question était que les réfugiés ne sont pas conscients du fait que l'Internet peut répandre de leur nouvelles même dans leurs pays d'origine. Et même s'ils acceptent qu'on parle d'eux, les reportages peuvent constituer un danger pour les membres de leur famille qui sont restés dans leur pays d'origine. Selon la compréhension du gouvernement, les réfugiés ne sont pas en mesure de décider s'il est ou pas dangereux pour eux ou des membres de leurs familles s'ils font une déclaration dans un média. Donc, ils ne sont pas compétents pour statuer sur cette question. Le gouvernement hongrois est plus compétent pour statuer sur cette question. Et pour lui, il vaut mieux ne pas s'entretenir avec quelqu'un et ne publier aucune photo.

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